PREMIERE PARTIE
sine quelques livres de petite littérature que je n'aux'ois pas laissés pour vous ; hors le Pétrarque , le Tasse , le Métastase , et les maîtres du théâtre français ; je n'y mêle ni poët« s , ni livres d'amour, contre l'ordinaire des lectures consacrées à votre sexe. Qu'apprendrions-nous de l'amour dans ces livres ? ah ! Julie , notre cœur nous en dit plus qu'eux; et le laugage imité des livres est bien froid pour quiconque est passionné lui-même: d'ailleurs ces études énervent l'ame , la jettent cians la mollesse, et lui o (eut tout ressort. Au contraire l'amour véritable est un feu dévorant qui porte son ardeur dans les autres sentiments, et les anime d'une vigueur nouvelle. C'est pour cela qu'on a dit que l'amour fait des héros ; heureux celui que le sort eût placé pour le devenir , et qui auroit Julie pour amante !
Je vous le disois bien que nous étions heureux; rien ne me l'apprend mieux que l'ennui que j'éprouve au moindre changement d'état : si nous avions des peines liicu vives, une absence de deux jours nous en feroit-elle tant.'' Je dis uous , car je sais que mou ami ])artage mon impatience ; il la partage pareeque je la sens , et il la sent encore pour lui-même : je n'ai plus besoin qu'il me dise CCS rhosps-l;"i.
Nous ne sommes à la campagne que d'hier au
So LA NOUVELLE IIËLOISE.
soir; il n'est pas encore l'heure où je vous verrois à la ville, et cependant mon déplacement nie fait déjà trouver votre absence plus insupportable. Si vous ne m'aviez pas défendu la géométrie, je vous dirois que mon inquiétude est en raison composée des intervalles du temps et du lieu; tant je trouve que l'éloignemenl ajoute au chagrin de l'absence.
J'ai apporté votre lettre et votre plan d'études pour méditer Tuu et l'antre , et j'ai déjà relu deux fois la première : la fin m'en touche extrêmement. Je vois, mon ami , que vous sentez le véritable amour, puisqu'il ne vous a point ôté le goût des choses honnêtes , et que vous savez encore dans la partie la plus sensible de votre coeur faire des sacrifices à la vertu. En effet , employer la voie de l'instruction pour corrompre une femme est de toutes les séductions la plus condamnable ; et vouloir attendrir sa maîtresse à l'aide des romans est avoir bien peu de ressource en soi-même. Si vous eussiez plié dans vos leçons la philosophie à vos vues, si vous eussiez tâché d'établir des maximes favorables à votre intérêt , en voulant me tromper vous m'eussiez bientôt détrompée ; mais la plus dangereuse de vos séductions est de n'eu point employer. Du moment que la soif d'aimer s'empara de mon coeur , et que j'v sentis naiire le besoin d'un éternel attachement, je ne demautlai point au ciel do m'unira un homme aimable, mais à un homme qui eût l'ame belle ; car je sentois bien que c'est , de tous les agréments qu'on jicnt avoir, le m')ins sujet au dégoût , et que la droiture cl l'huuucur orueul