‹ JulieChapitre 21 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

quoi rendre incompatible ce que la nature a voulu réunir? Le temps est précieux , dites- vous ; sachons en jouir tel qu'il e^t , et gardons-nous par notre impatience d'eu troubler le paisible cours. Eb ! qu'il passe et qu'il soit beureuxl Pour profiter d'un état aimable faut-il en négliger un meilleur, et préférer le repos à la félicité .suprême? Ne perd-on pfis tout le temps qu'on peut mieux employer? Ah! si l'on peut vivre mille ans en un quart-d'heure, à quoi bon compter tristement les jours qu'on aura vécu ?

Tout ce que vous dites du bonhe);u' de noire situation prescrite est incontestable ; je sens que nous devons être heureux, et pourtant je ne le suis pas. La safjesse a beau parler par votre bouche , la voix de la nature est la plus forte. Le moyeu dp lui^résister quand elle s'accorde à la voix du cœur? Hors vous seule je ne vois rien dans ce séjour' terrestre qui soit digne d'occuper mon ame et messeus.: noa, .s;ins vous la nature n'est plus rieu pour moi ; mais son empire tst dans vos yeux, et c'est là qu'elle est invincible. ,

Il n'en est pas ainsi de vous, céleste Julie; vous vous conteniez de charmer nos sens, et u'ètes pojnt en guerre avec les vôtres. Il semble que des pas s.lons humaines soient au-dessous d'uue ame .si subiipie ; et comme vous avez la beauté dos auges , vous ♦n aye« la pureté. O pureté que je respecte eu mur» murant, que ne puis-je ou vous rabaisser, ou m'élever jusqu'à vous! Mais, non, je ramperai toujorns sur la terre, et vous verrai toujours briller dans les cLcux. Ah ! soyez heureuse au>c déjtcns de luou fepos ; joui^se7. de toutes vos vertus; péris'.c le- vil

fis LA NOUVELLE HÉ LOI SE.

mortel qui tenlera jani.iis d'en souiller unu ! Sover heureuse; je tâcherai d'ouhlier combien je snia ;i plaindre, et je tirerai de votre bonheur inènie la consolation de mes maux. Oni , chère amante, il me semble que mou amour est aussi parfait que son adorable objet; tons les désirs enflammés par vos charmes s'étein^nent dans les perfections de votre ame ; je la vois si paisible, que je n'ose en troubler la tranquillité. Chaque fois que je sois tenté de vous dérober la moindre caresse, si le danger de voua offenser me retient, mon cœur me retient encore plus par la crainte d'altérer une félicité si pure: dans le prix des biens où j'asjnre, je ne vois plus que ce qu'ils vous peuvent couler ; et, ne pouv.ml accorder mon bonheur avec le vôtre , jugez comment j'aime , c'est au mien que j'ai renoncé.

Que d'iuexj»licabl<'s contradictions dans les sentiments que vous m'inspire/.! Je suis à la fois soumis et téméraire, impétueux et retenu; je ne saarois lever les yeux sur vous sans éprouver des combats en moi-même. Vos rogards, votre voix, portent au coeur, avec l'amour, l'attrait touchant de rinnocence; c'est un charme divin qu'on anroit regret d'effacer. Si j'ose former des vœux exlrt-mes, ce n'est plus qu'en -votre absence ; mes désirs , n'osant aller jusfju'à vous, s'adressent à votre im»ge^ et c'est sur elle que je me venge du respect que je 8uis contraint de vous porter.

Cependant je languis et me consume; le feu coule dans mes veines; rien ne sauroit l'éteindre ni le calmer, v\ je l'irrite en voulant le contraindre. .le «lois être heureux, je le suis, j'en couvions; je ne

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