‹ JulieChapitre 20 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

soupirs ajaaoaçoient plus de transports que de sagesse ; et si vous eussiez oublié l'arrêt que vous ave?: prononcé vous-même , je ne l'anrois pas oublié.

Ah! mon ami, que ne puis-je faire passer dans votre ame le sentiment de bonheur et de paix qui règne au fond de la mienne ! que ne puis-jo vous apprendre à jouir tranquillement du plus délicieux état de la vie! Les charmes de l'union des coeurs se joignent pour nous à ceux de l'innocence : nulle crainte, nulle honte ne trouble notre félicité; au seiu des vrais plaisirs de l'amaur, nous pouvons parler de la vertu sans rougir ,

E v' e il placer con 1' onestade accanto (i).

Je ue sais quel triste pressentiment s'élève dans mon sein , efme crie que nous jouissons du seul temps heureux que le ci'îl nous ait destiné. Je n'entrevois dans l'avenir qu'absence, orages , troubles, contradictions : la moindre altération à notre situation présente me paroit ne pouvoir être qu'un mal. INon , quand un lien plus doux nous uniroit à jainais., je ne sais si l'excès du bonheur n'en deviendroit pas bientôt la ruine. Le moment de la possession est une crise de l'amour, et tout changement est dangereux au nôtre ; nous ne pouvons ,j)lus qu'y perdre.

Je t'en conjure , mon tendre et unique ami , tâche de calmer l'ivresse des vains désirs que suivent toujours les regrets , le repentir , la tristesse. Goûtons en paix notre situation préseule. Tu te

(l) Et le plai&lr sunil à ritoua^Uté. Mkt\,st.

plats à m'instruire ^ et ta sais trop si je me pLnis à recevoir tes leçons, Rendouî>-lc.s encore plus fpéquenles ; ne nous quittons qu'autant qu'il iaut pour la bienséance; employons à nous tcrire les moiwents que nous ne pouvons passer à nous voir, et profitons d'un temps précieux, après lequel peut-être nous soupirerons un jour. Ah .' puisse notre sort , tel qu'il est, durer autant que noire vie! L'esprit s'orne, la raison s'éclaire , l'ame se fortifie, le coeur jouit : que manque-t-il à notre bonheur? .

1/UK vous ave/, raison , ma Julie, de dire que je ne vous connois pas encore ! toujours je crois cou noitre tous les trésors de votre belle ame , et tonjours j'en découvre de nouveaux. Quelle femme araais associa comme vous la tendresse à la vertu, et , tempérant l'une par 1 antre , les rendit toutes deux plus charmantes ? Je trouve je ne sais quoi d'aimable et d'attravant dans cette «at^oss'- fjui me désole; et TOUS ornez avec tant de grâce les privations quo vous m'imposez, fju'il s'en faut peu que vous ue ra« les n-ndiez ch«;res.

Je le sens chaque jour davantage , le plus grand des biens est vl'ètre aime de vous; il n'y en a point, il n'y en peut avoir qui l'égale, et s'il falloit choisir entre votre coeur et votre possession même, non, charmante Julie, je ne balaucerois pas un instant. Mais d'où viendroil rclte amfrc alternative, et poiur-

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