PARTIE VI, LETTBE VIII
tes enfin le bonheur l'un de l'autre, et rien ne manquera is au mien. Mais ,' quelque parti i|be Vous puissiez preii^ 9f après y aymrsérieaseitieflFC pensé, pr^eneHe en tout© ittrance,' et n^outragez plus valide amie^en Faccusant de
défierde vous. • ?'
4 force de songer à vous', je m'oublie. Il faut pourtant e mon tour vienne ; car vous faîtes avec vos amis dans dispute comme avec voire adversaii^anx écfareçs j von<; aquez en' vous ëéfendaftt. Vous vous «xcusez d'être phi^ ophe en m'aeeusant d'être dévote;* c^est comme si j'avais lOncé au vin lorsqu'il vous eut enivré. Je suis' donc dé- B à votre eompte^ ou prête k le devenir? Soit : les déno^nations méprisantes changent-ellesfla nature des cboses? la dévotion est bonne, où est le" tort d'en avoir? Mats it-être ce mot est-tLlrop iwis pour vous. La dignité phl^ o^ique dédaigfie unvculte vulgaire; elle veut servir m plus noblement; elle porte jusqu'au ciel même ses iteatio9S et sa fierté. O mes pautres philosophes!.;: irenonsàmoi; ' • ^ ' \,
^aîmai la verki dès monenfance, et cultivai ma faisou is tous. les temps. Avec du sentiment et des lumières, 'Voulu me gouverner, et je me suis- làal conduite: lot de m'éter<le guide que fat choisi, dontiez-m'en ilque autre sur lequel je puisse compter. Mon bon ami, jours de l'orgueil , quoi qu'on fasse! c'est lui qui votis ve^ et c'est lui qui m'humilie. Jecrois valoir autant une autre, et mille autres ont vécu plus sagement que i : elles avaient donc des ressources que je n'avais pas. loquoime sentant bien née ai-je eu besoin de cacher vie? pourquoi halssais-Je le mal que j'ai fait malgré i? Je ne connaissais que ma force, elle n'a pu me suf- . Toute la résistance qu'on peut tirer de soi , je crois 'oir faite , et toutefois j'ai succombé. Comment font les qui résistent? Elles ont un meilleur appui. Iprès l'avoir pris à leur exemple, j'ai trouvé dans ce »ix un autre avatilage auquel je n'avais pas pensé. Dans
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le règne des passions , elles aident à supporter les tourments qu'elles donnent; elles tiennent Tespérance à côté du désir. Tant qu'on désire , on peut se passer d'être heureux; on s'attend à le devenir : si le bonheur ne vient point, l'espoir se prolonge, et le charme de l'illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même , et l'inquiétude qu'il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité , qui vaut mieux peutêtre. Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. En effet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir , a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire , qui le soumet à son imagination , qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l'objet même; rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu'on voit , l'imagination ne pare plus rien de ce qu'on possède; l'illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité; et tel est le néant des choses humaines, qu'hors * TÉtre existant par luimême , il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas.
Si cet effet n'a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n'est pas un état d'homme; vivre ainsi c'est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créa-
* n fallait que hors, et sûrement madame de Wolmar ne l'ignorait pas. Mais, outre les fautes qui lai échappaient par ignorance on par inadvertance , il parait qu'elle avait l'oreille trop déUcate pour s'asservir toqjours aux règles mêmes qu'elle savait. On peut employer un style plus pur, mais non pas plus doux ni plus harmonieux que le sien.
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*e; il serait privé du plaisir de désirer; toute autre prilion serait plus supportable *.
