‹ JulieChapitre 109 sur 200 · PREMIERE PARTIE. 23i · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. 23i

de Julie est à vous ; puissiez-vous tons deux... Que dites-vous, mylord? ai-je interrompu; perdezj vous le sens? Non, m'a-t-il dit en souriant. Mais 'peu s'en est fallu que je ne le perdisse, et c'en i toit fait de moi peut-être si celle qui m'ôtoit la jjiison ne me l'eût rendue. Alors il m'a remis une lettre que j'ai été surpris de voir écrite d'une maiu (\m n'en écrivit jamais à d'antre homme (i) qu'à ' moi. Quels mouvements j'ai sentis à sa lecture! Je voyois une amante incomparable vouloir se perdre pour me sauver, et je reconnoissois Julie. Mais «piand je puis parvenu à cet endroit où elle jure de Tie pas survivre au plus fortuné des hommes , j'ai I icrai des dangers que j'avois courus, j'ai murmuré d't'tre trop aimé, et mes terreurs m'ont fait sentir que tu n'es qu'une mortelle. Ah ! rends-moi le <M)urage dont tu me prives; j'en avois pour braver \i\ mort qui ne menacoit que moi seul , je n'en ai [)')iiit pour mourir tout entier.

Tandis que mon ame se livroit à ces réflexions aincres , Edouard me tenoit des discours auxquels j'.ii donné d'abord peu d'attention : cependant il iik; l'a rendue à force de me parler de toi ; car ce <|u'il m'en disoit plaisoit à mon cœur, et n'excitoit plus ma jalousie. Il m'a paru pénétré de regret d'a- '>oir troublé nos feux et ton repos. Ta es ce qu'il lioiiore le plus au monde; et n'osant te porter 1rs (vcuses qu'il m'a faites, il m'a prié de les recevoir < a ton nom , et de te les faire agréer. Je vons ai rcirlé, m'a-t-il dit, comme son représentant, et

(t j 11 eu faut , je pcuiie , excepter kou pcrc.

u'ai pu trop lu'hamilier devant ce qu'elle aime, ne pouvant, sans la compromettre , m'adresser à sa personne, ni même la nommer. Il avoue avoir conçu pour toi les sentiments dont on ne peut se défendre en te voyant avec trop de soin ; mais c'étoit une tendre admiration plutôt que de l'amour. Ils ne lui ont jamais inspiréni prétention ni espoir ; il les a tous sacrifiés aux nôtres à Tinstant qu'ils lui entêté connus, et le mauvais propos qui lui est échappé étoit l'effet du puuch et non de la jalousie. Il traite l'amour en philosophe qui croit son ame au-dessus des passions : pour moi, je suis trompé s'il n'en a déjà ressenti queUju'une qui ne permet plus à d'autre de gejrmcr profondément. Il prend l'épuisement du cœur pour l'effort de la raison, ft je sais bien qu'aimer Julie et renoncer à elle n'est j)as une vertu d'homme.

Il a désiré de savoir en détail l'histoire de nos amours et les causes qui ^'opposent au bonheur de ton ami ; j'ai cru qu'après ta lettre une demi-conlldence étoit dangereuse et hors de propos ; je l'ai ' faite entière , et il m'a écouté avec une attention qui m'attestoit sa sincérité. J'ai vu plus d'une fois ■ ses yeux humides et son ame attendrie ; je remar- «juois sur-to'it l'impression puissante que tous les. triomphes de la vertu faisoient snr son ame , et je^ crois a\'oir acjuisù Claude Anet un nouveau protecteur qui ne sera pas moins zélé que ton père. Il n*y a, m'a-t-il dit , ni incidents ni aventures dans ce que vous m'avez raconté, et les catastrophes d'na roman m'altacheroient beaucoup moins; tant les le.^ seutimeuts supplceut aiLx 5itualiuns, et les pro

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