PARTIE VI, LETTRE VU
Quoi! je troublerais, eet ordre aimable que j'admirais a?ectant de plaisir 1 Je sooiHerais ce séjour d'inooeenee etde paix que j'habitais avec tant de riespeeti Je pcHirrais être assez lâche...! Ehl comment le plus corrompu des iiommes ne serait-Il pas touché d'un si diannant taUeaii? comment nia repreodrail*il pas dans cet asile l'amour de rboanéteté? Loin d'y porler ses mauvaises mœurs, c'esl là qa'il irait s*en défaire... .Qui? moi, Julie, moi?... si tard?... sous vos yeux?,.- Chère amie, ouvrez-onot votre maison saiu^ crainte ; elle esi pour moi le temple die la' vertu; partout j'y vois son simulacre auguste , et se puis servir qu'elle auprès de vous. Je ne suis pas un an^, il est vrai; mais, jl&abitei^ai leur demeure, j'imiterai leurs, eiemples; on les fuit quand on ne leur veiit pas ressembler.
Vous le voyez , j'ai peine a veuir au point principal de votre lettre, le premier auquel il fallait songer, le seul dont je m'occuperais si j'osais prétendre au bien, qui! m'annonce. O Julie 1 âme bienfaisante 1 amie ioeomparabiel en m'offrant. la digne moitié de vous-même, et le >lu$ précieux trésor qui soit au monde après vous , voa& aites plus, s'il est possible^ quie vous ne fîtes jamais pour 301. L'amour, l'aveugle amour, put vous forcer a vousonner ; mais donner votre amie est une preuve d*eslime >a suspecte. Dès cet instant je crois .vraimeot ôtre >mmfi de BOiérite , car je suis honoré de vous. Mais que témoigaage de eet honneur m'est cruel \ En l'acceptant Je démeoiixais, et pour. le mériter il faut que j'y re^ Qce. Vous me connaissez ; jugez-moi. Ce n'est pas. assez i votre adorable cousine soit aimée ; die éoit fétre une vous ^ je le sais : le sera-t-ellè? Le poutrelle être ? lépeodHkl de moi de lui rendre sur ce point ce qui hil ûù? Ah ! si vous vouliez m'unir avee eUe, que ne me ;ie:s*vaus un cceur à lui donner, un cœur auquel elle irât ded sentiments nouveaux dont il lui pût offrir les >ices? Kii est*il un moins digne d'elle que celui qui.
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sut votts aimer? Il faudrait avoir Tàme libre et paisible du bon et sage d'Orbe pour s'occuper d'elle seule à son exemple; il faudrait le valoir pour lui succéder : autrement la comparaison de son ancien état lui rendrait le dernier plus insupportable ; et l'amour faible et distrait d'un second épouï, loin de la consoler du premier, le lui ferait regretter davantage. D'un ami tendre et reconnais^ sant elle aurait fait un mari vulgaire. Gagnerait-^lle k cet échange? Elle y perdrait doublement. Son cœur délicat et sensible sentirait trop cette perte ; et moi , comment supporterats-je le spectacle continuel d'une tristesse dont je serais cause , et dont je ne pourrais la guérir? Hélas ! j'en mourrais de douleur môme avant elie. Non , Julie ^ je ne ferai point mon bonheur aux dépens du sien. Je l'aime trop pour l'épouser.
Mon bonheur? Non. Serais-je heureux moi-môme en ne la rendant pas heureuse ? L'un des deux peut-il se faire un sort exclusif dans le mariage? Les biens, les maax n'y sont-ils pas conmiuns, malgré qu'on en ait? et les chagrins qu'on se donne l'un a l'autre ne retombent-ils pas toujours sur celui qui les cause? Je serais malheureux par ses peines, sans être heureux par ses bienfaits. Grâces, beauté, mérite, attachement, fortune, tout concourrait à ma félicité; mon cœur, mon cœur seul empoisonnerait tout cela , et me rendrait misérable au sein du bonheur. Si mon état présent est plein dé charme auprès d'elle , loin que ce charme pût augmenter par une union plus étroite, les plus doux plaisirs que j^ goûte me seraient ôtés. Son humeur badine peut laisser un aimable essor à son amitié , mais c'est quand elle a des témoins de ses caresses. Je puis avoir quelque émotion trop vive auprès d'elle, mais c'est quand votre présence me distrait de vous. Toujours entre elle et moi dans nos tête-a-téte, c*est vous qui nous les rendez délicieux. Plus notre attachement augmente , plus nous songeons aux chaînes qui Tont formé; le doux lien de noire amitié se resserre, et
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nous nous aimons pour parler de vous. Ainsi mille souvenirs chers a votre amie, plus chers à votre ami , les réunissent : unis par d'autres nœuds, il y faudra renoncer* Ces souvenirs trop charmants ne seraient-ils pas autant d'infidélités envers elle? £t de quel front prendrais-je une épouse respectée et chérie pour confidente des outrages que mon cœur lui ferait malgré lui? Ce cœur n'oserait donc plus s'épancher dans le sien, il se fermerait à son abord. N'osant plus lui parler de vous, bientôt je ne lui parlerais plus de moi. Le devoir, l'honneur, en m'imposant pour elle une réserve nouvelle, me rendraient ma femme étrangère , et je n'aurais plus ni guide ni conseil pour éclairer mon âme et corriger mes erreurs. Est-ce là l'hommage qu'elle doit attendre? Est-ce là le tribut de tendresse et de reconnaissance que j'irais lui porter ? Est-ce ainsi que je ferais sou bonheur et le mien?
