‹ Julie (volume 2)Chapitre 161 sur 187 · PA&TIB VI, LETTBB XI · texte numérisé non relu

PA&TIB VI, LETTBB XI

Àdiis qu'exigeait auprès d'euï la forme d'éducation l'elle avait prise , et du danger de les négliger un mo- 3nt. Sans donner une grande importance à sa maladie, e prévoyait qu'elle Tempêcherait quelque temps de nplir sa part des mêmes soins , et nous chargeait tous répartir cette part sur les nôtres.

Elle s'étendit sur tous ses projets , sur les vôtres, sur les )yens les plus propres à les faire réussir, sur les observons qu*elle avait faites et qui pouvaient les favoriser leur nuire, enfin sur tout ce qui devait nous mettre en it de suppléer à ses fonctions de mère aussi longtemps 'elle serait forcée à les suspendre. C'était, pensai-je , m des précautions pour quelqu'un qui ne se croyait ivé que durant quelques jours d'une occupation si chère: ûs ce qui m'effraya tout à fait, ce fut de voir qu'elle trait pour Henriette dans un hien plus grand détail core. Elle s'était bornée à ee qui regardait la première fance de ses fils, comme se déchargeant sur un autre soin de leur jeunesse : pour sa fille , elle embrassa is les temps; et, sentant bien que personne ne supserait sur ce point aux réflexions que sa propre expéiuce lui avait fait faire, elle nous exposa en abrégé, ûs avec force et clarté, le plan d'éducation qu'elle avait t pour elle, employant près de la mère les raisons les is vives et les plus touchantes exhortations pour l'enfer à le suivre.

routes ces idées sur l'éducation des jeunes personnes sur les devoirs des mères , mêlées de fréquents retours r elle-même, ne pouvaient manquer de jeter de la chair dans l'entretien. Je vis qu'il s'animait trop. Claire lait une des mains de sa cousine, et la pressait à chae instant contre sa bouche, en sanglotant pour toute ponse; la Fanchon n'était pas plus tranquille; et pour lie, je remarquai que les larmes lui roulaient aussi dans * yeux, mais qu'elle n'osait pleurer, de peur de nous irmer davantage. Aussitôt je me dis : Elle se voit morte.

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Le seul espoir qui me restât fut que la frayeur potiVait Tabuser sur sou état, et lui montrer le danger plus grand qu'il n'était peut-être. Malheureusement je la connaissais trop pour compter beaucoup sur cette erreur. J'avais essayé plusieurs fois de la calmer ; je la priai derechef de ne pas s'agiter hors de propos par des discours qu'on pouvait reprendre à loisir. Ah ! dit-^lle , rien ne fait tani de mal aux femmes que le silence : et puis, je ml3 sens ud peu de fièvre ; autant vaut employer le babil qu'elle donne à des sujets utiles, qu'à battre sans raiâon la campagne.

L'arrivée du médecin causa dans la maison un ti^ouble impossible .à peindre. Tqus les domestiques , l'un sur l'autre à la porte de la chambre, attendaient, Tteil inquiet et les mains jointes, son jugement sur l'état de leur maîtresse comme l'arrôt de leur sort. Ce spectacle jeta la pauvre Claire dans une agitation qui me fit^craindre pour sa tôle. Il fallut les éloigner sous différents prétextes, pour écarter de ses yeux cet dbjet d'effi*oi. Le médecin donna vaguement un pea d'espérance, mais d'un ton' propre a me rôter. Julie ne dit pas non plus ce qu'elle pensait; la présence de sa cousine la tenait en respect. Quand il sortit, je le suivis : Claire en voulut faife autant ; mais Julie la retint, et me fit de Toeil un signe que j'entendis. Je me hâtai d'avertir le médecin que , s'il y avait du danger , il fallait le cacher à madame d'Orbe avec autant et plus de soin qu'a la malade, de peur que le désespoir n'achevât de la troubler et ne la mît hors d'état de'servir son amie. Il déclara qu'il y avait en effet du danger; mais que vingtquatre heures étant a peine écoulées depuis l'accident, il fallait plus de temps pour établir un pronostic assuré ; que la nuit prochaine déciderait du sort de 'la maladie, et qu'il ne pouvait prononcer que le troisième jour. La Fanchon seule fut témoin de ce discours ; et, après l'avoir engagée, non sans peine, à se contenir, on convint de ce qui serait dit h madame d'Orbe et au reste de la maison.

