‹ Julie (volume 2)Chapitre 149 sur 187 · PÀBTIK VI, LETTRE VI · texte numérisé non relu

PÀBTIK VI, LETTRE VI

de Dolre bienfaiteur : voilk tou4 co que nous lui devons. Il a fait assez pour nous et pour lui s'il nous a rendus à nous* mômes. Absents ou présents, vivants ou morts, nous porterons partout un témoignage qui ne sera perdu pour aucun des trois.

Je faisais ces réflexions en moi-môme quand mon mari vous destinait l'éducation de ses enfants. Quand milord Edouard m'annonça son prochain retour et le yôtre^ ces mômes réflexions revinrent, et d'autres encore, qu'il importe de vous communiquer tandis qu'il est temps de les faire.

Ce n'est point de moi qu'il est question, c'est de tous : je me crois plus en droit de vous donner des conseils depuis qu'il sont tout à fait désintéressés, et que n'ayant plus ma sûreté pour objet, ils ne se rapportent qu'a vousmôme. Ma tendre amitié ne vous est pas suspecte , et je n'ai que trop acquis de lumière pour faire écouter mes avis.

Permettez-moi de vous offrir le tableau de l'état où vous allez être , afin que vous e^taminiez vous-même s'il n'a rien qui vous doive effrayer. O bon jeune homme ! si vous aimez la vertu, écoutez d'une oreille chaste les conseils de votre amie. £lie commence en tremblant un discours qu'elle voudrait taire : mais comment le taire sans vous trahir? Sera-t-ii temps de voir les objets que vous devez craindre, quand ils vous auront égaré? JXon, mon ami; je suis la seule personne au monde assez familière avec vous pour vous les présenter. N'ai-je pas le droit de vous parler, au besoin , comme une sœur, comme une mère? Ah ! si les leçons d'un cœur honnête étaient capables de souiller le vôtre, il y a longtemps que je n'en aurais plus à vous donner.

Votre carrière, dites-vous, est finie; mais convenez qu'elle est finie avant l'âge. L'amour est éteint, les sens lui survivent, et leur délire est d'autant plus à craindre, que, le seul sentiment qui le bornait n'existant plus, tout

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est occasion de chute à qui ne lient plus à rien. Un homme ardent et sensible , jeune et garçon , veut être continent et chaste; il sait, il sent, il l'a dit mille fois, que la force de l'âme qui produit toutes les vertus tient à la pureté qui les nourrit toutes. Si l'amour le, préserva des mauvaises mœurs dans sa jeunesse, il veut que la raison l'en préserve dans tous les temps ; il connaît pour les devoirs pénibles un prix qui console de leur rigueur; et, s'il en coûte des combats quand on veut se vaincre, fera-t-il moins aujourd'hui pour le Dieu qu'il adore, qu'il ne fit pour la maîtresse qu'il servit autrefois? Ce sont la, ce me semble, des maximes de votre morale , ce sont donc aussi des règles de votre conduite ; car vous avez toujours méprisé ceux qui, contents de l'apparence, parlent autrement qu'ils n'agissent, et chargent les autres de lourds fardeaux auxquels ils ne veulent pas toucher eux-mêmes. Quel genre de vie a choisi cet homme sage pour suivre les lois qu'il se prescrit? Moins philosophe encore qu'il n'est vertueux et chrétien , sans doute il n'a point pris son orgueil pour guide. Il sait que l'homme est plus libre d'éviter les tentations que de les vaincre, et qu'il n'est pas question de réprimer les passions irritées , mais de les «mpécher de naître. Se dérobe-t-il donc aux occasions dangereuses? fuit-il les objets capables de l'émouvoir? fait-il d'une humble défiance de lui-même la sauvegarde de sa vertu? Tout au contraire, il n'hésite pas à s'offrir aux plus téméraires combats. A trente ans, il va s'enfermer dans une solitude avec des femmes de son âge, dont une lui fut trop chère pour qu'un si dangereux souvenir se puisse effacer, dont l'autre vit avec lui dans une étroite familiarité, et dont une troisième lui tient encore par les droits qu'ont les bienfaits sur les âmes reconnaissantes. 11 va s'exposer a tout ce qui peut réveiller en lui des passions mal éteintes ; il va s'enlacer dans les pièges qu'il devrait le plus redouter. Il n'y a pas un rapport dans sa situation qui ne dût le faire défier de sa force, et pas un

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