Julie, oubliâtes-vous mes serments avec les vôtres? Pour moi, je ne les ai point oubliés. J'ai tout perdu; ma foi seule m'est restée; elle me restera jusqu'au tombeau. Je n'ai pu vivre à vous ; je mourrai libre. Si l'engagement en était à prendre , je le prendrais aujourd'hui : car si c'est un devoir de se marier, un devoir plus indispeuT sable encore est de ne faire le malheur de personne ; et tout ce qui me reste à sentir en d'autres nœuds, c'est l'éternel regret de ceux auxquels j'osai prétendre. Je porterais dans ce lien sacré l'idée de ce que j'espérais y trouver une fois. Cette idée ferait mon supplice et celui d'un infortunée. Je lui demanderais compte des jours heureux que j'attendis de vous. Quelles comparaisons j'aurais à faire ! quelle femme au monde les pourrait soutenir? Ah ! comment me consolerais-je k la fois de n'être pas k vous, et d'être k une autre?
Chère amie, n'ébranlez point des résolutions dont dépend le repos de mes jours; ne cherchez point à me tirer de l'anéantissement où je suis tombé, de peur qu'avec le sentiment de mon existence je ne reprenne celui de mes
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nniiT, et qu'on état TîoleBl ne rdovre toutes mes blessures* Depuis mon retour j'ai senti , sans m'en atanner , Yimérèt plus Tif que je prentis à votre amie, car je savais bien qoe Fétat de mon cœur ne loi permettrait jamais d'aller trop foin ; et voyant ce nouveau goût ajouter a rattachement déjà si tendre que j'eus pour elle dans tons les temps, je me sois félicité d'une émotio» qoi m'aidait à prendre le change , et me faisait supporter votre nnage avec moins do peine. Cette éoMtion a qodqoe choee: des douoevrs de l'a*» mour, et n'e« a pas les tourments. Le plaisir de ta voir «^esl poîDt troublé par le désir de la posséder ; conteiii de passer ma vie entière comme j^ai passé cefe hiver, je trtmfe entre vous deox cette si tuadoo paisible ^ et douce qui tem* père l'austérité de la vertu et rend ses leçons aimables. Si quelque vain transport m'agite on moment, to«t le réprime et le iàït taire : j'eo a« trop vaincu de plus dan«« gereui pour qu'il m'en reste aucua à craindre. J'hosore votre amie comme je l'aime , et c^est tout d»ce; Qmndi je ne songerais qu'à mon intérêt, tous les droite de la: tendre amitié me sont trop» chers auprès d'elle pour que je m'expose h les perdre en cfaerchast à les. étendre ; et je n'ai pas même eu besoi» de songer au respect que je loi dois, pour ne jamais lui dire un seul nset dans le téteratête qu'elle eût besoin d'interpréter ou de ne pas entendre. Que SI peut-être elle a trouvé quelquefois un peu trop d'empressement dans mes manières, sûrement elle n^a point vu dans mon cœur le velouté de le témoigner. Tel^ que je lus six mois auprès d'elle, tel je serai toute ma vie. le ne counais rien après vous de si parfait qu'elle; mais , fût-eUe plus parfaite que vous encore y je sens qull faudrait n'avoir jamais été votre araattt pour pouvoir devenir le sien.
