TROISIEME PARTIE. «OO
en iouiriez encore quand même vous n'airaerie/.
plus. ^ ,.
Outre cela , s'il est vrai , comme Julie et vous me l'ayez tant dit, que l'amour soit le plus délicieux sentiment qui puisse entrer dans le cœur humain , tout ce qiU le prolonge et le fixe , même au prix de mille douleurs , est encore nubien. Si l'amour est un désir qui s'irrite par les obsiacles , comme vous le disiez encore, il n'est pas bon qu'il soit content; il vaut mieux qu'il dure et soit malheureux, que de s'éteindre au sein des plaisirs. Vos feux , je l'avoue, ont soutenu l'épreuve d« la possession celle du temps, celle de l'absence et des peines de ^ toute espèce ; ils ont vaincu tous les obstacles hors le plus puissant de tous , qui est de n'en avoir plus à vaincre , et de se nourrir uniquement d euxmè^es. L'univers n'a jamais vu de passion soutenir cette épreuve; quel droit avez-vous d'espérer que la vôtre l'eût soutenue ? Le temps eût joint au deco'ût d'une longue possession le progrès de 1 âge et le déclin de la beauté: il semble se fixer en votre faveur par votre séparation ; vous serez, toujours 1 un pour l'autre à la fieur des ans ; vous vous verrez sans cesse tels que vous vous vîtes en vous quittant ; et vos coeurs, unis jusqu'au tombeau, prolongeront dans une illusion charmante votre jeunesse avec vo.
amours.
Si vous n'eussiez point été heureux , une insurtnontable inquiétude pourroit vmi» tourmenter; voire cxnv re^r.ncuni en sonplrant les biens dont il étoit digne; votre ardente imagination vous de-
luanderoit sans cesse ceux que vous n'auriez pas obtenus. Mais l'amour n a point de délices dont il ne vous ait comblé , et, pour parler comme vous , vons avez épuisé durant une année les plaisirs d'une vie entière. Souvenez-vous de cette lettre si passionnée , écrite le lendeniain d'un rendez-vous téméraire ; je l'ai lue avec une émotion qui m'étoit inconnue : on n'y voit pas l'état ])ermanent d'une ame attendrie, mais le dernier délire d'un cœur brûlant d'amour et ivre de volupté; vous juj^eàtes vous-mèrae qu'on n'éprouvoit point de pareils transports deux fois en la vie , et qu'il falloit mourir après les avoir sentis. Mon ami , ce fut là le comble ; et , quoi que la fortune et l'amour eussent fait pour vous , vos feux et votre bonheur ne pouvoient plus que décliner. Cet instant fui aussi le conimencennnt de vos disgrâces, et votre amante vous fut otée au moment que vous n'aviez plus de sentiments nouveaux à goûter auprès d'elle : comme si le sort eût voulu garantir votre coeur d'un épuisement inévitable, et vous laisser dans le souvenir de vos plaisirs passés un plaisir plus doux que tous ceux dont vous pourriez jouir encore.
Consolez -vons donc de la perte d'un bien qui vous eût toujours échappé, et vous eût ravi de])lus celui qui vous reste. Le bonheur et l'amour se scroient évanouis à la fois ; vons avez au moins conservé le sentiment : on n'est pointsans plaisirsquancf on aime encore. L'image de l'amour éteint ef/raie plus un coeur tendre que celle de l'amour malheureux et le dégoût de ce qu'on possède est un état teut fois pire que le regret de ce qu'on a perdu.