Vers le soir, Julie obligea sa cousine, qui avait passé

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. nuit précédente auprès d'elle, et qui voulait encore y asser la suivante, à s'aller reposer quelques heures. DuiDt ce temps la malade ayant su qu'on allait la saigner u pied, et. que le médecin préparait des ordonnances , le le fit appeler et lui tint ce discours : « Monsieur du Bosson , quand on croit devoir tromper un malade craintif sur son état, c'est une précaution d'humanité que j'approuve; mais c'est une cruauté de prodiguer également à tous des soins superflus et désagréables , dont plusieurs n'ont aucun besoin. Prescrivez-moi tout ce que vous Jugerez m'être véritablement utile , j'obéirai ponctuellement. Quant aux remèdes qui ne sont que pour l'imagination, faites-m'en grâce :. c'est mon corps et non mon esprit qui souffre; et je n'ai pas peur de Qoir mes jours, mais d'en mal employer le reste. Les ierniers moments de la vie sont trop précieux pour |u'il soit permis d'en abuser. Si vous ne pouvez prolonger la mienne, au moins ne Tabrégez pas, en m'ôtanl l'emploi dut peu d'instants qui me sont laissés par a nature. Moins il m'en reste , plus vous devez les res- >eGler. Faites-moi vivre, ou laissez-moi : je saurai bien nourir seule. » Voilà comment cette femme si timide }i douce dans le commerce ordinaire savait trouver un ferme et sérieux dans les occasions importantes. ^a Duit fut cruelle et décisive. Étouffement, oppression, cope, la peau sèche et brûlante, une ardente fièVre, 'ant laquelle on r<entendait souvent appeler vivement rcellin-conmie pour le retenir, et prononcer aussi quelfois un autre nom, jadis si répété dans une occasion eille. Le lendemain, le médecin me déclara sansrdér qu'il n'estimait pas qu'elle eût trois jours à vivre. Tus seul dépositaire de cet affreux secret; et la plusv ible heure de ma vie fut celle où je le portai dans le 1 de mon cœur sans savoir quel usage j'en devais faire. lai seul errer dans les bosquets, rêvant au parti que ais à prendre, non sans quelques tristes réflexions sur

le sort qui me ramenait dans ma vieillesse à cet état solitaire dont je m'ennuyais même avant d'en connaître un plus doux.

La veille, j'avais promis à Julie de lui rapporter fidèlement le jugement du médecin; elle m'avait intéressé par tout ce qui pouvait toucher mon cœur à lui tenir parole. Je sentais cet engagement sur ma conscience. Mais quoi ! pour un devoir chimérique et sans utilité, fallait-il contrister son âme et lui faire k longs traits savourer la mort? Quel pouvait être k mes yeux Tobjet d'une précaution si cruelle? Lui annoncer sa dernière heure, n'était-ce pas l'avancer? Dans un intervalle si court, que deviennent les désirs, l'espérance, éléments de la vie? Est-ce en jouir encore que de se voir si près du moment de la perdre? Était-ce k moi de lui donner la mort?

Je marchais à pas précipités avec une agitation que je n'avais jamais éprouvée. Cette longue et pénible anxiété me suivait partout; j'en traînais après moi l'insupportable poids. Une idée vint enfin me déterminer. Ne vous efforcez pas de la prévoir; il faut vous la dire.

Pour qui est-ce que je délibère? est-ce pour elle ou pour moi? Sur quel principe est-ce que je raisonne? est-ce sur son système ou sur le mien? Qu'est-ce qui m'est démontré sur Tun ou sur l'autre? Je n'ai, pour croire ce que je crois, que mon opinion armée de quelques probabilités. Nulle démonstration ne la renverse, il est vrai; mais quelle démonstration l'établit ?*£lle a, pour croire ce qu'elle croit, son opinion de même; mais elle y voit l'évidence, cette opinion k ses yeux est une démonstration. Quel droit ai-je de préférer, quand il s'agit d'elle, ma simple opinion que je reconnais douteuse, k son opinion qu'elle tient pour démontrée? Comparons les conséquences des deux sentiments. Dans le sien, la disposition de sa dernière heure doit décider de son sort durant l'éternité; dans le mien, les ménagements que je veux avoir pour elle lui seront indifférents dans trois jours. Dans trois

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