PREMIERE PARTIE
iXit , et je le pense , que je seroîs trop heureuse d'être I l*attae tous les jours au même prix, et qu'il n'y a ! point de traitement si rude qu'une seule de ses caresses n'efface au fond de m^on cœur.
Après cela, prenant un ton plus graye, il m'a remise sur le sujet d'hier, et m'a signifié sa volonté en termes honnêtes, mais précis. Vous savez, m'a-t-il ilit, à qui je vous destine, je vous l'ai déclaré dès mon arrivée, et ne changerai jamais d'intention sur te point. Quant à l'homme dont m'a parlé mylord l.douard, quoique je ne lui dispute point le mérite fiue tout le monde lui trouve, je ne sais s'il a conçu «le lui-même le ridicule espoir de s'allier à moi , on M quelqu'un a pu le lui inspirer; mais quand je ii'aurois personne en vue, et qu'il auroit toutes les (ruinées de l'Angleterre , soyez sûre que je n'accepterois jamais un tel gendre. Je vous défends de le voir et de lui parler de votre vie, et cela autant pour la sûreté de la sienne que pour votre honneur. Quoique je me sois toujours senti peu d'inclination pour lui , je le hais , sur -tout à présent, pour les excès qu il m'a fait commettre, et ne lui pardonnerai jamais ma brutalité.
A ces mots, il est sorti sans attendre ma réponse, et presqne avec le même air de sévérité qu'il venoit de se reprocher. Ah ! ma cousine , quels monstres d'enfer sont ces préjugés qui dépravent les meilleurs cœurs, et font taire à charjuc instant la nature !
Voilà, ma Claire, comment s'est passée l'explication que tu avois prévue, et dont je n'ai pu <'onij>rendre la cause jusqu'à ce que ta lettre me l'ait apprise. Je ne puis bien te dire quelle révolution
25o LA NOUVELLE HÉ LOI SE.
s'est faite en moi, mais depuis ce moment je me trouve changée; il me semble que je tourne le» yeux arec plus de regret sur l^ieureux temp& oîx je vivois tranquille et contente au sein de ma famille, et que je sens augmenter le sentiment de ma faute avec celui des biens qu'elle m'a fait perdre. Dis, cruelle, dis-le-moi, si tu Poses, le temps de l'amour seroit-il passé , et faut-il ne se plus revoir? Ah ! sens-tu bien tout ce qu'il y a de sombre et d'horrible dans cette funeste idée? Cependant l'ordre de mon père est précis, le danger de mou amant est certain. Sais-tu ce qui résulte en moi de tant de mouvements opposés qui s'entredétruisenl? Une sorte de stupidité qui me rend l'ame presque i nsensible , et ne me laisse l'usage ni des passions ni de la raison. Le monient est critique, tu me l'as dit et je le sens; cependant je ne fus jamais moin» en état de me conduire. J'ai voulu tenter vingt foi* d'écrire à celui que j'aime, je suis prête à m'évanouir à chaque ligne, et n en saurois tracer deux de suite. Il ne me reste que toi , ma douce amie : daigne jienser, parler, agir pour moi; je remets mon sort en tes mains; quelque parti que tu prennes, je confirme d'avance tout ce que tu feras; je conlie à ton amitié ce pouvoir funeste que l'amour m'a vendu si cher. Sépare-moi pour jamais de moi-même, donne-moi la mort s'il faut que je meure; mais ne me force pas à me percer le cœur de ma propre main. . O mon ange ! ma protectrice ! quel horrible emploi jelelai.ssel Auras-tule courage de l'exercer? sauras-tu bien euadoucir la barbarie? Hélas! ce n'est pas mon cœur seul qu'il faut déchirer. Claire, tu le baia.
PREMIEPwE PARTIE. aai
tu le sais, comment je suis aimée ! je n'ai pas même la consolatien d'être la plus à plaindre. De grâce ! fais parler mon cœur par ta bouclie ; pénètre le tien de la tendre commisération de l'amour; console uu infortuné; dis -lui cent fois. . . Ah! dis-lui. . . Ne crois-tu pas, cliere amie, que, malgré tous les préj ngés , tous les obstacles , tous les revers , le ciel nous a faits l'un pour l'autre? Oui , oui , j'en suis sûre , il nous destine à être uuis ; il m'est impossible de perdre cette idée , il m'est impossible de renoncer à l'es- ]H)ir qui la suit. Dis-lui qu'il se garde lui-même du (iccouragemcnt et du désespoir. Ne t'amuse point à 1 ni demander en mon nom amour et fidélité , encore moins à lui en promettre autant de ma part; l'assurance n'en est-elle pas au fond de nos âmes? ne sentous-uoaspas qu'elles sont indivisibles, et que nous n'eu avons plus qu'une à nous deux? Dis-lui donc seulement qu'il espère , et que si le sort nous poursuit, il se fie au moins à l'amour: car je le sens , ma cousine, il guérira de manière ou d'autre les maux «jiiil nous cause, et, quoi que le ciel ordonne de nous , r.ou.s ne vivrons pas long-temps séjiarés.
P. S. Après ma lettre écrite, j'ai passé dans la chambre de ma mcrc , et je m'y suis trouvée si mal que je suis obligée de Tenir me remettre dans mon lit; je m'apperçois même... je crains... ah! ma obère, je crains bien que ma chute d'hier n'ait quelque suite plus funcBlc que je n'avois pensé. Ainsi tout est fini pour mol ; toutes mes espéraaces m'abandonnent en même temps.
a5a LA NOUVELLE HÉ LOI SE.