‹ JulieChapitre 153 sur 200 · TROISIEME PARTIE. 2i · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. 2i

imers, ton danger, le sien, le désordre où je le iroyois , tout empolsonnoit nne si douce surprise , et 'étois trop saisie pour lui faire beaucoup de caresses. Je l'embrassai pourtant avec un serrement de œur qu'il parta^eoit, et qui se fit sentir récipro- |uement par de muettes étreintes, plus éloquentes ]ue les cris et les pleurs. Son premier mot lut : Que fait-elle ? Ali ! que fait-elle ! Donnez-moi la 'vie 711 la mort. Je compris alors qu'il étoit instruit de a maladie; et croyant qu'il n'en ignoroit pas non olus l'espèce, j'en parlai sans autre précaution que i'atténuer le danger. Sitôt qu'il sut que c'étoit la :)etite vérole , il fit un cri et se trouva mal. La faigue et l'insomnie , jointes à l'inquiétude d'esprit , 'avoient jeté dans un tel abattement qu'on fut long- ;emps à le faire revenir. A peine pouvoit-il parler ; DU le fit coucher.

Vaincu par la nature, il dormit douze heures de juite , mais avec tant d'a;;italion , qu'un pareil sommeil devoit plus épuiser que réparer ses forces. Le lendemain , nouvel embarras ; il vouloit te voir ablolument. Je lui opposai le danger de te causer une révolution ; il offrit d'attendre qu'il n'y eût plus de risque, mai» son séjour même en étoit un terrible. J'essayai de le lui faire sentir; il me coupa durement la parole. Gardez votre barbare éloquence, me dit-il d'un ton d indignation ; c'est trop l'exercera ma ruine. N'espérez pas nu; chasser encore comme vous fîtes à mon exil ; \v. viendrois cent fois du bout du monde pour la voir un seul instant. i\lais je jure par l'auteur de mon être, ajouta-t-il impétueuse-

ai6 LA NOUVELLE HÉLOISE.

iuent,que je ne partirai point d'ici sans l'avoir Tuej E Eproavons une fois si je vous rendrai pitoyable , oa si vous me rendrez parjure.

Son parti étoit pris. M. d'Orhe fut d'avis de chercher les moyens de le satisfaire pour le pouvoir renvoyer avant que son retour fût découvert : car il n'étoit connu dans la maison que du seul Hanz dont j *étois sûre , et nous l'avions appelé devant nos gens d'un autre nom que le sien (i). Je lui promis qu'il il' te verroit la nuit suivante, à condition qu'il nere$-fo teroit qu'un instant, qu'il ne le parleroit point,™ et (|u'il repartiroit le lendemain avant le jour : j'en exigeai sa parole. Alors je fus tranquille; jeu laissai mon mari aveclui, et je retournai près dct toi.

Je te trouvai sensihlement mieux, rérnplionit étoit achevée : le médecin me rendit le courage et h l'espoir. Je me concertai d'avance avec Habi ; et le ti redoublement, quoique moindre, t'ayant encore embarrassé la tète, je pris ce temps pour écarter ra tout le monde et faire dire à mon mari d'amener son bote, jugeant qu'avant la lin de l'accès tu serois moins en état de le reconnoitre. Nous eûmes toutes les peines du monde à renvoyer ton désolé père qui chaque nuit sobstinolt à vouloir rester. Enfin je lui dis en colère qu'il n'épargneroit la peine de personne, que j'ctois également résolue à veiller, et qu'il savoit bieu, tout père (lu'il étoit, que sa tendresse n'étoit j)as plus vigilante que la

(i) On voit dans la quatrième partie que ce nomsuh- (titué étoit celui de ôaiut-Prcux.

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