‹ Julie (volume 2)Chapitre 72 sur 187 · PARTIE III, LETTRE XV. STA · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XV. STA

scieoce m'eu reod le consolant témoignage. Que le ciel ne me demande point compte de plus qu'il ne m'a donné I Ce triste cœur que tu achetas tant de fois , et qui coûta si cher au lien , t'appartient sans réserve ; il fut à toi du premier moment où mes yeux te virent ; il te restera jusqu'à mon dernier soupir. Tu Tas trop bien mérité pour le perdre, et je suis lasse de servir aux dépens de la justice une chimérique vertu.

Oui , tendre et généreux amant, ta Julie sera toujoui's tienne, elle t'aimera toujours: il le faut, je le veux , je le dois. Je te rends l'empire que Tamour t'a donné ; il ne te sera plus ôté. Cpest en vain qu'une yoix mensongère murmure au fond de mon âme, elle ne m'abusera plus. Que sont les vains devoirs qu'elle m'oppose contre ceux d'aimer à jamais ce que le ciel m'a fait aimer? Le plus sacré de tous n'est-il pas envers toi? N'est-ce pas à toi seul que j'ai tout promis? le premier vœu de mon coeur ne fut-il pas de B6 l'oublier jamais? et ton inviolable fidélité n'est-elle pas un nouveau lien pour la mienne ? Ah 1 dans le transport d*amour qui me rend à toi , mon seul regret est d'avoir combattu des sentiments si chers et si légitimes. Nature , ô douce naturel reprends tous tes droits; j'abjure les barbares vertus qui t'anéantissent. Les penchants que tu m'as donnés seront-ils plus trompeurs qu'une raison qui m'égara tant de fois?

Respecte ces tendres penchants , mon aimable ami ; tu leur dois trop pour les haïr; mais souffres-en le cher et doux partage ; souffre que les droits du sang et de Tamitié ne soient pas éteints par ceux de l'amour. Ne pense point que pour te suivre j'abandonne jamais la maison paternelle; n'espère point que je me refuse aux liens que m'impose une autorité sacrée : la cruelle perte de l'un des auteurs de mes jours m'a trop appris à craindre d'affliger Tautre. Non , celle dont il attend désormais toute sa consolation ne contristera point son âme accablée d'ennuis; je n'aurai point donné la mort à tout ce qui me donna la vie

376 LA NOUVELLE HBLOÏSE.

ISon , non ; je connais mon crime et ne puis le haïr. Devoir , honneur , vertu , tout cela ne me dit plus rien : mais pourtant je ne suis point un monstre ; je suis faible, et non dénaturée. Mon parti est pris , je ne veux désoler aucun de ceux que j'aime. Qu'un père esclave de sa parole et jaloux d'un vain titre dispose de ma main qu'il a promise ; que l'amour seul dispose de mon cœur ; que mes pleurs ne cessent de couler dans le sein d'une tendre amie. Que je sois vile et malheureuse , mais que tout ce qui m'est cher soit heureux et content s'il est possible. Formez tous trois ma seule existence, et que votre bonheur me fasse oublier ma misère et mon désespoir.

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