‹ Julie (volume 2)Chapitre 153 sur 187 · PA.R1IX VI, L£TTB£ VU · texte numérisé non relu

PA.R1IX VI, L£TTB£ VU

Tafflanl de vos vertus ; mais dos amours, nos premières uniques amours, ne sortiront jamais de mou cœur. La jr de mesâiis ne se flétrira point dans ma mésnoire. ssé-je vivre des siècles entiers , le doux temps de ma messe ne peut ni renaître pour moi , ni s'effacer de mou iveair. IN^ous avons beau n'être plus les mômes, je ne puis blierceque nous avons été. Mais parlons de votre cousine, ^hère amie, il faut l^avouer, depuis que je n'ose plus itempler vos charmes je deviens plus sensible auxsiras. els yeui peuvent errer toujours de beautés en beautés is jamais se fixer sur aucune ? Les miens l'ont revue 3c Irep de plaisir peut^lre ; et, depuis mon éloignemenA, • traits , déjà gravés dans mon cceur , y font une împres- 0 plus profonde. Le sanctuaire est fermé, mais son âge est dans le temple. Insensiblement je deviens pour Q ce que j'aurais été si je ne vous avais jamais vue ; et l'appartenait qu'a vous seutetle-me faire sentir la difence de ce qu'elle m'inspire à l'amouf . Les sens , libres eeite passion terrible , se joignent au doux sentiment l'amitié. Devient-elle amour pour cela? Julie , ab 1 aile différence ! Où est Tenthousiasme ? où est l'idorie? où sont ces divins égaremenis^e la raison, plus Uants, plus sublimes , plus forts, meilleurs cent fois 3 la raison môme? Un feu passager m'embrase, un déi d'un moment me saisit, me trouble et me quitte. .Te rouve enireelle et moi deux amis qui s'aiment teodreat et qui se le disent. Mais deux amants s'aiment-ils a l'autre? Non , vous et moi sont des mots proscrits de r langue : ils ne sont plus deux, ils sont un. »uis-jedoBc tranquille en effet? Comment puis-je l'ôtre? e est charmante ; elle est votre amie et la mienne : la :onnaissance m'attache à elle ; elle eatre dans mes soulirs les plus doux. Que de droits sur une âme sensible ? M)mment écarter un sentiment plus t^dre de tant de timents si bien dus? Hélas 1 il est dit qu'entre elle et is je ne serai jamais un moment paisible.

774 tk NOUVELLB HBLOÏSE.

Femmes ! femmes ! objets chers et funestes , que la nature orna pour notre supplice , qui punissez quand on vous brave , qui poursuivez quand on vous craint , dont la haine et Tamour sont également nuisibles , et qu'on ne peut ni rechercher ni fuir impunément!... Beauté , charme , attrait , sympathie , être ou chimère inconcevable , abîme de douleurs et de voluptés! beauté , plus terrible aux mortels que Télément où Ton Ta fait naître , malheureux qui se livre à ton calme trompeur ! c'est toi qui produis les tempêtes qui tourmentent le genre humain. 0 Julie 1 ô Claire ! que vous me vendez cher cette amitié cruelle dont vous osez vous vanter a moi ! J'ai vécu dans l'orage , et c'est toujours vous qui l'avez excité. Mais quelles agitations diverses vous avez fait éprouver à mon cœur ! Celles du lac de Genève ne ressemblent pas plus aux flots du vaste océan. L'un n'a que des ondes vives et courtes dont le perpétuel tranchant agite, émeut, submerge quelquefois, sans jamais former de longs cours. Mais sur la mer, tranquille en apparence, on se sent élevé , porté doucement et loin par un flot lent et presque insensible ; on croit ne pas sortir de la place , et l'on arrive au bout du monde.'

Telle est la différence de l'effet qu'ont produit sur moi vos attraits et les siens. Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie , et que rien n'a pu vaincre que luimême, était né sans que je m'en fusse aperçu; il m'entraînait, que je l'ignorais encore : je me perdis sans croire m'être égaré. Durant le vent j'étais au ciel ou dans les abîmes ; le calme vient, je ne sais plus où je suis. Au contraire, je vois, je sens mon trouble auprès d'elle, et me le figure plus grand qu'il n'est; j'éprouve des transports passagers et sans suite ; je m'emporte un moment , et suis paisible un moment après : l'onde tourmente en vain le vaisseau , le vent n'enfle point les voiles ; mon cœur, content de ses charmes, ne leur prête point son illusion; je la vois plus belle que je ne l'imagine, et je la redoute plus

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presque de loin : c'est presque l'erfel contraire à celui me vient de vous, et j'éprouvais constamment Tun et itre à Clarens.

