TROISIEME PARTIE. a/^g
et les rétaLlir selon la loi du devoir et de la nature. L'œil éternel qui voit tout , disois-je en moi-même, lit maintenant au fond de mon cœur ; il compare ma volonté cachée à la réponse de ma bouche : le ciel et la terre sont témoins de l'engagement sacré que je prends ; ils le seront encore de ma fidélité à l'observer. Quel droit peut respecter parmi les hommes quiconque ose violer le premier de tous.»'
Un coup-d'œil jeté par hasard sur monsieur et madame d'Orbe, que je vis à coté l'un de l'autre et fixant sur moi des yeux attendris , m'émut plus puissamment encore que n'avoient fait tous les autres objets. Aimable et vertuenx couple, pour moins connoître l'amour en êtes-vous moins unis ? Le devoir et l'honnêteté vous lient : tendres amis , époux fidèles, sans brûler de ce feu dévorant qui consume l'ame, vous vous aimez d'un sentiment pur et doux qui la nourrit, que la sagesse autorise et que la raison dirige; vous n'en êtes que plus solidement heureux. Ah ! puissé-je dans un lien pareil recouvrer la même innocence, et jouir du nvême bonheur! Si je ne l'ai pas mérité comme vous , je m'en rendrai digne à votre exemple. Ces sentiments réveillèrent mon espérance et mon courage. .Tenvi.*'ageai le saint nœud que j'allois former comme un nouvel état qui drvoit purifier mon ame et la rendre à tous ses devoirs. Quaad le pasteur me demanda si je proinettois obéissance et fidélité parfaite à celui que j'accoptois pour époux, ma bouche et mon cœur le promirent. Je le tiendrai jusqu'à la mort.
De retour au logis, je soupirois après une heure de solitude cl de recueillement. Je l'obtins, noti
-iSo LA NOUV£LI,E Hl^.LOISE.
sans peine; et qu«?lque empressemeat qu« j'ens3«i d'eu prof Jter, je ne m'examinai d'abord qu'arec répugnance , craignant de n'avoir éprouvé f|u'une fermentation passagère en cbangeant de condition , et de me retrouver aussi peu digne épouse que j'avois été fîlle peu sage. L'épreuve étoit sure , mais d.in<;;ereuse; je commençai par songera vous.Jemerendois le témoignage que nul tendre souvenir n'avoit profané l'engagement solennel que je venois de prend rc. Je ne pourois concevoir par quel prodige votre opiniâtre image m'avoit pulaisser si long-temps en paix avec tant de sujets de me la rappeler : je me serois dfilée de l'indifférence et de l'onbli conirae d'un état trompeur qui m'étoit trop peu naturel pour ^tre durable. Cette illusion u'étoit guère à craindre : je sentis que je vous aimois autant et plus peut-être que je n'avois jamais fait; mais je le sentis sans rougir, .ïe vis que je n'avois pas besoin pour penser à vous d'oublier que j'étois la femme d'un autre. En me disant combien vous m'étiez cher, mon cœur étoit ému, mais ma conscience et mes sens étoient tranquilles ; et je connus dès ce moment qne j'étois réellement changée. Quel torrent dépure joie '«'int alors inonder mon ame! Quel sentiment de paix, effacé depuis si long-tenips , vint ranimer ce cœur flétri par l'ii^'nominie, et répandre dans tout mon être une sérénité nouvelle! .Te crus me sentir renaître; je crus recommencer une autre vie. Douce et consolante vertu, je la recommence pour toi; c'est toi qui me la rendras chère ; c'est à toi que je la veux consacrer. Ah! j'ai trop appris ce qu il en coiitc à te perdre, pour t'ahandonner une seconde fois !