‹ Julie (volume 2)Chapitre 165 sur 187 · PAUTIB VI, LETTRE XI · texte numérisé non relu

PAUTIB VI, LETTRE XI

» ciiéyCréateur, consierTateur, père ôfi riiomme^ et rot » d« la uaUire, Dieu irès-puissaut , IrèsrbQn, dont je ne » doutai, jamais un moment,: et sous lesi. yeux duquel » j'aimai toujours à vivre! je le sais, je m'en réjouis, je » vais paraître devant ton Lrône. Dans peu de >ours mon » âme , libre de sa dépouille , coiiimencera de t'offrrr plus ») dignement cet immortel hommage qui doit faine mon » bonheur durant Féternité. Je compte pour rien tout ce » que je serai jusqu'à ce moment. Mon corps vit encore, a mais ma vie morale est finie. Je suis au bout de ma car- » rièrç, et déjà jugée sur Le passé. Souffrir et mourir est » tout ce qui me reste a faire ; c'est l'affaire de la nature : » ipais.moi , j'ai tâché de vivfe de manière à n'avoir pas » besoin de songer à la mort; et maintenaiit qu'elle ap- » proche, je la vois venir sans effroi. Qui s'endort dans Iç » sein d'uii père n'est pas en souci; du réveil. ».

Ce discours, prononcé «d'abord d'un, ton grave .et posé^, puis avec plus d'accent et.d'une voix plus élevée, fit sur tous ies assistants, sans m'en excepter, une impression d'autant plus vive que les. yeux de celle qui le .prononça brillaient d'un feu. surnaturel ; un nouvel éclat animait son teint, elle paraissait rayonnante.; et s,'il y a quelque chose au moode qui mérite le nom de céleste, c'était son vlsa§^ tandi&qu'ielleparJait. . . .,

Le. pasteur lui-même, saisi, transporté de ce qu'il ve* nait d'entendre , s'écria en levant les yeux et les mains au ciel : Grand Dieu, voilà le culte qui t'honore; daigne t'y rendre propice ! les humains t'en offrent p^u de pareils. •

Madame,. dit-il en s'approchant du lit, je croyais vous instruire, et c'est voua qui m'instruisez. Je n'ai plus rien avons dire. Vous avez la véritable foi , celle qui fait aimer Dieu. Emportez ce précieux repos d'une bonne conscience, il ne vous trompera pas; j'ai vu bien des chrétiens dans l'état oii vous êtes, je ne l'ai trouvé qu'en vous seule. Quelle différence d'une fin si paisible à celle de ces pé*

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chears bourrelés qui n'accumulent tant de vaines et sèches prières que parce qu'ils sont indignes d'être exaucés l Madame , votre mort est aussi belle que votre vie : vous avez vécu pour la charité ; vous mourez martyre de l'amour maternel. Soit que Dieu vous rende à nous pour nous servir d'exemple, soit qu'il vous appelle à lui pour couronner vos vertus, puissions-nous tous tant que nous sommes vivre et mourir comme vous! nous serons bien sûrs du bonheur de l'autre vie.

Il voulut s'en aller; elle le retint. Vous êtes de mes amis, lui dit-elle, et Tun de ceux que je vois avec le. plus de plaisir ; c'est pour eux que mes derniers moments me sont précieux. Nous allons nous quitter pour si longtemps, qu'il ne faut pas nous quitter si vite. Il fut charmé de rester, et je sortis là-dessus.

En rentrant, je vis que la conversation avait continué sur le même sujet, mais d'un autre ton et comme sur une matière indifférente. Le pasteur parlait' de l'esprit faux qu'on donnait au christianisme en n'en faisant que la religion des mourants, et de ses ministres des hommes de mauvais augure. On nous regarde, disait-il, comme des messagers de mort, parce que, dans l'opinion commode qu'un quart d'heure de repentir suffit pour effacer cinquante ans de crimes, on n'aime a nous voir que dans ce temps-là. Il faut nous vêtir d'une couleur lugubre ; il faut affecter un air sévère ; on n'épargne rien pour nous rendre effrayants. Dans les autres cultes c'est pis encore. Un catholique mourant n'est environné que d'objets qui l'épouvantent, et de cérémonies qui l'enterrent tout vivant. Au soin qu'on prend d'écarter de lui les démons, il croit en voir sa chambre pleine; il meurt cent fois de terreur avant qu'on l'achève ; et c'est dans cet état d'effroi que l'Église aime à le plonger pour avoir meilleur marché de sa.bourse. Rendons grâces au ciel , dit Julie, de n'être pointues dans ces religions vénales , qui tuent les gens pour en hériter , 'H qui, vendant. le paradis aux riches, portent jusqu'en

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