‹ JulieChapitre 24 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

remplir leurs greniers, et dans le sein de l'aboudance se laissent mourir de faira.

Il y a , je l'avoue , bien des sjens à qui cette métbode seroit fort nuisible , el qui ont besoin de beaucoup lire et peu méditer ,parcequ'a\ant la tète mal faite ils ne rassemblent rien de si mauvais que ce qu'ils produisent d'eux-mêmes. Je vons recommande tout le contraire à vous qui mettez dans vos lectures mieux que ce que vous y trouvez , et dont l'esprit actif fait sur le livre un autre livre, quelquefois meilleur que le premier. Nous nous communiquerons donc nos idées ; je vous dirai ce que les autres auiont pensé , vous me direz sur le raème sujet ce que vous pensez vous-ratnie , et souvent après la leçon j'en sortirai plus instruit que vous.

Moins vous aurez de lecture à faire , mieux il faudra la choisir , et voici les raisons de mon choix. La grande erreur de ceux qui étudient est , comme je viens de vous dire , de se lier trop à leurs livres , et de ne pas tirer assez de leur font!» , sans songer que de tous les sophistes notre propre raif^on est presque toujours celui (jui nous abuse le moins. Sitôt qu'on veut rentrer en soi-même , chacun sout ce qui est bien , chacun discerne ce qni est beau ; nous n'avons pas besoin qu'on nous apprcune à oonnoitre ni l'un ni l'autre, et l'on ne s'en impose là-dessus qu'autant qu'on s'en veut imposer. Mais les exemples du très lion et du très beau sont plus rares et moins connus, il le» faut aller cliercher loin de nous : la vanité, mesurant les rr)rcpR de la nature sur notre foiblcsse, nous fait regarder cuumuo

chtmériqaes les qualités que nous ne sautons pas en nous-mêmes ; la paresse et le vice s'appuient sur cette prétendue impossibilité ; et ce qu'on ne voit pas tous les jours ^ l'homme foible prétend qu'on ue le voit jamais. C'est cette erreur qu'il faut détruire; ce sont ces grands objets qu'il faut s'accoutumer à sentir et à voir, afin de s'ôter tout prétexte de ne les pas imiter. L'ame s'élève , le cœur s'enflamme à la contemplation de ces divins modèles; à force de les considérer on cherche à leur devenir semblable , et l'on ne souffre plus rien de médiocre sans uii dégoût mortel.

N'allons donc pas chercher dans les livres des principes et des règles que nous trouvons plnssùreïiieut au -dedans de nous. Laissons là toutes ces vaines disputes (les philosophes sur le bonhenr et sur la vertu ; emplovons à nous remlre bons et heureux le temps qu'ils perdent à chercher comment on doit l'être, et pro[»osons-nous de grands exemples à imiter plutôt (]ue de vains svstèmes à suivre.

J'ai toujours cru que le bon n'étoit que le beau mis en action , que l'un tenoit intimement à l'autre , et qu'ils avoient tous deux une source commune dans la nalure bien ordonnée. Il suit de cette idée que le goût se perfectionne par les mêmes moyens que la sagesse, et qu'une amc bien touchée des charmes de la vertu doit à proportion être aussi sensible à tous les autres genres de beautés. On s'exerce à voir comme à sentir , ou plutôt une! vue exquise n'est qu'un sentiment délicat et fin ; c'est ainsi qu'un peintre à l'aspect d'un beau paysage ou devant un beau tableau s'extasie ù des objets qui

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