‹ JulieChapitre 47 sur 200 · PREMIERE PARTIE. ii · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. ii

tie la pluB sensible celui à qui il doit fidélité? Alors je ne vois plus dans un tel maître qu'un perfide qui foule aux pieds les droits les plus sacrés (i), un traitre, un séducteur domestique, que les lois condamnent très justement à la mort. J'espère que celle à qui je parle sait m'entendre ; ce n'est pas la mort que je crains, mais la honte d'en être digne , et le mépris de moi-même.

Quand les lettres d'Hcloïse et d'Ahélard tombèrent entre vos mains , vous savez ce que je vous dis de cette lecture et de la conduite du théologien. J'ai tonjours plaint Héloïse ; elle avoit un cœur fait pour aimeip: mais Abélard ne m'a jamais paru qu'un misérable digne de son sort, et connoissanl aussi peu l'amour que la vertu. Après l'avoir jugé famlra-t-il que je l'imite? Malheur à quiconque prêche une morale qu'il ne veut pas pratiquer I Celui qu'aveugle sa passion jusqu'à ce point en est bientôt puni par elle , et perd le goût des sentiuients auxquels il a sacrifié son honneur. L'amour est privé de son plus grand charme quand l'honnêteté l'abandonne ; pour en sentir tout le prix il faut que le coeur s'y complaise , et qu'il nous élevé en

(i) Malheureux jeuue homme , qui ne voit pas qu'en se laissant payer eu recounoissance ce qu'il refuse do recevoir en argent , il viole des droitH plus sacrés encore ! Au lieu d'instruire il corrompt ; au litu de nourrir il empoisonne : il se fait remercier par une mère abusée d'avoir perdu sou enfant. On sent pourtant qu'il aime sincèrement la vertu , mais sa passioA l'égaré ; et «i sa grnnde jeunesse ne l'excusoit pas , avec ses beaux discours il ne seroit qu'un scélérat. Les deux axuants •ont à plaindra ; la mcre tïculc itt iDCxciisublc.

XiG LA NOUVELLE II ÉLOIÎiE.

élevant l'objet aimé. Otez l'idée de la perf«ctioa, vous ôtez l'euthonsiasme; ôtez l'estime, et l'amour n'est plus rieu. Comment une femme pourroit-elle honorer un homme qui se déshoaore? Comment pourra-t-il adorer lui-même celle qui n'a pas craiut de s'abandonner à un vil corrupteur? Ainsi bientôt ils se mépriseront mutuellement ; l'amour ne sera plus pour eux qu'un honteux commerce ; ils auront perdu l'honneur, et n'auront point trouvé la fé- 1- jité.

Il n'en est pas ainsi , ma Julie , entre deux amants de même âge, tous deux épris du même feu, qu'un mutuel attachement unit , qu'aucun lien particulier ne gène, qui jouissent tous deux de leur première liberté, et dont aucun droit ne proscrit l'engagement réciproque. Les lois les plus sévères ne peuvent leur imposer d'autre peine que le prix mt'-me de l«'ur amour ; la seule punition de s'èfre aimés est l'obligation de s'aimer à jamais; et s'il est quelques malheureux climats au monde où l'homme barbare brise ces innocentes chaînes, il en est puni sans doute par les crimes que cette contr.iinte engendre.

Voilà mes raisons , sage et vertueuse .Tulie ; elles ne sont qu'un froid commentaire de celles que vous m'exposâtes avec tant d'énergie et de vivacité dans une de vos lettres ; mais c'en est assez pour vous montrer combien je m'en suis pénétre. Vous vucu> souvenez que je n'insistai point sur mon refus, et que, malgré la répugnance que le préjugé m'a laissée , j'acceptai vos dons en silence, ne trouvant point en effet dans le véritable honneur de solide raison pour Içs refuser. Mai» ici le devoir , la raison ,

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