TROISIEME PAR.TIE
Ce que j'ai dit pour lever vos doutes peut servir encore à résoudre en partie vos objections contre l'aveu que je crois devoir faire à mon mari. II est trop sage pour me punir d'une démarche humiliante que le repentir seul peut m'arracher, et je ne suis pas plus capable d'user de la ruse des dames dont vous parlez qu'il l'est de m'en soupçonner. Quant à la raison sur laquelle vous prétendez que cet aveu n'est pas nécessaire , elle est certainement un sophisme : car quoiqu'on ne soit tenu à rien envers un époux qu'on n'a pas encore, cela n'autorise point à se donner à lui pour autre chose que ce qu'on est. Je l'avois senti, même avant de me marier ; et si le serment extorqué par mon père m'empêcha de faire
vain , et rarement il est vrai. Ce qu'il faut changer , c'est moins nos désirs que les situatious qui les produisent. Si nous voulons devenir bous , ôtons les rapports qui nous empèclient de l'être , il n'y a point d'autre moyen. Je ne voudrois pas pour tout au monde avoir droit à la succession d'autrui , sur- tout de personnes qui devroient in'êtrc clieres ; car que sais-je quel horrible vœu l'iudi- {,'(uce pourroit m'arracher? Sur ce principe , examinez bien la résolution de Julie, et la déclaration qu'elle en fait à son ami; pesez cette résolution dans toutes ces circonstances; et vous verrez comment un cœur droit «■n doute de lui-même sait s'ôter au besoin tout intérêt contraire au devoir. Dès ce moment , Julie , malgré l'ajnour qui lui reste, met ses sens du parti de sa vertu ; elle se force, i)Our ainsi dire, d'aimer Wolinar comme; son unique époux, comme le seul homme avec lequel «•ll(! habitera de sa vie ; elle change l'iutérêt secret qu'elle avoit à sa perte en intérêt à le conserver. Ou je ne coniiois rien au cœur humain , ou c'est à cette seule résolution si criti([uée (|ue tient le triomplie de la vertu dans tout le nsie de la vi«: de Julie , et rattachement siuccre cl cûuslaut qu'elle a jusqu'à la fiu pour sou mari.
a8o LA NOUVELLE HÉ LOI SE.
à cet égard mon devoir, je n'ea fus que plus coupable, puisque c'est un crime de faire un serment injuste , et un second de le tenir. Mais j'avois une autre raison que mon cœur n.'osoit s'avouer, et qui me rendoit beaucoup plus coupable encore. Grâces au ciel elle ne subsiste plus.
Une considération pluslégitimeetdunplusgrand poids est le danger de troubler inutilement le repos dun honnête homme qui tire son bonheur de l'estime qu'il a pour sa femme. Il est sûr qu'il ne dépend plus de lui de rompre le nœud qui nous unit , ni de moi d'en avoir été plus digne. Ainsi je risque par une confidence indiscrète de l'affliger à pure perte , sans tirer d'autre avantage de ma sincérité que de décharger mon cœur d'un secret funeste qui me pesé cruellement. J'en serai plus tranquille, je le sens , après le lui avoir déclaré; mais lui , peutêtre, le sera-t-il moins; et ce seroit bien mal réparer mes torts que de préférer mon repos au sien.
Que ferai-je donc dans le doute où je suis.' En attendant que le ciel m'éclaire mieux sur mes de- Toirs, je suivrai le conseil de votre amitié; je garderai le silence , je tairai mes fautes à mon époux , et je tâcherai de les effacer par une conduite qui puisse un jour en mériter le pardon.
Pour commencer une réforme aussi nécessaire, trouvez bon , mon ami , que nous cessions désormais tout commerce entre nous. Si M. de VVolmar avoit reçu ma confession, il décideroit jusqu'à quel point nous pouvons nourrir les sentiments de l'amitié qui nous lie, et nous en donner les innocents témoignages; mais, ])uisque je n'ose le consulter là-