‹ JulieChapitre 193 sur 200 · TROISIEME PARTIE. 3o · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. 3o

1er poxir sortir injustement de la vie, et tu demandes Quel mal fais-je?

Tu veux t'autoriser par des exemples ; tu m'oses nommer des Romains ! Toi des Romains ! il t'appartient bien d'oser prononcer ces noms illustres ! Dis- ^noi , Brutus mourut-il en amant désespéré Pet Catou déchira-t-il ses entrailles pour sa maîtresse? Homme petit et foible , qu'y a-t-il entre Caton et toi ? Montre-moi la mesure commune dç cette ame sublime et delà tienne. Téméraire, ab! tais-toi. Je crains de profaner son nom par son apologie. A ce nom saint et auguste , tout ami de la vertu doit mettre le front «lans la poussière , et bonorer en silence la mémoire du pins grand des boinmes.

Que tes exemples sont mal cboisis ! et que tu juges bassement des Romains, si tu penses qu'ils se crussent en droit de s'ôter la vie aussitôt qu'elle leur étoit à cbarge ! Regarde les beaux temps de la république , et cbercbe si tu y verras un seul citoyen vertueux se délivrer ainsi du poids «le .ses devoirs, même après les plus cruelles infortunes. Régulus retournant à ( artliagc prévint-il par sa mort les tourments qui 1 attcndoicnt.>* Que n'eût point donné Postbuniius pour que cette ressource lui fût permise au\ I"'()urclu's Caudines? Quel effort de courage l(î séuat même n'admira-t-il pas dans le consul Varxon pour avoir pu survivre à sa défaite! Par quelle T.iison tant de généraux se laisscrent-lls volontairericnt livrer aux ennemis, eux à qui l'ignominie éioit si cruelle , et à qui il en coùtoit si peu de mourii ? C'rst (juils d<:voicul à la patrie leur sang, leur vie et leurs derniers sou])irs, et ([ue la liorile ni les

3oG LA NOUVELLE HÉLOISE.

revers ne les pouvoient détourner de ce devoir sacré. Mais quand les lois furent anéanties, et que l'état fut en proie à des tyrans, les citoyens reprirent leur liberté naturelle et leurs droits sur euxmêmes. Quand Rome ne fut plus, il fut permis à «les Romains de cesser d'être : ils avoient rempli leurs fonctions sur la terre; ils n'avoient plus de patrie ; ils étoient en droit de disposer d'eux, et de se rendre à eux-mêmes la liberté qu'ils ne pouvoient plus rendre à leur pays. Après avoir employé leur vie à servir Rome expirante et à combattre pour les lois, ils moururent vertueux et grands comme ils avoient vécu ; et leur mort fut encore un tribut à la gloire du nom romain , afin qu'on ne vît dans aucun d'eux le spectacle indigne de vrai» citoyens servant lin usurpateur.

Mais toi , qui es-tu ? qu'as-tu fait? Crois-tu t'excusersurton obscurité? Tafoiblesse t'exempte-t-elle de tes devoirs? et pour n'avoir ni nom ni rang dans ta patrie, en es-tu moins soumis à ses lois? Il te sied bien d'oser parler de mourir , tandi s que tu dois l'usage de ta vie à tes semblables ! Apprends qu'une mort telle que tu la médites est bonteuse et furtive ; c'est un vol fait au genre bumain. Avant de le quitter, rends-lui ce qu'il a fait pour toi. Mais je ne tiens à rien... je suis inutile au monde... Pbilosopbe d'un jour! ignores- tu que tu ne saurois faire un pas sur la terre sans y trouver quelque devoir 4 remplir, et que tout bomme est utile à Ibumanité par cela seul qu'il existe?

Ecoute-moi, jeune insensé : tu m'es cber, j'ai pitié de tes erreurs. S'il te reste au fond du cœar le

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