‹ Julie (volume 2)Chapitre 18 sur 187 · PARTIE I, LETTRE XXVIU. ÎMl · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XXVIU. ÎMl

vous-eo pour votre retour , et surtout oe perdez pas un moment, si vous voulez revoir la plus tendre amante qui Tut jamais.

L£TT|g[^ xxyui. — i)« aui.iB k claire.

Q^e ^0X1 absence me read amière la vie que t^ m'as rendue ! QueHe convalescence ! Une paissioQ plus lenibla que ^ fièvre et le transport m'entra toe à ma perte. Crue>lle \ tu me quittes (^and y^i plus, besoin de tôt ; tu m'as quittée pour buit jours , peut;-étre ne m^e reverra^tu ia^mais. 0 si Ui savais ce q^ue Viusensé m'ose proposer!... el de quel.t^n ! m'enCuix* ! le suivre! m*enlever !... Le malheureux!... Pe qvi n^e plains-xe ! mon cœur , mon indigne cœur m'en dit cent fois plus que Lui... Grand Dieu! q,i|e serait-ce s'il savait tout,?... il en deviefljd rail furieux , Je serais entraînée , il faudrail partir. . . Je f rànis, . .

t^ufia mon^ pèi:e m's^ 4,oi>ç veodue ! il fjalt de sa iille ui^e ];narchandise., une esclave ! U s'acquiLtç à, mes dépens ! ïi, paye sa vie de la mienae !... car, je le sens bien , jp n'y survivrai jamais... Père barbare et dénaturé I Mérite-til?... Quoi ! m^érlter !: c'est le meilleur des pères ; il veut unir sa fille à son ami, voila son crin^. Mais ma mère, ma tendre mère! quel mal m'art-ellefait?... AU! beaiicoM|>: elle m'a trop aimée , eÙe ma perdue.

Claire , que ferairje ? que devieodrai-je? H^z ue viei^t point. Je ne, sais commeni t^enyoyer cette Lettre. Av.j^nt que ta la reçoives... avant que tu sois de retour... qui sait?... fugitive , errante , déshonorée... C'eq est fait , c'ea est fait, la crise e§t venue. UU; jpu^ , uqe ^eure , un moment peut-être.... Qui est-ce q^i saij, éviter» son sort?.... Oh.!- dans quelque lieu que je vive et que je meur^, en queLqpe asile obscur que je traîne ma hop te et mon désespoir , Claire, souviens-toi de ton amie... Hélas ! la misère et Topprobre changent les coeurs... Ah! si jaipais le mien l'oublie , il aura beaucoup changé.

100 LA NOUVELLE HELOlSE

Reste , ah ! reste , ue reviens jamais : (a viendrais trop tard. Je ne dois plus te voir ; comment soutiendrais-je ta vue?

Où étais-tu , ma douce amie, ma sauvegarde, mon ange tutélaire? Tu m'as abandonnée, et j'ai péri. Quoi! ce fatal voyage était-il si nécessaire ou si pressé? Pouvais-tu me laisser a moi-même dans Tinstant le plus dangereux de ma vie ? Que de regrets tu t'es préparés par cette coupable négligence ! Ils seront éternels ainsi que mes pleurs. Ta perte n'est pas moins irréparable que la mienne, et une autre amie digne de toi n'est pas plus facile à recouvrer que mon innocence.

Qu'ai-je dit, misérable? Je ne puis ni parler ni me taire. Que sert le silence quand le remords crie? L'univers entier ne me reproche-t-il pas ma faute ? Ma honte n'estetle pas écrite sur tous les objets? Si je ne verse mon cœur dans le tien , ii faudra que j'étouffe. Et toi ne te reprochestu rien , facile et trop confiante amie? Ah ! que ne me trahissais-tu? C'est ta fidélilé, ton aveugle amitié, c'est ta malheureuse indulgence qui m'a perdue.

Quel démon t'inspira de le rappeler, ce cruel qui fait mon opprobre ? Ses perfides soins devaient-ils me redonner la vie pour me la rendre odieuse? Qu'il fuie à jamais , le barbare I qu'un reste de pitié le touche ; qu'il ne vienne plus redoubler mes tourments par sa présence ; qu'il renonce au plaisir féroce de contempler mes larmes. Que dis-je , hélas ! il n'est point coupable ; c'est moi seule qui \id suis ; tous mes malheurs sont mon ouvrage , et je n'ai rien k reprocher qu'k moi. Mais le vice a déjà corrompu mon âme ; c'est le premier de ses effets de nous faire accuser autrui de nos crimes.

Non , non , jamais il ne fut capable d'enfreindre ses serments. Son cœur vertueui ignore l'art abject d'outrager

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