PREMIERE PARTIE
jie croit pas digne de son épée , mais le pouvoir qu'il a dans la ville lui fourniroit , s'il le vouloit, mille moyens de lui faire un mauvais parti, et il est à craindre que sa fureur ne lui en inspire la vo- Icinté.
Je t'en conjure à genoux , ma douce amie , songe aux dangers qui t'environnent , et dont le risque augmente à chaque instant ; un bonheur inoui l'a préservée jusqu'à présent au milieu de tout cela; îaudis qu'il en est temps encore , mets le sceau de la prudence au mystère de tes amours, et ne pousse pas à bout la fortune, de peur qu elle n'enveloppe ilaiis tes malheurs celui qui les aura causés. C'roisluoi, mon ange, l'avenir est incertain; mille CTt'ncments peuvent, avec le temps, offrir des ressources larspérées; mais, quant à présent, je le l'ai dil et II' répète plus fortement, éloigne ton ami, ou tu «^•b perdue.
I. o UT ce que tu avois preru , ma chère , est arri- \ (• ; hier , une heure après notre retour , mou pi re (titra dans la chambre de ma mère, les yeuxétiuceulants, le visage «-nllammé , dans un état, en un mot , oii je ne l'avois jamais vu. Je compris d'abord (|u'il venoit d'avoir querelle, ou qu'il alloit la cherchi-r ; et ma conscience agitée me fit trembler d'avance.
Il comnu-nra par apostropher vivement , mais eu général, les mercs de famille qui appellcul in-
discrètement chez elles de jeunes jjens sans état et sans nom, dont le commerce n'attire que honte et déshonneur à celles qui les écoutent. Ensuite voyant que cela ne suffîsoit pas pour arracher quelque réponse d'une femme intimidée, il cita sans ménagement en exemple ce qui s'étoit passé dans netre maison, depuis qu'on y avoit introduit un prétendu bel-esprit, un diseur de riens, plus propre à corrompre une llUe sage , qu'à lui donner aucune bonne instruction. Ma mère, qui -vit qu'elle gagneroit peu de chose à se taire , l'arrêta sur ce mot de corruption , et lui demanda ce qu'il trouvoit dans la conduite ou dans la réputation de l'honnête homme dont il parloit , qui put autoriser de pareils soupçons. Je n'ai pas cru, ajonta-t-elle , que l'esprit et le mérite fussent des litres d'exclusion dans la société. A qui donc faudra-t-il ouvrir votre maison, si les talents et les mœurs n'en obtiennent pas l'entrée? A des £;ens sortables, madame, reprit -il en colère, qui puissent réparer l'honneur d'une fille quand ils l'ont offensée. Non, dit-elle, mais à des gens de bien qui ne l'offensent point. Apprenez, dit-il, que c'est ofienser l'honneur d'une maison, qae d'oser en solliciter l'alliance sans titres pour l'obtenir. Loin de voir en cela, dit ma mère, une offense , je n y vois, au contraire, (|u"un témoignage d'estime. D'ailleurs, je ne sache point que celui contre qui vous vous emporte?: ait rien fait de semblable à votre égard. Il l'a fait, madame, et fera pis encore si je n'y mets ordre ; mais je veillerai, n'en* doutez pas, aux soins que vous remplissez si mal Alors commença uue dangereuse altercatioi> qui