TROISIEME PARTIE. î»3J
le lombai dans un abatleiuent dont mes lettres se hcniirent. Celle que tous m'écrivîtes de Meillerie y iiiit le comble ; à mes propres douleurs se joip;ni; le sentiment de votre désespoir. îléias ! c'est loujour» l'ame la plus foible qui porte les peines de iout€>» deux. Le parti que vous m'os;ez proposer mit 1« comble à mes perplexités. .L'infortune de mes jouis étoit assurée, l'inévitable cboix qui me rtsloit à faire étoit d'y joindre celle de mes pai'enls ou la vôtre. .Te ne pus supporter cette borrible alternative : les forces de la nature ont un terme; tant d ag-itations épuiseront les miennt.i. .lo sotibailai d cire délivrée de la vie. Le ciel parut avoir pitié de moi : mais la cruelle mort m'épargna pou^ me perdre .le vous vis, je fus *uérin ., et je péris.
Si je ne trouvai point le bt>nlitur dans mes fautCK, je n'avois jamais espéré l'y trouver. .le sentois que mon cœur étoit fait pour la vertu . et qu'il ne pouvoit être heureux s?rîs elle; je succombai par foiblcsseet non par erreur; jcn eus pas même l'exciKe de l'aveuglement. Il ne me restoit aucun espoir ; je ne pouvois plus fju èlre infortunée. L'innocence et l'amour m'étoient également néccs.saires; ne pouvant les ronserver ensenihle, et vovant votre égamnent, je ne consultai que vous d;Mi8 mon cboix, et me j)tTdi.s pour vous .sauver.
Mais il n'est pas si f;icile qu'on pen.so de renoncer à la vertu : elle tourmente loug-temps ceux qui Tabanilonnent ; et ses charmes , qui font les délices de.s ariu'8 ])urrs, font le prcmi«r .supjdiro du méchant qui les aime encore et n'en .sauroif plus jouir. (>)ujinbJe cl non dépravée , je uc pus echnpi'or aux rc-
ao.
aÔ4 LA NOUVELLE HÉLOISE.
mords qui m'attendoient ; l'honnêteté me fut cber« même après l'avoir perdue; ma honte, pour être secrète, ne m'en fut pas moins araere; et quand tout l'univers en eût été témoin , je ne l'aurois pas mieux sentie. Je me consolois dans ma douleur comme un blessé qui craint la gangrené , et en qui le sentiment de son mal soutient l'espoir d'en guérir.
Cependant cet état d'opprobre m'étoit odieux. A force de vouloir étouffer le reproche sans renoncer au crime , il m'arriva ce qu'il arrive à toute ame honnête qui s'égare et qui se plaît dans son égaremenl. Une illusion nouvelle vint adoucir l'amertume du repentir; j'espérai tirer de ma faute un moyen de la réparer , et j'osai former le projet de contraindre jnon père à nous unir. Le premier fruit de notre amour devoit serrer ce doux lien : je le deraandois au ciel comme le gage de nion retour à la vertu et de notre bonheur commun; je le desirois comme une autre à ma place auroit pu le craindre : le tendre «amour, tempérant par son prestige le murmure de la conscience, me consoloit de ma foiblesse par l'effet que j'en attendois, et faisoit d'une si chère attente le charme et 1 espoir de ma vie.
Sitôt que j aurois porté des marqjies sensibles do mou état, j'avois résolu d'en faire, en présente de toute ma famille, une déclaration publique à M.Perret (t\ .le suis timide , il est vrai ; je sentois tout ce qu'il m'en devoit coûter : mais l'honneur même ani-
^i) Pasteur du lieu.