‹ JulieChapitre 27 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

tous les sentiments qu'ils accompagnent. Pour avoir bien placé ma préférence , j 'ai eu , comme Salomon , avec ce que j'avois demandé, encore ce que je ne demandois pas. Je tire iin bon augure pour mes autres vœux de l'accomplissement de celui-là , et je ne désespère pas, mon ami , de pouvoir vous rendre aussi beureux un jour que vous méritez de l'être. Les moyens en sont lenls , difficiles , douteux ; les obstacles terribles : je n'ose rien me promettre ; mais croyez que tout ce que l;i patience et l'amour potirront faire ne sera pas oublié. Continuez- cependant à complaire en tout à ma mère , et préparezvous, au retour de mon père, qui se retire enfin tout-à-fait après trente ans de service, à supporter les hauteurs d'un vieux genfilbomrae brusque , mais plein d'honneur, qui vous aimera sans vous caresser , et vous estimera sans le dire.

J'ai interrompu nta lettre pour m'aller promener dans des bocages qui sont près de notre maison ; 6 mon doux ami I je t'y conduisois avec moi , ou plutôt je t'y portois dans mon sein; je cboisissois les lieux que nous devions parcourir ensemble ; j'y raai'([uois des asiles dignes de nous retenir ; nos cœurs s'épauehoient d'avance dans ces retraites d ••licieuses , elles ajoutoient au plaisir que nous goûtions d'être ensemble , elles recevolent à leur tour un nouveau prix du séjour de deux vrais amants , et je m'étonnois de n'y avoir point remarqué seule les beauté» que j'y trouvols avec toi.

Parmi les bo.sf|uets naturels que fornu^ ce liea charmant, il en est un plus charmant que les autres , dans lequel je me plais davantage j et où | par

8a LA NOUVELLE HÉ LOI SE.

cette raison , je destine une petite surprise à mon auii. Il ne sera pas dit qu'il aura toujours de la déférence , et moi jamais de générosité : c'est là que je veux lui faire sentir , malfjré les préjugés vulfjaires, combien ce que le cœur donne vaut mieux que ce qu'arrache l'importunifé. Au reste , de peur que votre imagination vive ne se mette un peu trop eu frais, je dois vous prévenir que nous n'irons point ensemble dans le bosquet sans V inséparable cousine.

A propos d'elle, il est décidé, si cela ne vous fâche pas trop, que vous viendrez nousvoir lunili. Ma mère enverra sa calcche à ma cousine ^ vous vous rendn z chez elle à dix heures ; elle vous amènera ; vous passerez la journée avec nous, et nous nous en retournerons tous ensemble le lendemain après le dîner.

J'en étois ici de ma lettre quand j'ai réfléchi que je n'avois pas pour vous la reçiettre les mêmes commodités qu'à la ville. J'avois d'abord pensé devons renvoyer un de vos livres par Gu.stin, le lils du jardinier, et de mettre à ce livre une couverture de papier, dans laquille j'aurois inséré ma lettre ; mais outre qu'il n'est pas sur (juevons vous avisassiez (le la chercher, ce seroit une imprudence impardonnable d'exposer à de pareils hasards le destin de notre vie. Je vais donc me contenter de vous mnrquer simplement par un billet le rendez-vous de lundi, et je garderai la lettre pour vous la donner à vousmême. Aussi-bien j'aurois un peu de souci qu'il n'y eût trop de commentaires sur le mystère da bosquet.

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