‹ Julie (volume 2)Chapitre 86 sur 187 · PARTIE Uly LSXTBS XX · texte numérisé non relu

PARTIE Uly LSXTBS XX

semble que nous soyons destioés à ne «faire entre nous qu'une seule âme, dont il est l'entendement et moi la volonté. Il n'y a pas jusqu'à son âge un peu avancé qui ne tourne au commun avantage : car , avec la passion dont j'étais tourmentée, il est certain que, s'il eût été plus jeune, je l'aurais épousé avec plus de peine encore , et cet excès de répugnance eût peut-être empêché l'heureuse révolution qui s'est faite en moi.

Mon ami, le ciel éclaire la bonne intention des pères , et récompense la docilité des enfants. A Dieu ne plaise que je veuille insulter à vos déplaisirs! Le seul désir de vous rassurer pleinement sur mon sort me fait ajouter ce que je vais vous dire. Quand avec les sentiments que j'eus cidevant pour vous, et les connaissances que j'ai maintenant, je serais libre encore et maîtresse de me choisir un mari , je prends à témoin de ma sincérité ce Dieu qui dj^igne m'éclairer et qui lit au fond de mon cœur , ce n'est pas vous que je choisirais , c'est M. de Wolmar.

Il importe peut-être a votre entière guérison que j'achève de vous dire ce qui me reste sur le cœur. M. de Wolmar est plus âgé que moi. Si, pour me punir de mes fautes, le ciel m'ôtait le digne époux que j'ai si peu mérité, ma ferme résolution est de n'en prendre jamais un autre. S'il n'a pas eu le bonheur de trouver une fille chaste, il laissera du moins une chaste veuve. Vous me connaissez trop bien pour croire qu'après vous avoir fait cette déclaration , je sois femme à m'en rétracter jamais *.

^ Nos situations diyersés déterminent et changent malgré nous toutes les affections de nos cœurs : nous serons yieieux et méchants tant que nous aurons intérêt à l'être , et malheureusement les chaînes dont nous sommes chargés multiplient cet intérêt autour de nous. L'effort de corriger le désordre de nos! désirs est presque toujours vain, et rarement il est vrai. Ce qu'il faut changer, ! c'est moins nos désirs que les situations qui les produisent. Si nous voulons devenir bons , êtons les rapports qui nous empêchent de l'être ;,il n*y a point d'antre moyen. Je ne voudrais pas pour tout au monde avoir droit à la succession d'autrui, surtout de personnes qui devraient m*être chères; car que sais-Jc quel horrible vœu l'indigence pourrait m'arracher? Sur ce principe,

42^2 hk NOUVELLE HÉLOÎSE.

Ce que j*ai dil pour lever vos doutes peut servir encore à résoudre en partie vos objections contre l'aveu que je crois devoir faire k mon mari. Il es^ trop sage pour me punir d'une démarche humiliante que le repentir seul peut m'arracher , et je ne suis pas plus capable d'user de la ruse des dames dont vous parlez qu'il Test de m'en soupçonner. Quant à la raison sur laquelle vous prétendez que cet aveu n'est pas nécessaire, elle est certainement un sophisme ; car, quoiqu'on ne soit tenue a rien envers uù époux qu'on n'a pas encore, cela n'autorise point à se dimaer à lui pour autre chose que ce qu'on est. Je l'avais senti, même avant de me marier ; et si le serment extorqué par mon père m'empêcha de faire à cet égard mon devoir, je n'en fus que plus coupable, puisque c'est un crime de faire un serment injuste, et un second de le tenir. Mais j'avais une autre raison que mon cœur n'osait s'avouer^ et qui me rendait beaucoup plus coupable encore. Grâces au ciel , elle ne subsiste plus.

Une considération plus légitime et d'un plus grand poids est le danger de troubler inutilement le repos d*un honnête homme qui tire son bonheur de l'estime qu'il a pour sa fenmie. Il est sûr qu'il ne dépend plus de lui de rompre le nœud qui nous unit, ni de moi d'en avoir été plus digne. Ainsi je risque, par une confidence indiscrète, de l'affliger à pure perte , sans tirer d'autre avantage de ma sincérité que de décharger mon cœur d'un secret funeste

enaminez bien la réaolatioa de Jolie , et la déclaratton qu'eUe en fait à son ami , pesez cette i-ésolution dans toutes ses circonstances , et vous «errcx comment un cœur droit en doute de lui-même sait s'ôter au besoin tout tntérët contraire au deyoir. Dés ce moment , Jolie , malgré Tamour qoi loi reste, met ses sens do parti de sa vertu ; elle se force , pour ainsi dire , d'aimer Wolmar comme son .oniqae époux , comme le seul homme avec lequel elle habitera de sa vie ; elle chaDge Tintérêt secret qu'elle avait à an perte en intérêt à le conserver. Ou je ne connais rien an cœur humain , on c'est à cette seule résolution si critiquée qoe tient le triomphe de la vertu dans tout le reste de la vie de Julie , et rattachement sincère et constant qu'elle a Jusqu'à la ta tiour son mari.

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