TROISIEME PARTIE. i
et pour faire mourir de douleur un homme sensible.
Si c'étoit ici le premier effort que l'amour vous eût demandé, je pourrois douter du succès et bal.incer sur l'estime qui vous est due ; mais le sacrifiée que vous avez fait à l'honneur de Julie en quittant ce pays m'est garant de celui que vous allea faire à son repos en rompant un commerce inutile. Les premiers actes de vertu sont toujours les plus pénibles, et vous ne perdrez point le prix, d'un effort qui vous a tant coûté , en vous obstinant à soutenir une vaine correspondance dont les risques sont terribles pour votre amante, les dédommagement» nuls pour tous les deux , et qui ne fait que prolon-. ger sans fruit les tourments de l'un et de- l'autre. IV'en doutez plus , cette Julie qui vous fut si chère ne doit rien être à celui qu'elle a tant aimé : vous vous dissimulez en vain vos malheurs ; vous la perdîtes au moment que vous vous séparâtes d'elle, ou plutôt le ciel vous Tavoit ôtée même avant qu'elle se donnât à vous ; car son père la promit dès son retour, et vous savez trop qne la parole de cet homme inflexible est irrévocable. De quelque manière que vous vous comportiez , l'invincible sort «'oppose à vos Tceux, et vous ne la posséderez jamais. L'unique choix qui vous reste à faire est de la 2)récipit«'r d.ins un ;ibyme de malheurs et d'opprobres, ou d'honorer en elle ce que vous avez adoré , et de lui rendre, an lieu du bonheur perdu , la sagesse, la paix, la sûreté du moins dout vos fatales liaisous la privent.
i84 LA NOUVELLE HÉLOISE.
Que \'oas seriez attriste , que vous vous consu mcriez en regrets, >i vous j)Ouvie7, contempler l'état actuel de cette maLheareuse amie, et ravilissement ^ où la réduisent le remords et la honte! Que son lustre est terni ! que ses t^races sont languissantes . que tons ses sentiments si clinrmants et si doux .se fondent tristement dans le seul qui les absorbe ! L'a mitié même en est attiédie ; à peine partage-t-ell< encore le plaisir que je goûte à la voir ; et sou curui malade ne sait plus rien sentir que l'amour et 1; douleur. Hélas ! qu'est derenu ce caractère airaan et sensible , ce goût si pur des choses honnêtes , ce intérê ( si tendre aux peines et aux plaisirs d'autrui Elle est encore, je l'avoue, douce, généreuse, corn pati.ssante;raimal)lehabitudcdebien faire ne sauroi s'eflacer en elle ; mais ce n'est plus rju'une habitud< . aveusle un ffoùt sans réilexion. Elle fait tontes le ^ mêmes choses, mais elle ne les fait plus avec 1 même zèle ; ces sentiments sublimes se sont afloi blis, celte flamme divine s'est amortie, cet aug' n'est plus qu'une femme oindinaire. Ah ! quelle ami ▼ons avez ôtée à la vertu !
Il^'