‹ JulieChapitre 136 sur 200 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

LETTRE PREMIERE

DE MADAME d'oRBE.

iiuE de maux vous causez à ceux qui vous aimeut ! Que de pleurs vous avez déjà fait couler dans une famille infortunée dont vous seul troublez le repos ! Craignez d'ajouter le deuil à nos larmes ; craignez que la mort d'une raere affligée nesoit le dernier effet du poison que vous versez dans le cœur de sa fille, et qu'un amour desordonné ne devienne enfin pour vous-même la source d'un remords éternel. L'amitié ma fait supporter vos erreurs tant qu'une ombre d'espoir pouvoit les nourrir ; mais comment tolérer nue vaine coustance que l'honneur et la raison condamnent , et (jui , ne pouvant plus causer que de» malheurs et des peines , ne mérite que le nom d'obslination ?

Vous savez de quelle manière le secret de vos feux, dérobé si long- t<iii|)s auK soupçons »Ie ma laate,1ui fnt dévoilé par vos hitres. Ouelquesen-

i8o LA NOUVELLE HE LOI SE.

si!)le que soit un tel coup à cette merc* leudrc et yertucuse , moins irritée contre vous fjue contre elleluème , elle ne s'en prend qu';'i .son aveugle négligence ;elle déplore s;i fatale illusion: sa plus cruelle peine est d'avoir pu trop estimer sa fille , et sa douleur est pour .lulie un châtiment cent fois pire que jj^ ses reproches. ^

L'accablement de cette pauvre cousine ne sauroit j s'imaginer. Il faut le voir pour le comprendre. Son cœur semble étouffé par l'affliction , tt l excès des sentiments qui l'oppressent lui donne un air de stupidité plus effrayante que des cris aigus. Elle se tient jour et nuit à genoux au che\et de sa mère , l'air morne , l'œil fixé en terre , gardant un profond silence, la servant avec plus d'attention et cie vivacité qne jamais , puis retombant à l'instant dans BU état d'anéantissement qui la feroit prendre pour une autre personne. Il est très clair qne c'est la maladie de la mère qui soutient les forces de la fille ; et si l'ardeur de la servir n'animoit son zèle , ses veux éteints, sa pâleur, son extrême abattement , me feroicnt craindre qu'ellen'eùt çrand besoin pour elle-même de tous les soins qu'elle lui rend. Ma tante s'en appercoit aussi ; et je vois, à l'infjuiétude avec laquelle elle me recommande en particulier la santé de sa fille , combien le cœur combat de part et d'autre contre la gène qu'elles s'imposent , et combien on doit vous haïr de troubler une union si charmante.

Cette contrainte augmente encore par le soin d« la dérober aux veux d'un père emporté auquel une mère tremblante pour les jours de sa fille veut ca-

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