‹ JulieChapitre 114 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

tre, mais plus fiere de son mérite que de ses ancêtres , et dont vous parlez sans la connoître. Je ne suis point le dernier en raiig dans cet ordre illustre , et crois , malgré vos prétentions , vous valoir à tous égards. J'ai une sœur à marier ; elle est noble , jeune , aimable, ricbe ; elle ne cède à Julie que par les qualités que vous comptez pour rien. Si quiouque a senti les charmes de votre fille pouvoit tourner ailleurs ses yeux et son cœur , quel honneur je me ferois d'accepter avec rien , pour mon beaufrere , celui que je vous propose pour gendre avec la moitié lie mon bien !

Je connus à la réplique de ton père que cette

conversation ne faisoit que l'aigrir ; et quoique pé-

jnétré d'admiration pour la générosité de mylord

'Edouard, je sentis qu'un homme aussi peu liant

rjue lui n'étoit propre qu'à ruiner à jamais la né-

I^DCiation qu'il aA^oit entreprise. Je me hâtai donc

lie rentrer avant que les choses allassent plus loin.

\i ou 'retour fit rompre cet entretien , et l'on se sé-

l.iVA le moment d'après assez froidement. Quant à

mon père , je trouvai qu il se coiuporloit très bien

dans ce démêlé. Il appuya d'abord avec intérêt la

proposition ; mais voyant que ton père n'y vouloit

point entendre, et que la dispute commençoit 4,

I iiimer, il se retourna , comme de raison , du parti iii son bcan-frere ; et en interrompant à propos l'un < t l'autre par des discours modérés, il les retint tous deux dans des bornes dont ils scroient vraisemblablement sortis s'ils fussent restéà tétc-à-têf •. Après leur départ, il me fit conddence de ce qui vendit de se passer ; et comme je prévis où il en alloit ve-

nouv. ui.iAiiiu.. I. 21

lîir, je me bâtai de lui dire que les choses étant en cet état, il ne convenoit plus que la personne en question te vît si sourent ici , et qu'il ne conriendroit pas même qu'il y vînt du tout, si ce n'étoit faire une espèce d'affront à M. d'Orbe dont il étoit l'ami; mais que je le prierois de l'amener pins rarement , ainsi que mylord Edouard. C'est , ma cbere , tont ce que j'ai pu faire de mieux pour ne leur pas fermer toul-à-fait ma porte.

Ce n'est pas tout ; la crise où je te vois me force à revenir sur mes avis précédents. L'affaire de mylord Edouard et de ton ami a fait par la ville tout léclat auquel on devolt s'attendre. Quoique M. d'Orbe ait gardé le secret sur le fond de la querelle , trop d'indices le décèlent pour qu'il puisse rester cacbé. On soupçonne, on conjecture, on te nomme : lo rapport du Guet n'est pas si bien étouffé qu'f=)n ne & en souvienne, et tu n'ignores pas qu'aux yeux du public la vérité soupçonnée est bien près de l'évidence. Tout ce que je puis te dire pour ta consolation , c'est qu'en général on approuve ton choix, ei qu'on verroit avec plaisir luuion d'un si charmant couple ; ce qui me confirme que ton ami s'est bien comporté dans ce pays, et n'y est guère moins aimé que toi. Mais que fait la voix publique ;i ton inflexible père .3 Tous ces bruits lui sont parvenu» ou lui vont parvenir, et je frémi» de l'effet qu'ils penvcnt produire, si tu ne te hâtes de prévenir sa co- I Icre. Tu dois t'atleudre de sa part à une explica- ! tioa terrible pour toi-même, et peut-ctre à pis ; encore pour ton ami : non fjue je pense qu'il veuille à son âge se mesurer avec un jeune homme qu il

Page 1