‹ JulieChapitre 38 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de bon, d'honnête, dans une aine humaine, et surtout ce divin accord de la vertu , de l'amour et de la nature, qui ne se trouva jamais qu'en vous. Non, il n'y a point d'affection saine qui n'ait sa place dans votre cœur , qui ne s'y distingue par la sensibilité qui vous est propre ; et , pour savoir moimême régler le mien, comme j'ai soumis toutes mes actions à vos volontés , je vois bien qu'il faut soupjettre encore tous mes sentiments aux vôtres.

Quelle différence pourtant de votre état au mien ! daignez le remarquer. Je ne parle point du rang et de la fortune , l'honneur et l'amour doivent en cela suppléer à tout : mais vous êtes environnée de gens que vous chérissez et qui vous adorent : les soins d'une tendre œere , d'un père dont vous êtes l'unique espoir; l'amitié d'une cousine qui semble ne respirer que par vous ; toute une famille dont vous faites l'ornement ; une ville entière fiere de vous avoir vue naître ; tout occupe et partage votre sensibilité ; et ce qu'il en reste à l'amour n'est qua la moindre partie de ce que lui ravissent les droits du sang et de l'amitié. Mais moi , Julie , hélas ! errant, sans famille, et presque sans patrie , je n'ai que vous sur la terre , et l'amour seul me tient lieu de tout. Ne soyez donc pas surprise si, bien que votre auie soit la plus sensible, la mienne sait lo mieux aimer ; et si , vous cédant eu tant de choses, j'emporte au moins le prix, de l'amour.

Ne craignez pourtant pas que je vous importnnc encore de mes indiscrètes plaintes. Non, je respecterai vos plnisirs, et pour eux-mêinrs rpii sont •i purs, et pour vous qui les ressentez. Je m'en

KOUV. BÉLOÏSE. I. 9

<)î> LA NOUVELLE lîl'.LOISE.

fornierai dans l't-sprit le touchant spectacle, je les partagerai de loin; et ne pouvant être heureux «le ma propre félicité, je le serai de la vôtre. Quelles que soient les raisons qui me tiennent éloifjné de vous, je les resj)ecte ; et que mo servirf)it île les connoître, si, quand je devrois les désapprouver, il n'en faudroit pas moins obéira la Tolonté qu'elles vons inspirent? M'en coùtera-t-il plus de garder le silence qu'il ne m'en coula pour vous quitter? Souvenez-vous toujours, ô Julie, que votre ame a tleux corps à gouverner, et que celui (ju'elle anime par son choix lui sera toujours le plus lîdele :

Nodo più forte , Fabricato da noi, non dalla sorte (i).

Je me tais donc ; et , jusqu'à ce qu'il vous plaise de terminer mon exil, je rais tâcher d'en tempérer l'ennui en parcourant les montagnes du Talais tandis qu'elles sont encore praticables. Je m'apperçois que ce pavs ignoré méri(e les regards des hommes, et qu'il ne lui manque pour être admiré que des spectateurs qui le sachent voir. Je tâcherai d'eu tirer quelques observations dignes de vous plaire. Pour amuser une jolie femme , il faudroit peindre un picuplc aimable et galant : mais toi , ma Julie, ah ! je le sais bien, le tableau d'un peuple heureux et sim])le est celui qu'il faut à ton cœur.

(i) Le plus fort des uocuds , notre ourrage , et non

fi-lui du ïort.

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