‹ JulieChapitre 117 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

moitié de tout cela m'étoit indirectement adressée. IVou , ma chère , il n'y a point de confusion si touchante que celle d'un tendre père qui croit s'être mis dans son tort. Le cœur d'un père sent qu'il est fait pour pardonner , et non pour avoir besoin de pardon.

Il étoit l'heure du souper ; on le fît retarder pour me donner le temps de me remettre ; et mon père, ne voulant pas que les domestiques fussent témoins de mon désordre, m'alla chercher lui-même un verre d'eau, tandis que ma raere me bassinoit le visage. Hélas! cette pauvre maman, déjà languissante et valétudinaire , elle se seroit bien passé d'une pareille scebe , et n'avoit guère moins besoin de secours que moi.

A table, il ne me parla point; mais ce silence étoit de honte et non de dédain ; il affectoit de trouver bon chaque plat pour dire à ma mère de m'en servir ; et ce qui me toucha le plus sensiblement fut de m'appercevoir qu'il eherchoit les occasions de nommer sa fille, et non pas Julie, comme à l'ordinaire.

Après le souper , l'air se trouva si froid que ma mère fit faire du feu dans sa chambre. Elle s'assit à l'un des coin» de la cheminée et mon père à l'autre ; i'allois prendre nne chaise pour me placer entre eux, quand, m'arrctant par la robe, et me tirant à lui sans rien dire , il m'assit sur ses genoux. Tout cela se lit si prompiement, et p;ir une sorte rie mouvemeDt si involontaire, qu'il en eut nu** espèce de repentir le moment d'aprf's. Ce[u'ii(!aiil j'étois sur MA genoux , il ne pouvoit plus s'eu dcditc ; et , c«»

qu'il y avoil de pis pour la contenance, il falloit uie tenir embrassée dans celte gênante attitude, loul cela se faisoit en silence ; mais je sentois de temp» en temps ses bras se presser contre mes flancs avec un soupir assez mal étouffé. Je ne sais quelle mauvaise honte empêcboil ses bras paternels de se livrer à ces douces étreintes. Une certaine j^ravité qu'on u'osoit quitter, une certaine confusion qu'on n'osoit vaincre , mettoit entre un père et sa lille ce cbarraant embarras que la pudeur et l'amour donnent aux amants ; tandis qu'une tendre mère , transportée d'aise , dévoroit en secret un si doux sj)ectacle. Je v'oyois , je sentois tout cela , mon ange , et ne pus tenir plus long-temps à l'attendrissement qui me gagnoit. Je feignis de glisser; je jetai, pour me retenir, un bras au cou de mon père, je penchai mou visage sur son visage vénérable , et dans un instant il fut couvert de mes baisers et inondé de mes larmes ; je seniis à celles qui lui couloieut des veux qu'il etoit lui-même soulagé d'une grande peine: ma mère vint partager nos transports. Douce et paisible innocence , tu manquas seule à mon coeur pour faire de cette scène de la nature le plus délicieux moment de ma vie.

Ce matin, la lassitude et le ressentiment de ni.t chute mayant retenue au lit un peu tard , mon père est entré dans ma chambre avant que je fusse levée; il s'est assis à côté de mon lit eu sinformant tendrement de ma santé ; il a pris une de mes mains dans les siennes , il s'est abaissé jusqu'à la baiser plusieurs fois en m'appclant sa clicrc lille , et me témoignant du regret de sou emportement. Pour moi, je lui ai

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