I II a dit précisément le contraire quelques pages auparavant. Ix pauvre philosophe, entre deux Jolies femmes, me paraît dans un plaisant embarras: ''i dirait qu'il veut n'aimer ni l'ime ni Tantre , aflo de les aimer toutes deax
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Avant d'achever cette lettre, il faut vous dire ce que jn pense de la vôtre. J'y trouve avec toute la prudence de la vertu les scrupules d'une âme craintive qui se fait un de* voir de s'épouvanter , et croit quMi faut tout craindre poar se garantir de tout. Cette extrême timidité a son danger ainsi ^'une confiance excessive. £n nous montrant sans cesse des monstres où il n'y en a point ,^le nous épuise à combatlre des chimères ; et, k force de nous effaroucher sans sujet, elle nous tient moins en garde contre les pérfls véritables , et nous les laisse moins discerner. Eelisez queliqnefois la lettre que milord Edouard vous écrivit l'année dernière au sujet de votre mari : vous y trouvercÈ de boi» avis k votre usage ë plus d'un ég^rd. Je ne blâme point vôtre dévotion ,*^ elle est touchante, aimable et douoe comme vous;' elle doit plaire à votre mari même. Mais prenez garde qu'a force de vous rendre timide et pré* voyante, elle ne vous mène au quiétisme par une rouit opposée , et que , vous montrant partent du risque à cou* rir, elle ne vous empêche enfin d'acquiescer a rien. Chère amie , ne savei^vous pas que la vertu est un état de guerre, et que pour y vivre on a toujours quelque combat à rendre contre soi? Ocoupons*nous moins des dangers que de nous, afin de tenir notre âme prête à tout événement. Si cher* cher les occasions c'est mériter d'y succomber, les fuir av«c trop de soin c'est souvent nous refuser à de grands devoirs ; et il n'est pas bon de songer sans cesse aux ten* Rations, même pour les éviter. On ne me verra jamais rechercher des moments dangereux ni des téte4i-téte avec des femmes; mais, dans quelque situation qn^e me place désormais la Providence, j'ai pour sftreté de moi les huit m<^s que j'ai passés h Clarens, et ne crains plus que personne m'6te le prix que vous m'avez fart mériter. Je ne serai pas plus faible que je ne l'ai été ; je n'aurai pas de plus grands combats a rendre : j'ai senti Tamertume des remords ;^'ai goûté les douceurs de la victoire. Après de telles comparaisons, on n'hésite plus sur le choix; tout,
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jusqu'à mes fautes passées , m'est garaot de Tavenir.
Sans vouloir entre;* avec vous dans de nouvelles discus^ sioDS sur Tordre do Funivers et sur la direction des êtres qui le composent , je me contenterai de vous dire que , sur des questions si fort au-dessus de Thomme, il ne peut juger des choses qu'il ne voit pas que par induction sur celles qu'il voit,, et que toutes les analogies sont pour ces lois générales que vous semblez rejeter: La raison même, et les plus saines idées que nous pouvons nous former de TÉtre suprême , sont très-favorables a cette opinion ; car, bien que sa puissance n'ait pas besoin de méthode pour abréger le travail, il est digne de sa sagesse de préférer pourtant les voies les plus simples , afin qu'il n'y ait rien d*inutile dans les moyens non plus que dans les effets. £n créant l'homme , il l'a doué de toutes les facultés nécessaires pour accomplir ce qu'il exigeait de lui; et, quand nous lui demandons le pouvoir de bien faire, nous ne lui demandons rien qu'il ne nous ait déjà donné. Il nous a donné la raison pour connaître ce qui est bien, la conscience pour l'aimer^, et la liberté pour le choisir. C'est dans ces dons sublimes que consiste la grâce divine; et comme nous les avons tous reçus, nous en sommes tous comptables.
J'entends beaucoup raisonner contre la liberté de l'homme , et je méprise tous ces sophismes , parce qu'un raisonneur a beau me prouver que je ne suis pas libre , le sentiment intérieur , plus fort que tous ses arguments , les dément sans cesse; et, quelque parti que je prenne, dans quelque délibération que ce soit , je sens parfaitement qu'il ne tient qu'à moi de prendre le parti contraire. Toutes ces subtilités de l'école sont vaines précisément parce qu'elles prouvent trop , qu'elles combattent tous aussi bien la vérité que le mensonge, et que, soit que la
> Saint-I^ax fait de )a conscience momie un sentiment , et non pas un Jugement; ce qui est contre les définitionH des philosophes. Je crois pourtant qu'en «ed leur prétendu confrère a rahon.
