‹ JulieChapitre 166 sur 200 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

ui venoient les lumières qu'il parolssolt aroir ac- {uises sur ma conduite , ni jusqu'où elles pouvoient lier ; craignant, à son affectation de m'intcrrompre, jj[u'il n'eût déjà pris son parti sur ce que j'avois à ui dire; et, plus que tant celo , retenue par une lonte que je n'ai jamais pu "vaincre; j'aimai mieux tmployer une excuse qui me parut plus sûre , parce- [u'elle ctoit plus selon sa manière de penser. Je lui léclarai sans détour l'engagement que j'avois pri» ivec vous ; je protestai que j« ne vous manquerois îoint de parole, et que, quoi qu'il pût arriver , je le me marierois jamais sa.is voire consentement.

En effet, je m'apperçus avec joie que mon scru- ■>ale ne lui déplaisoit pua : il me fit de vifs reproches lUr ma promesse , mais il n'v objecta rien ; tant un gentilhomme plein d'honneur a naturellement une laute idée de la foi des engagements , et regarde la >arole comme une chose toujours sacrée. Au lien lonc de s'amuser '« disputer sur la nullité de cette promesse, dont je ne serois jamais convenue, il aa'obligca d'écrire un billet, auquel il joignit une Lettre qu'il fît partir sur-le-champ. Avec quelle agiation n'attendis-je point votre réponse ! combien je lis de voeux pour vous trouver moins de délicatesse que vous ne deviez en avoir ! Mais je vous con- Qoissois trop pour douter de votre obéissance, et je savois qus plus le sacrifice exigé vous seroit pénible, plus vous seriez, prompt à v^jus l'imposer. La réponse vint; elle me fut cachée durant ma maladie: après mon rétablissement mes craintes furent confirmées, et il ne me resta plus d'excuses. Au moin» mon père me décll.ra qu'il n'«în recevrait

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plus ; et avec J 'ascendant que le terrible mot qu'il m'avoit dit lui donnoit sur mes volontés, il me fit jurer que je ne dirois rien à M', de Wolmar qui pût le détourner de m'épouser : car, ajou.ta-t-il, cela lui paroitroit un jeu concerté entre nous, et à quelque prix que ce spit , il faut que ce mariage s'achève ou que je meure de douleur.

Vous le savez, mon ami, ma santé, si robuste contre la fatigue et les injures de l'air, ne peut résister aux intempéries des passions, et c'est dan» mon trop sensible coeur qu'est la source de tous les maux et de mon corps et de mon ame. Soit que de longs chagrins eussent corrompu mon sang, soit que la nature eut pris ce temps pour l'épurer d'un levain funoste, je me sentis fort incommodée à la fin do cet entretien. En sortant de la chambre de mon père je m'efforçai pour vous écrire un mot , et me trouvai si mal qu'en me mettant au lit j'espérai ne m'en plus relever. Tout le reste vous est trop connu; mon imprudence attira la vôtre, ^ous vîntes; je vous vis , et crus n'avoir fait qu'un de ces rêves qui vous offroient si souvent à moi durant mon délire. Mais quand j'appris que vous étiez venu, que je vous avois vu réellement , et que, voulant partager le mal dont vous ne pouviez me guérir, vous l'aviez pris à dessein, je ne pus supporter cette dernière épreuve; et voyant un si tendre amour survivre à l'espérance, le mien, que j'avois pris tant de peine à contenir , ne connut plus de frein , et se ranima bientôt avec plus d'ardeur que jamais. Je vis qu'il falloit aimer malgré moi; je sentis qu'il falloil être coupable; que je ne pouvois résister ni à mon

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