‹ Julie (volume 2)Chapitre 73 sur 187 · LETTRE XVI. — RÉPONSE · texte numérisé non relu

LETTRE XVI. — RÉPONSE

Nous renaissons , ma Julie ; tous les vrais sentiments de nos âmes reprennent leur cours. La nature nous a conservé l'être, et l'amour nous rend à la vie. En doutais-tu? L'osas- tu croire, de pouvoir m'ôter ton cœur? Va , je le connais mieux que toi, ce cœur que le ciel a fait pour le mien. Je les sens joints par une existence commune qu'ils ne peuvent perdre qu'à la mort. Dépend-il de nous de les séparer, ni même de le vouloir? tiennent-ils l'un a Tautre par des nœuds que les hommes aient formés et qu'ils puissent rompre? Non , non , Julie ; si le sort cruel nous refuse le doux nom d'époux , rien ne peut nous ôter celui d'amants fidèles ; il fera la consolation de nos tristes jours, et nous l'emporterons au tombeau.

Ainsi nous recommençons de vivre pour recommencer de souffrir, et le sentiment de notre existence n'est pour nous qu'un sentiment de douleur. In fortunés 1 que sommesnous devenus ? Comment avons-nous cessé d'être ce que nous fûmes ? Où est cet enchantement de bonheur suprême? Où sont ces ravissements exquis dont les vertus animaient nos feux? Il ne reste de nous que notre amour;

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