PREMIERE PARTIE. loi
tl'aroir aisément des nouvelles l'un de l'autre, .le vous laisse le maître du choix de votre station. Tâchez seulement qu'on ne sache poiut ici où vous ttes , et soyez discret sans être mystérieux. Je ne vous dis rien sur ce chapitre; je me fie à l'intérêt que vous avez d'être prudent, et plus encore à celui fjue j'ai que vous le soyez.
Adieu, mon ami ; je ne puis m'entretenir plus long-temps avec vous. Vous savez de quelles précaution» j'ai besoin pour écrire. Ce n'est pas tout : mon père a amené un étranger respectable , son ancien ami, et qui lui a sauvé autrefois la vie à la f,'^uerre. Jugez si nous nous sommes efforcés de- le bien recevoir. Il repart demain, et nous nous hàigns de lui procurer , pour le jour qui nous reste , tous les amusements qui peuvent marquer notre 7.ele à un tel bienfaiteur. Ou m'appelle : il faut finir. AdleU' de rechef.
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Jx. PEINE ai- je employé huit jours à parcourir un pays qui dcmanderuit des années d'observation : mais outre que la ucige me chasse, j'ai voulu revenir au-devant du couricr qui m'apporte, j'cspere , une de vos leitre». Eu attendant qu'elle arrive je commence par vous écrire celle-ci, après laquelle j'en écrir.ti, s'il est nécessaire, une seconde pour r<'pondre à la vôlre.
Je ae vous ferai point ici un dctail de mou voyage
et de raes remarques ; j'en al fait une relation que je compte vous porter. Il faut réserver notre correspondance pour les choses qui nous touchent de plus près l'un et l'autre. Je me contenterai de vous parler de la situation de mon ame : il est juste de vous rendre compte de l'usage qu'on lait de votre bien.
J'étois parti, triste de mes peines et consolé de votre joie ; ce qui me tenoit dans uu certain état de lanpueur qui n'est pas sans charme pour uu coeur .sensible. Je gravissois lentement et à pied des sentiers assez rudes, conduit par un homme (jue j'avoJs pris pour être mon guide, et dans lequel, durant toute la route, j'ai trouvé plutôt uu ami qu'un mercenaire. Je voulois rêver , et j'en étois toujours détourné par- quelque spectacle inattendu. Tantôt d'immenses rochers pendoieut en ruines au-dessus de ma tête. Tantôt de hautes et bruyantes cascades m'inondoient de leur épais brouillard; tantôt un torrent éternel ouvroit à mes côtés un abvme dont les yeux n'osoient sonder la profondeur. Quelquefois je me perdois dans l'obscurité d'un bois touffu. Quelquefois en sortant d'un gouffre une agréable prairie réjouissoit tout-à-coup mes regards. Un mélange étonnant de la nature sauvage et de la natnre cultivée montroit par-tout la main des hommes, où l'on eût cru qu'ils u avoient jamais pénétré: à côté d'nne rav«'rne on frouvoit des maisons ; on vovoil des pampres secs où l'on n'eût cherché que des ronces, d»s vignes dans des terres éboulées, d'excellents fruits sur des rochers, et des champs dans des précipices.