PABTIB VI, LETTRE XI
'ait toujours levée avant ses enfants. Je me souviens à ce propos Julie fit une réflexion tout à fait dans son aclère, sur Timbécile vanité de Yespasien qui resta ché tandis qu'il pouvait agir, et se leva lorsqu'il ne plus rien faire^ Je ne sais pas, dit-elle , s'il faut qu'un )ereur meure debout, mais je sais bien qu'une mère de ille ne doit s'aliter que pour mourir, près avoir épanché son cœur sur ses enfants, après les ir pris chacun à part, surtout Henriette, qu'elle tint longtemps, et qu'on entendait plaindre et sangloter recevant ses baisers , elle les appela tous trois , leur na sa bénédiction , et leur dit , en leur montrant maie d'Orbe : Allez, mes enfants, allez vous jeter aux Is de votre nière : voilà celle que Dieu vous donne ; il ous a rien ôté. A l'instant ils courent à elle, se mettent » genoux , lui prennent les mains , l'appellent leur ne maman, leur seconde mère. Claire se pencha sur ; mais, en les serrant dans ses bras, elle s'efforça vai- Lent de parler, elle ne trouva que des gémissements, ne put jamais prononcer un seul mot; elle étouffait, îz si Julie était émue ! Cette scène commençait à der trop vive ; je la fis cesser.
3 moment d'attendrissement passé , l'on se remit à er autour du lit ; et quoique la vivacité de Julie se fût »eu éteinte avec le redoublement, on voyait le même le contentement sur son visage : elle parlait de tout : une attention et un intérêt qui montraient un esprit •libre de soins : rien ne lui échappait; elle était k la
Bcl n'est pas bien exact. Suétone dit * que Vespasien traTalIlait < dinalre dans son lit de mort, et donnait même ses audiences; mai» tre en ettet eût-il mienx Tain se lever pour donner ses audiences , et se ;ber pour mourir. Je sais que Vespasien , sans être un grand honnne , lu moins nn grand prince. N'importe ; quelque rMe qu'on ait pu faire t sa vie , on ne doit point Jouer la comédie à sa mort.
le de Vespasien , chap. xxiv. — Que Rou-sscau se soit donné ou non la de consulter Suétone, le rét'lt de cet auteur se trouve tout entier dans igné , liv. II , chap. xxi.
816 LA NOUVELLE HÉLOÎSB.
conversation comme si elle n'avait eu autre chose k faire. Elle nous proposa de dîner dans sa chambre , pour nous quitter le moins qu'il se pourrait : vous pouvez croire que cela ne fut pas refusé. On servit sans bruit, sans confusion ^ sans désordre , d'un air aussi rangé €|ue si l'oa eût été dans le salon d^Apollon. La Fanchon , les enfants, dînèrent à table. Julie, voyant. qu'on manquait d'appétit , trouva le secret de faire manger de tout , tantôt préteitaot rinstruction de sa cuisinière, tantôt voulant savoinsi elle oserait en goûter, tantôt nous intéressant par notre santé même dont nous avions besoin pour la servir, toujours montrant le plaisir qu'on pouvait lui faire , de manière à ôter tout moyen de s'y refuser , et mêlant à tout cela un enjouement propre à nous distraire du triste objet qui nous occupait. Enfin une maîtresse de maison, attentive à faire ses honneurs , n'aurait pas en pleine santé, pour des étrangers , des soins plus marqués, plus obligeants ,plus aimables ^ que ceux que Julie mourante avait pour sa famille. Rien de tout ce que j'avais cru prévoir n'arrivait, rien de ce que je voyais ne s'arrangeait dans ma tête. Je ne savais plus qu'imaginer, je n'y étais plus.
Après le dîner on annonça monsieur le ministre. H venait comme ami de la maison , ce qui lui arrivait fort souvent. Quoique je ne l'eusse point fait appeler , parce que Julie ne l'avait pas demandé, je vous avoue que je fus charmé de son arrivée ; et je ne crois pas qu'en pareille circonstance le plus zélé croyant l'eût pu voir avec plus de plaisir. Sa présence allait éclaircir bien des doutes et me tirer d'une étrange perplexité.
Rappelez-vous le motif qui m'avait porté a lui annoncer sa fin prochaine. !Sur l'effet qu'aurait dû , selon moi , produire cette affreuse nouvelle , conunent conoevoir celui qu'elle avait produit réellement? Quoi ! cette femme dévote qui dans l'état de santé ne passe pas un jour sans se recueillir ; qui fait un de ses plaisirs de la prière , n'a plus que deux jours h vivre; elle se voit prête à paraître de-