PREMIERE PARTIE. aoS
los amis sont au désespoir ! C'en est fait , il faut [u'ils se quittent ; voici l'instant peut-être de leur iternelle séparation ; et la tristesse que nous leur •eprocbâmes le jour du concert étoit peut-être un )ressentiment qu'ils se voyoient pour la dernière ois. Cependant votre ami ne sait rien de son infor- 11 ue : dans la sécurité de son cœur il jouit encore lu bonheur qu'il a perdu ; au moment du désespoir , il goiite en idée une ombre de félicité ; et , :orame celui qu'enlevé un trépas imprévu, le raal- 1 ureux songe à vivre , et ne voit pas la mort qui . .1 le saisir. Hélas ! c'est de ma main qu'il doit recevoir ce coup terrible! O divine amitié, seule idole le mon cœur , viens l'animer de ta sainte cruauté. Donne-moi le courage d'être barbare , et de te ser- \ jr di'Tnement dans un si douloureux devoir.
Je compte sur vous en cette occasion, et j'y comp- ' I ois même quand vous m'aimeriez moins; car je
.laois votre ame , je sais qu'elle n'a pas besoin <lu zèle de Tainour oii parle celui Je l'humanité. Il s ;igit d'abord d'engager notre ami à venir chez moi (l'inain dans la matinée ; gardez-vous , au surplus , <ic l'avertir de rien. Aujourd'hui l'on me laisse lihr c, et j'irai passer l'aprcs-midi chez Julie ; tâchez ùr trouver mylord Edouard , et de venir seul avec lui m'atteridre à huit heures, alin de convenir cn- .s iiihie de ce qu'il faudra faire pour résoudre au déjMit cet infortuné , et prévenir son désespoir.
J'espère beaucoup de son courage et de nos sf)ins ; j'espère encore plus de son amour : la volonté de Julie, le danger qne courent »a vie et son honneur, Bont des motifs auxquels il ne résistera pas. Quoi
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qu'il en soit , je vous déclare qu'il ne sera point question de noce entre nous que Julie ne soit tranquille , et que jamais les larmes de mon amie n'arroseront le nœud qui doit nous unir. Ainsi , monsieur , s'il est vrai que vous m'aimiez, votre intérêt s'accorde , en cette occasion , avec votre générosité ; et ce n'est pas tellement ici l'affaire d'antrui , que ce ne soit aussi la vôtre.
XouT est fait; et, malgré ses imprudences, ma Julie est en sûreté. Les secrets de ton cœur sont en-' sevelis dans l'ombre ilu mystère; tu es encore au sein de ta famille et de ton pays , chérie , honorée ^ jouissant d'une réputation sans tache , et d'une estime universelle. Considère en frémissant les dangers que la honte ou l'amour t'ont fait courir en faisant trop ou trop peu : apprends à ne vouloir plu» concilier des sentiments incompatibles , et bénis le ciel, trop aveugle amante ou lille trop craintive, d'un bouheur qui n'ctoit réservé qu'à toi.
Je voulois éviter à ton triste cœur le détail de ce départ si cruel et si nécessaire; tu l'as voulu, je l'ai promis ; je tiendrai parole avec cette même franchise qni nous est commune , et qui Tie mit jamais aucun avantap;e en halance avec la houne foi. Lis donc , chcrc et déplorable amie , lis , puisqu'il le faut ; anis preuds courage, el tiens-toi ferme.
Toutes les mesures (juc j "a vois prises et dont je