^oira ce que j'éprouve en partie depuis mon mariage depuis votre retour. Je ne vois partout que sujets de itentement, et je ne suis pas contente; une langueur ^rète s'insinue au fond de mon cœur; je le swis vide et iflé, comme vous disiez autrefois du vôtre; rattachent que j'ai pour tout ce qui m'est cher ne suffit pas iir l'occuper; il lui reste une force inutile dont il ne sait 3 faire. Cette peine est bizarre, j'en conviens; mais elle st pas moins réelle. Mou ami , je suis trop heureuse, le iheur m'ennuie s.
iloncevez^vous quelque remède à ce dégoût du biene? Pour moi , je vous avoue qu^un sentiment si peu raiinable et si peu volontaire a beaucoup ôté du prix que lonnais à la vie; et je n'imagine pas quelle sorte de irme on y peut trouver qui me manque ou qui me suf- I. Une autre sera-t-elle plus sensible que moi? aimerale mieux son père , son mari , ses enfants , ses amis, ses iches? en sera-t-elle mieux aimée? mènera-t-elle une plus de son goût? sera-t-elle plus libre d'en choisir une re? jouira-t-elle d'une meilleure santé? aura-lrelle plus ressources contre l'ennui, plus de liens qui l'attachent monde? £t toutefois j'y vis inquiète; mon cœur ignore [ui lui manque; il désire sans savoir quoi. Fe trouvant donc rien ici-bas qui lui suffise, mon âme le cherche ailleurs de quoi la remplir : en s'éievant à ource du sentiment et de l'être, elle y perd sa séche-
)*oà il soit qoe tont prince qui aspire an despotiitme aspire à l'bonnear ourir d'ennui. Dans tous les royaumes du monde , chercliez-vous Thomme os ennuyé du pays? allez toujours directement au souverain» surtout it très-absolu. C'est bien la peine de faire tant de misérables ! ne saurait-il nyer à moindres frais ?
}uoi t Julie i aussi des contradictions ! Ah I Je crains bien , cliarmante déque vous ne soyez pas non plus trop d'accord avec vous-même. Au reste, le que cette lettre me parait le chiint du cygne
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resse et sa langueur; elle y renaît, elle s'y ranime, elle y trouve un nouveau ressort , elle y puise une nouvelle vie, elle y prend une autre existence qui ne tient point aux passions du corps ; ou plutôt elle n*est plus en moi-même, elle est toute dans l*Être immense qu'elle contemple, et, dégagée un moment de ses entraves, elle se console d'y rentrer par cet essai d'un état plus sublime qu'elle espère être un jour le sien.
Vous souriez : je vous entends, mon bon ami; j'ai pro* nonce mon propre jugement en blâmant autrefois cet étal d'oraison que je confesse aimer aujourd'hui. A cela je n'aj qu'un mot à vous dire, c'est que je ne l'avais pas éprouvé. Je ne prétends pas mêmè^e justifier de toutes manières : je ne dis pas que ce goût soit sage, je dis seulement qu'il est .doux , qu'il supplée au sentiment du bonheur qui s'épuise, qu'il remplit le vide de l'âme, et qu'il jette un nouvel intérêt sur la vie passée à le mériter. S'il produit quelque mal , il faut le rejeter sans doute ; s'il abuse le cœur par une fausse jouissance, il faut encore le rejeter. Mais enfin lequel tient le mieux a la vertu, dil philosophe avec ses grands principes , ou du chrétien dans sa simplicité? Lequel est le pliïs heureux dès ce monde, du sage avec sa raison, ou du dévot dans son délire? Qu'ai-je besoin de penser, d'imaginer, dans un moment où toutes mes facultés sont aliénées? L'ivresse a ses plaisirs, disiezvûus : eh bien! ce délire en est une. Ou laissez-moi dans un état qui m'est agréable, ou montrez-moi comment je puis être mieux.
J'ai blâmé les extases des mystiques; je les blâme encore quand elles nous détachent de nos devoirs, et que, nous dégoûtant de la vie active par les charmes de la contemplation, elles nous mènent à ce quiétisme dont vous me croyez si proche, et dont je crois être aussi loin que vous.