)epuismon départ, il est vrai qu'elle se présente à moi îlquefois avec plus d'empire. Malheureusement il m'est âcile de la voir seule. Enfin ]e la vois, et c'est bien . Bz; elle ne m'a pas laissé de l'amour, mais de l'inquié* e.

^oilà fidèlement ce que je suis pour l'une et pour itre. Tout le reste de votre sexe ne m'est plus rien ; mes gués peines me l'ont fait oublier,

È fornlto 1 mio tempo a meszo gli annl '.

malheur m'a tenu lieu de force pour vaincre la nature triompher des tentations. On a peu de désirs quand on iffre, et vous m'avez appris a les éteindre en leur résist. Une grande passion malheureuse est un grand moyen sagesse. Mon cœur est devenu , pour ainsi dire , l'orle de tous mes besoins; je n'en ai point quand il est oquille. Laissez-le en paix l'une et l'autre, et désormais 'est pour toujours.

)ans cet état, qu'ai-je a craindre de moi-même, et par )lle précaution cruelle voulez-vous m'ôter mon bonir pour ne pas m'exposer à le perdre? Quel caprice de ivoir fait combattre et vaincre , pour m'enlever le prix :è& la victoire? N'est-ce pas vous qui rendez blâmable danger bravé sans raison? Pourquoi 'm'avoir appelé »s de vous avec tant de risques? ou pourquoi m'en mir quand je suis digne d'y rester ? Deviez-vous laisser mdre à votre mari tant de peine a pure perte? Que ne faisiez- vous renoncer à des soins que vous aviez résolu rendre inutiles? Que ne lui disiez-vous : Laissez-le au lit du monde, puisque aussi bien je l'y veux renvoyer?

Ma carrière est finie au milieu de mes ans.

776 LA HOUVELLS HCLOiSB.

Hélas! plos vous craignez pour moi, pliis il faudrait tous hâter de me rappeler. Non , ce n'est pas près de vous qu'est le danger, c'est en votre absence, et je ne vous crains qu'où vous n'êtes pas. Quand cette redoutable Julie me poursuit, je me réfugie auprès de madame de Wolmar, et je suis tranquille : où fuirai-je si cet asile m'est ôté? Tous les temps, tous les lieux mesontdangereui loio d'elle; partout je trouve Claire ou Julie. Dans le passé, dans le présent, l'une et l'autre m'agite a soti tour : ainsi mon imagination toujours troublée ne se calme qu'à votre vue, et ce n'est qu'auprès de vous que je suiis en sûreté contre moi. Comment vous expliquer le changement que j'éprouve en vous abordant? Toujouns vous exercez le même empire , mais son eff^t est tout opposé ; en réprimant les transporte que votis causiez autrefois, cet empire est plus grand, plus sublime encore; la paix , la sérénité succèdent au trouble des passions; mon cœur, toujours formé sur le vôtre , aima comme lui, et devient paisible a son exemple. Mais ce repos passager n'est qu^unetrêve , eC j'ai beau nt^élever jusqu'à vous en votre présence , je re- Mmibe eti moi-même en vous quittant. Julie, en vérité, je crois avoir deux âmes, dont la bonne est en dépôt dans vps mains. Ah ! voulez-vous me séparer d'elle?

Mais les erreurs des sens vous alarment; vous craignez les restes d'une jounesse éteinte par les ennuis ; vous craignez pour les jeunes personnes qui sont sous votre garde; vous craignez de moi ce que lesage Wolmar n'a pas craint. O Dieu! que fbutes ces frayeurs m'humilient! Estimezvous donc votre ami moins que le dernier de vos gens? Je puis vous pardottuer de mal penser dé moi , jamais de ne vous pas rendre à vous-même l'honneur que vous vous devez. Non, non, les feux dont j'ai brûlé m'ont puriGé; je n'ai plus rien d'un homme ordinaire. Après ce que je fus, si je pouvais être vil un moment, j'irais me cacher au bout du monde, et ne me croirais jamais assez loin de

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