PREMIERE PARTIE
lu apprit que les bruits de ville Joat tu parlois etoieat ignorés de mes parents , mais durant laquelle ton indigne cousine eut voulu être à cent pieds sous lerre. Imagine-toi la meilleure et la plus abusée des Jiueres faisant l'éloge de sa coupable fille, et la louant, hélas! de toutes les vertus qu'elle a perdues, dans les termes les plus honorables, ou, pour mieux dire, les plus humiliants ; figure-toi un père irrité, ])iodigue d'expressions otiensantes, et qui, dans tout son emportement , n'en laisse pas échapper une seule qui marque le moindre doute sur la sagesse de relie que le remords déchire et que la honte écrase (M) sa présence. Oh î quel incroyable tourment d'une conscience avilie; de se reprocher des crimes que la < olere et l'indignation ne pourroient soupçonner! Quel poids accablant et insupportable que celui d'une fausse louange et d'une estime que le cœur rejette en secret! Je m'en sentois tellement oppressée , -que , pour me délivrer d'un si cruel supplice , j'étois prête à tout avouer, si mon père m'en eût laissé le temps; mais l'impétuosité de son emportement lui faisoit redire cent fois les mêmes choses , et changer à chaque instant de sujet. Il remarqua ma contenance basse, éj)erdue, humiliée, indice de mes remords. S'il nen tira pas la conséquence de ma faute , il en tira celle de mon amour ; el , pour m'en faire plus de honte, il en outragea l'objet ea des tcrraea si «dieux et si méprisants que je ue pus, milgré tou.s mes efforts, le lais&cr poursuivre sans l'interrompre.
Je ne sais , ma cherc , où je trouvai Jaut de hardk-ase, et quel moment d'éi^arcment mf !it oublier
246 LA NOUVELLi: HÉLOISE.
ainsi le devoir et la modestie ; mais si j'osai sortir un instant d'un silence respectueux, j'en portai, comme tu vas voir, assez rudement la peine. Au nom du ciel, lui dis -je, daipjnez vous appaiser; jamais un homme digne de tant d'injures ne sera dangereux pour moi. A l'instant mon père , qui crut sentir un reproche à travers ces mots, et dont la fureur n'attendoit qu'un prétexte , s'élança sur ta pauvre amie : pour la première fois de ma vie je reçu* un soufflet qui ne fut pas le seul ; et, se livrant à son transport , avec une violence égale à celle qu'il lui avoit coûtée , il me maltraita sans ménagement, quoique ma mère se fût jetée entre deux, m'eût couverte de son corps, et eût reçu quelques uns des coups qui m'étoient portés. En reculant pour les éviter je fis un faux pas , je tombai , et mon visage alla donner contre le pied d'une table qui me fit saigner.
Ici Unit le triomphe de la colère, et commença celui de la nature. xMa chute , mon sang , mes larm.es, celles de ma mère, l'émurent; i] me releva avec un air d'inquiétude et d'empressement; et, m'ayant assise sur une chaise, ils recherchèrent ton» deux avec soin si je u ttois point blessée. Je n'avois qu'une léj^ere contusion au froni et ne saignois que du nez. Ce])endaut je vis au changement d'air et de F V(»ix. de mon pcrc , qu'il étoit uiccontent de ce qu'il vcnoit de faire. Il ne revint point à moi par des caresses , la dignité palernolle ne souffroit p.is au changement si brusque ; mais il revint à ma mère avec de tendres excuses; et je voyois bien, auxl regards qu'il jetoit furtivement sur moi, que lai