Servir Dieu, ce n'est point passer sa vie à genoux dans un- oratoire, je le sais bien ; c'est remplir sur la terre les
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oirs (]u'il nous impose; c'est faire en vue de lui plaire t ce qui convient a Tétat où il nous a mis :
......... II cor gradisce ;
£ serve a lui chl '1 sao dover compisce *.
faut premièrement faire ce qu'on doit, et puis prier indoÉ le peut; voilà la régie que je tâche de suivre. Je prends point le recueillement que vous me reprochez ame une occupation, mais comme une récréation; et le vois pas pourquoi, parmi les plaisirs qui sont à ma tée, je m'interdirais le plus sensible et le plus innoit de tous.
e me suis examinée avec plus de soin depuis votre re : j'ai étudié les effets que produit sur mon âme ce ii:;hant qui semble si fort vous déplaire; et je n'y sais 1 voir jusqu'ici qui me fasse craindre, au moins si tôt, »us d'une dévotion mal entendue.
Premièrement, je n'ai point pour cet èiercice un goût p vif qui me fasse souffrir quand j'en suis privée, ni ' me donne de Thumeur quand on m'en distrait. 11 ne donne point non plus de distraction dans la journée, le jette ni dégoût ni impatience sur la pratique de mes oirs. Si quelquefois mon cabinet m*<»t nécessaire, c'est ind quelque émotion m'agite, et que Je serais moins A partout ailleurs : c'est la que , rentrant en moime, j'y retrouve le calme de la raison. Si quelque ci me trouble , si quelque peine m'afflige , c'est là que es vais déposer. Toutes ces misères s'évanouissent deit un plus grand objet. En songeant à tous lés bienfaits la Providence, j'ai honte d'être sensible a de si faibles grins et d'oublier de si grandes grâces. Il ne me faut séances ni fi^équentes ni longues. Quand la tristesse ' suitmalgré moi, quelques pleurs versés devant celui console soulagent mon cœur à l'instant. Mes réflexions
Le cœur lui suffit , et qui fait son devoir le prie. Mstast.
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ne sont jamais amères ni douloureuses; mon repentir même est exempt d'alarmes. Mes fautes me donnent moins d'effroi que de honte : j'ai des regrets et non des remords. Le Dieu que je sers est un Dieu clément , un père : ce qui me touche est sa bonté; elle efface à mes yeux tous ses autres attributs; elle est le seul que je conçois. Sa puissance m'étonne, son immensité me confond, sa justice... Il a fait rhomme faible; puisqu'il est juste, il est clément. Le Dieu vengeur est le Dieu des méchants ; je ne pois ni le craindre pour moi, ni l'implorer contre un autre; O Dieu de paix, Dieu de bonté , c'est toi que j'adore ! c'est de toi, je le sens, que je suis l'ouvrage; et j'espère te retrouver au dernier jugement tel que tu parles à mon cœur durant ma vie.
. Je ne saurais vous dire combien ces idées jettent de douceur sur mes jours et de joie au fond de mon cœur. £n sortant de mon cabinet ainsi disposée, je me sens plus légère et plus gaie ; toute la peine s'évanouit, tous les embarras disparaissent ; rien de rude, rien d'anguleux; tout devient facile et coulant, tout prend h mes yeux une face plus riante; la complaisance ne me coûte plus rien ; j'en aime encore mieux ceux que j'aime et leur en suis plus agréable : mon imn même en est plus content de mon humeur. La dévotion, prétend-il, est un opium pour J'âme; elle égayé, anime et soutient quand on en prend peu; une trop forte dose endort, ou rend furieux , ou tue. J'espère ne pas aller jusque-là.
Vous voyez que je ne m^offense pas de ce titre de dévole autant peut-être que vous l'auriez voulu; mais je ne lui donne pas non plus tout le prix que vous pourriez croire. Je n'aime point, par exemple , qu'on affiche cet état par un extérieur affecté, et comme une espèce d'emploi qui dispense de tout autre. Ainsi cette madame Guyon dont vous me parlez eût mieux fait, ce me semble, de remplir avec soin ses devoirs de mère de famille, d'élever chrétiennement ses enfants, de gouverner sagement sa maison,