‹ JulieChapitre 145 sur 200 · VII. nipoicsE · texte numérisé non relu

VII. nipoicsE

j o M M £ N T pourroit-on vous aimer moins eu vous stimant chaque jour davantage •** comment perrois-je mes anciens seutiuients pour vous tandis ue vous en méritez chaque jour de nouveaux ? fon, mon cher et digne ami; tout ce que nous fùaes les uns aux antres dès notre première jeunesse , lous le serons le reste de nos jours ; et si notre muuel attachement n'augmente plus , c'est (ju'il ne leut plus augmenter. Toute la différence est que je ous almois comme mon frère, et qu'à présent je ous aime comme mon enfant; car quoique nous oyons toutes deux plus jeunes que vous, et même os disciples , je vous regarde un peu comme le lôtre. En nous apprenant h penser, vous aver> apiris de nous à être sensible; et, quoi qu'en dise otre philosophe aughiis, cette éducation vaut bien

) 'autre: si c'est la raison qui fait l'homme, c'est le cntiment qui le conduit.

Savc/.-vons j)ourquoi je parois avoir changé de onduite envers vou» i*. Ce n'est pas, croyez-moi, [Ue mon cœur no soit toujours le môme; c'est qu«

erotre état est changé. Je favorisai vos feux tant qu'il

ïy8 LA I?ÎOU VELLE IIÉLOISE.

leur restoit un rayou d'espérance : depuis qn'e) vous obstinant d'aspirer à Julie vous ne pouvez plu que la rendre malheureuse , ce seroit vous nuire qu de vous complaire. J'aime mieux vous savoir rooin à plaindre, et vous rendre plus mécontent. Quau' le bonheur commun devik-nt impossible, cherche le sien dans celui de ce qu'on aime , n'est-ce pas ton oe qui reste à faire à l'amour sans espoir ?

Vous faites plus que sentir cela, mon génércu ami; vous l'exécutez dans le plus douloureux sa crifice qu'ait jamais fait un amant fidèle. En re nonçant à Julie , vous achetez son repos aux dé pens du vôtre , et c'est à vous que vous renonce pour elle.

J'ose à peine vous dire les bizarres idées qui m viennent là-dessus ; mais elles sont consolantes et cela m'enhardit. Premièrement , je crois que 1 véritable amour a cet avantage aussi-bien que 1 vertu, qu'il dédommage de tout ce qu'on lui sacr fie, et qu'on jouit en quelque sorte des privatioc qu'on s'impose par le sentiment même de ce qu'il e coiJtc, et tlu motif qui nous y porte. Vous vous t« moignerez que Julie a été aimée de vous comme ell méritoit de l'être, et vous l'en aimerez davantage et vous en serex plus heureux. Cet amour-propi exquis qui sait payer toutes les vertus pénibh mêlera son charme à celui de l'amour. "N'ous vor direz, Je sais aimer, avec un plaisir plus durab) et plus délicat que vous n'en goùteriçz à dire , .1 possède ce que j'aime. Car celui-ci s'use à fore d'en jouir; mais l'autre d.emeure toujours, et toi

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