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liberté existe ou non, elles peuvent servir également a prouver qu'elle n'existe pas. A entendre ces gens-là, Dieu même ne serait pas libre , et ce mot de liberté n'aurait aucun sens. Ils triomphent, non d'avoir résolu la question , mais d^avoir mis à sa place une chimère. Ils corn* mencent par supposer que tout être intelligent est purement passif, et puis ils déduisent de cette supposition des conséquences pour prouver qu'il n'est pas actif. La commode méthode qu'ils ont trouvée là! S'ils accusent leurs adversaires de raisonner de même, ils ont tort. Nous ne nous supposons point actifs et libres, nous sentons que nous le sommes. C'est à eux de prouver non-seulement que ce sentiment pourrait nous tromper, mais qu'il nous trompe en effet*. L'évoque de Cloyne a démontré que, sans rien changer aux apparences, la matière et les corps pourraient ne pas exister : est-ce assez pour affirmer qu'ils n'existent pas? En tout ceci, la seule apparence coûte plus que la réalité : je m'en tiens à ce qui est plus simple.
Je ne crois donc pas qu'après avoir pourvu de toute manière aux besoins de l'homme , Dieu accorde à l'un plutôt qu'à l'autre de secours extraordinaires, dont celui qui abuse des secours communs à tous est indigne, et dont celui qui en use bien n'a pas besoin. Cette acception de personne est injurieuse à la justice divine. Quand cette dure et décourageante doctrine se déduirait de l'Écriture elle-même, mon premier devoir n'est-il pas d'honorer Dieu? Quelque respect que je doive au texte sacré, j'en dois plus encore à son auteur; et j'aimerais mieux croire la Bible falsifiée ou inintelligible , que Dieu injuste ou malfaisant. Saint Paul ne veut pas que le vase dise au potier : Pourquoi m'as-tu fait ainsi? Cela est fort bien, si le potier n'exige du vase que des services qu'il l'a mis en état de lui rendre ; mais s'il s'en prenait au vase de n'être pas propre à un usage pour lequel il ne l'aurait pas fait,
* Ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit. Il s'agit de savoir si la volonté m détermine sans cause , ou quelle est la cause qui détermine la volonté.
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le vase aiiraitfil tort do lut dire : Pourquoi m'as-tu fait ainsi?
. S'eusuitril de là que la prière soit ioutile? A Dieu, ne plaise que Je m'ôte cette ressource coatno mes. faiblesses ! Tous les actes de rentendement.qui nous élèvent à Dieu nous portent au^essus de nous-mêmes ; en implorant sou secours ^ nous apprenons à le trouver. Ce n'est pas lui qui nous cbange,, c'est nous qui bous changeons en nous élevant à lui '. Tout ce qu'on lui demande comme il fi^t » oo se le donne, et, cottme vous l'avez dit, on augmente sa foi^e en xeconnaisçant sa faiblesse. Mais si Ton abuse de Toraison et. qu'on devienne mystique, on se perd à force de s'élever ; en cherchant la grâce , on renonce à la raison ; pou;r obtenir un dondu ciel» ou en foule au pied unautre; en s'obstinant a vouloir qu'il nous éclaire, on s'ôte les lumières qu'il nous a doniiées» Qui sommes-nous pour vou* loir forcer Dieu.de fairj^.ua miracle ?
Vous le saves; il n'y a rien de bien qui n'ait un ^icès blâmable, même la dévotion qui tourne en délire. I^ vô4re est trop pure pour. arriver jamais à ce point; mais l'eicès qui produit l'égarement commence avant lui, et €!e$t de ce premier terme que vous avez.k vous défier. Je vou&al souvent entendue blâmerles extases des^asoétiques: savez-vous comment elles viennent ? en prolongeant le temps qu'on donne à Ja prière plus que ne le permet la
* Notre gâtent phUosoptie , kprèfc arotr tmtté ta condaite d'AbeUaM.^'iMmble ea vouloir prendre ;iiusl la doctrine. Leurs sentiments sur la prière ont beaucoup de rapport *. Bien des gens , relevant cette hérésie , trouveront qu'il eût mieux valu persister dans Tégareroent ' que de tomber dans IVrréûr. Je hè pense pas ainsi. C'est un petit mal de se tromper ; c'en est an grand de se mal condalre. Ceci ne contredit point, à mon avis» ce que j'ai dit ci*devant sur le danger des ffeiuises maximes de morale. Mais il faut laiwer quelque chose à faire au lecteur.
* Cette «ssertion n'est ried moins qu'exacte. Voyei la quatrième lettre d'Abeilard à Hélolse, dans laquelle il Implore sa protection ( patroctnrum ) auprès de J.-G. pour obtenir par ses prières ce qu'il demanderait en vain lui-même f ut id obtiTuam ex tua qvod non possum ex oratione propria ). Il termine
^me cette lettre par une formule de prière conçue en ce sens, à réciter clialeur par lléloise et ses religieuses.