‹ JulieChapitre 154 sur 200 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

iiienne. Il partit à regret ; nons restâmes senles. M. d'Orbe arriva sur les onze heures , et me dit qu'il ivoit laissé ton ami dans la rue : je J'allai cherclier ; e le pris par la main : il trembloit comme la feuille, în passant dans ranti-chambre les forces lui man- {uerent; il respiroit avec peine, et fat contraint de 'asseoir.

Alors démêlant quelques objets à la foible lueur l'une lumière éloignée, Oui, dit-il avec un proond soupir, je reconnois les mêmes lieux. Une fois n ma vie je les ai traversés... à la même heure.., vec le même mystère... j'étois tremblant comme ujourd'hui... le cœur me palpitoit de même... O éméraire] j'étois mortel, et j'osois goûter... ! Que ais-je voir maintenant dans ce même asile où tout espiroit la volupté dont mon ame étoit enivrée, ans ce même objet qui faisolt et partageoit nies ransports? l'image du trépas, un appareil de doueur, la vertu malheureuse, et la beauté mouan te !

ChcVe cousine, j'épargne à ton pauvre cœur le étail de cette attendrissante scène. Il te vit, et se at ; il l'avoit promis : mais quel silence! Il se jeta genoux; il baisoit tes rideaux en sanglottant ; il levoit les maius et les yeux; il poussoit de sourds émissements; il avoit peine à contenir sa douleur t ses cris. Sans le voir, tu sortis machinalement ne de tes mains; il s'en saisit avec une espèce de ireur; les baisers do feu qu'il appliquoit sur cette laiu malade t'éveillèrent mieux que le bruit et la oix de tout ce qui l'environnoir. .le vis que tu l'aois reconnu ; et, malgré sa résistance et ses plaiu-

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aiS LA NOUVELLE HÉLOISE.

tes, je r^irrachai delà chambre à l'instant , cspéran éluder l'idée d'une si courte apparition par le prétexte du délire. Mais voyant ensuite que tu ne m'en disois rien, je crus que tu l'avois oubliée; Je <léfendis à liabi de t'en parler, et je sais qu elle m'a tenu parole. Vaine prudence que l'amonr a décon-" certée , et qui n'a fait que laisser fermenter un souvenir qu'il nest plus temps d'effacer!

Il partit comme il l'avoit promis, et je lui fis jurer qu'il ne s'arrf'teroit pas au voisinage. Mais, ma obère, ce n'est pas tout; il faut achever de te dire ce qu'aussi-bien tu ne ponrrois ignorer long-temps. Mylord Edouard passa deux jours après ; il se pressa pour l'atteindre; il le joignit à Dijon, et le trouva malade. li'infortnné avoit e^^t^né la petite vérole : il m'avoit caché qu'il ne l'avoit ptfint eue, et je te l'avois mené sans précaution. Ne pouvant guérir ton mal, il le voulut pnrtager. En me rappelant la manière dont il b:iisolt ta main, je ne puis douter qu'il ne se soit inoculé volontairement. On ne pouvoit être plus mal préparé; mais c'étoit l'inoculation de l'amour, elle fut heureuse. Ce père de la vie l'a conservée au plus tendre amant qui fut jamais: il est guéri ; et , suivant la dernière lettre de mylord Edouard , ils doivent être actuellement repartis pour Paris.

Voilà, trop aimable cousine, de quoi bannir les! terreurs funèbres qui t'alarmoient sans sujet. Depuis long-temps tu as renoncé à la j)ersoune de toc ami, et sa vie est en sûreté. Ne songe donc qu'; conserver la tienne, et à t'acquitter de bonne grac( du sacrifice que ton cœur a promis à l'amour pa

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