TROISIEME PARTIE. a
moit mon courage , et j'aimois mieux supporter une fois la conlusion que j'avois méritée, que de nourrir une honte éternelle au fond de mon cœur. Je savois que mon père me donneroit la mort ou mon amant ; cette alternative n'avoit rien d'effrayant pour moi ; et, de manière ou d'autre , j'envisageois dans cette démarche la fin de tous mes malheurs.
Tel étoit, mon bon ami , le mystère que je voulus vous dérober, et que vous cherchiez à pénétrer avec une si curieuse inquiétude. Mille raisons me forçoient à cette réserve avec un homme aussi emporté que vous, sans compter qu'il ne falloit pas armer d'un nouveau prétexte votre indiscrète importunité. Il étoit à propos sur-tout de vous éloigner durant une si périlleuse scène , et je savois bien que vous n'aurier, jamais consenti à m' abandonner dans un danger pareil s'il vous eût été connu.
Hélas ! je fus encore abusée par une si douce espérance. Le ciel rejeta des projets conçus dans le crime: je ne méritois pas Thonneur d'être mère; mon attente resta toujours vaine , et il me fut refusé d'expier ma faute aux dépens de ma réputation. Dans le désespoir que j'en conçus, l'imprudent rendezvous qui mettoit votre vie en danj^er fut une témérité que mon foi amour me voiloit d'une si douce excuse : je m'en prenois à moi du mauvais succès de mes vœux, et mon cœur, abusé par ses desiis, ne voyoit dans l'ardeur de les contenter que le soin«ide les rendre un jour léj^ilimes.
.fe le» cru» un instant accomplis : celte erreur fut V source du plus cuisant de mes regret*; ft, la mon v
aSù LA IVOUVELLE HÉ LOI SE.
exauce par la nature n'en fut que plus cruellement Jiahi par la destinée. Vous a ve/, su (i) quel acculent «letruisit, avec le germe que je portois da;is mon sein, le clernM-r fondement de mes espérances. (Je malheur m'arriva précisément dans le temps de notre séparation ; comme si le ciel eût voulu ni'accahier alors de tous les raaux que j'avois mérités, et Cf)uper à la fois tous les liens qui pouvoient nous unir.
Votre départ fut la fin de mes erreurs ainsi que de mes plaisirs : je reconnus , mais trop tard , 1rs chimères qui m'avoient abusée, .le me vis aussi méprisable que je létois devenue ,<?l aussi malheureu.'c que je devois toujours l'être avec nu amour sans iauocence et des désirs sans espoir (ju'il m'éto t impossible d'éteiadre. Tourmentée dr mille vair,» regrets, je renonçai à des roiiexions aussi douloureuses qu'inutiles : je ne valois plus la peine que je songeasse à moi-même, je co sacrai ma rie à m'occuper de vous. Je n'avois plus d'honneur que le vôtre, plus d espérance quVn votre bonheur; et les scatime-.ts f|n! me venoient de voua étoient les seuls dont je crusse pouvoir l'tre encore émue.
L'amour ne maveugloit point sur ros défauts , mais il me les lendoit chers; et telle étoit son illusion, que je TOUS aurois moins aimé si vous avicï été jdus parfait. .Te ctmnoissois votre cœur, vos emportements; je savois qu'avec plus de courage que
(i) Ceci suppose d'autre* lettres que nou.» n'avons pas.