‹ JulieChapitre 141 sur 200 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

même eu la foiblesse de la laisser voir à sa fille; et l'effort qu'a fait la pauvre Julie pour contenir à cette lecture ses soupirs et ses pleurs l'a fait tomber évanouie.

Cette tendre mère , que vos lettres avoient déjà puissamment émue , commence à connoltre , par tout ce qu'elle voit, combien vos deux cœurs sont liors de la rej^le commune, et combien votre amour porte un caractère naturel de sympathie, que le temps ni les efforts buinains ne sauroient effacer. Elle qui a si grand be^oin de consolation, consoleroit volontiers sa fille , si la bienséance ne la retenoit ; et je la vois trop près d'en devenir la confidente pour qu'elle ne me pardonne pas de l'avoir été. Elles échappa hier jusqu'à dire en sa présence, nn peu indiscrètement (i) peut-être, Ab ! s'il ne

dépendoit que de moi Quoiqu'elle se retînt et

n'achevât pas, je vis, au baiser ardent que .lulie imprimolt sur sa main , qu'elle ne l'avoit que trop enteqdue. Je sais même qu'elle a voulu plusieurs fois parler à- sou inflexible époux; mais , soit danger d'exposer sa fille aux fureurs d'un père irrité, soit crainte pour elle-même, sa timidité l'a toujours reteuTie ; et son affoiblissement , ses maux , augmentent si sensiblement, que j'ai peur delà voir hors d'état d'exécuter sa résolution avant qu'elle l'ait tien formée.

Quoi qu'il en soit, malgré les fautes dont vous î'tes cause, cette bonuéteté de cœur qui se fait sen-

fi) ('lairr, rlrs-vous ici moins indiscrète? csl-ce la âcruicrc fois que vous le serez?

tir dans votre amour niuluel lui a donné une telle opinion de vous, qu'elle se fie à la parole de tous deux sur l'interruption de votre correspondance , efc qu'elle n'a pris aucune précaution pour veiller de plus près sur sa Mlle. Effectivement, si Julie ne répondoit pas à sa confiance , elle ne seroit plus digne de ses soins, et il faudroit vous étouffer l'un et l'autre si vous étiez capables de tromper encore la meilleure des mères, et d'abuser de l'estime qu'elle a pour vous.

Je ne cherche point à rallumer dans votre cœur une espérance que je n'ai pas moi-même ; mais je veux vous montrer, comme il est vrai, que le parti le plus honnêle est aussi le plus sage, et que s'il peut rester quelque ressource a votre amour, ellt est dans le sacrifice que l'honneur et la raison von; impcseni. Mère, parents ,amis, tout est m.iintenani pour vous, hors un père, qu'on gaprnera par cetti voie, ou que rien ne s.iuroitnra£:^ner. Quelque impré cation qu'ait pu vous dicter un moment de déses jioir, vous nous avez prouvé cent fois qu'il n'est poin de route plus sûre pour aller au bonheur que cell< de la vertu. Si l'on y jiarvient, il est plus pur, plu; solide et plus doux par elle ; si on le manque , e'l« seule peut en dédommager. Reprenez donc cour;i;^c .soyez homme, et soyez encore vous-même. Si j 'a bien connu votre cœur, la manière la plus cruell» pour vous de perdre Julie seroit d'être indigne d< l'obtenir.

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