‹ JulieChapitre 10 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

't forcée à te mépriser. Ah I mallieureux, je t'eslimois,

et tu me déshonores ! crois -moi, si ton cœur étoit

fait pour jouir en piûx de ce triomphe, il ne l'eût

jamais ohtenu.

Tu le sais, tes remords en augmenteront; je n'avois point dans l'ame des inclinations vicieuses. La modestie et l'honnêteté m'étoient chères; j'aimoisà les nourrir dans une vie simple et laborieuse. Que m'ont servi des soins que le ciel a rejetés? Dès le premier jour que j'eus le malheur de te voii:, je sentis le poison qui corrompt mes sens et, ma raison ; je le sentis du premier instant ; et tes yeux, tes sentiments , tes discours , ta plume criminelle , le rea deut chaque jour plus mortel.

Je n'ai rien négligé pour arrêter le progrès de cette passion funeste. Dans l'impuissance de résistei', j'ai voulu me garantir d'être attaquée ; tes poursuites ont trompé ma vaine prudence. Cent fois j'ai voulu me jeter aux pieds des auteurs de mes jours, cent fois j 'a i voulu leur ouvrir mon cœnr coupable , ils ne peuvent connoître ce qui s'y passe : ils voudront appliquer des remèdes ordinaires à un mal désespéré ; ma mère est foible et sans autorité ; je connois l'inflexible sévérité de mon père , et je ne ferai que perdre et déshonorer moi, ma famille , et toi-même. Mon amie est absente, mon frcre n'est plus ; je ne trouve aucun protecteur au monde contre l'ennemi qui me poursuit; j'implore eu vain le ciel, le ciel est sourd aux prières des folblcs. Tout fomente l'ardeur qui me dcvore ; tout nrfiI)andonDC à inoj-aiême, ou plutôt tout me livre à toi ; la nature entière semble être ta complice; tous mes cfrort»

sont vains , je t'adore en dépit de moi-même. G)mmcnt mon cccnr, qui n a pu résister dans toute t>a force, céderoit-il maintenant à demi? comment ce cœur, qui ne sait rien dissimuler, te cacberoit-il le reste de sa foiblesse? Ahl le premier pas, qui coiàte le plus, étoit celui qu'il ne falloit pas faire ; commeat m'arrêterois-je aux autres? Non; de ce premier pas je me sens entraîner dans l'abyme , et fu peux me rendre aussi malheureuse qui! te plaira.

Tel estrétat affreux où je me vois, que je ne pu:s plus avoir recours qu'à celui qui m'y a réduite , et que, pour me f;arantir de ma perte, tu dois être mon unique défenseur contre toi. Je pouvois , je le sais, différer cet aveu d? mon désespoir: je pouvois quelque temps déguiser ma honte, « t céder par degrés pour m'en imposer à moi-même. Vain^e adrefcse qui pouvoit flatter mon amour-propre, et non pas sauver ma vertu! Ta, je vois trop, je sens trop où mené la première faute , et je ne cherchois pas à préparer ma ruine, mais à l'éviter.

'J'outefois , si tu n'es pas le dernier di-s hommes, si quelque étincelle de vertu brilla dans ton ame , s'il y reste encore quelque trace des sentiments d'honneur dont tu m'as p.irii pémtre, puis -je le croire assez vil pour abuser de l'aveu fatal que mor. délire m'arrache.*' Non, je te connois bien ; tu soutiendras ma foiblesse, tu deviendras ma .sau^e-j^arde, tu protégeras ma personne contre mon propre cœur. Tes vertns sont le dernier refuge de raon innocence ; mou honneur s'ose confier au tien , tu ne peux conserver l'un sans l'autre: ame gonéreuse, ah! con-

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