‹ JulieChapitre 57 sur 200 · PREMIERE PARTIE. liii · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. liii

plaindre. Je le vis , dans des agitations convulsives ^ prêt à s'évanouir à mes pieds. Peut-être l'amour seul m'auroit épargnée; ô ma cousine ! c'est la pitié qui me perdit.

Il sembloit que ma passion funeste voulût se couvrir, pour me séduire, du masque de toutes les vertus. Ce jour même il m'avoit pressée avec plus d'ardeur de le suivre : c'étoit désoler le meilleur des pères ; c'étoit plonger le poignard dans le sein maternel ; je résistai, je rejetai ce projet avec horreur. L'impossibilité de voir jamais nos vœux accomplis, le mystère qu'il falloit lui faire de cette impossibilité, le regret d'abuser un amant si soumis et si tendre après avoir flatté son espoir, tout abattoit mon courage , tout augmcutoit ma foiblesse, tout aliénoit ma raison; il falloit donner la mort aux auteurs de mes jours, à mon amant , ou à moi-même. Sans savoir ce que je faisois , je choisis ma propre infortune ; j'oubliai tout, et ne me souvins que de l'amour: c'est ainsi qu'un instant d'égarement m'a perdue pour jamais, .le suis tombée dans l'abyme d'ignominie dont une fille ne revient point ; et si je vis, c'est pour être plus malheureuse.

Je cherche en gémissant quelque reste de consolation sur la terre ; je n'y vois que loi , mon aimable amie ; ne me prive pas d'une si charmante ressource, je t'en conjure; ne m'ôte pas les douceurs de ton amitié. J'ai p^rdu le droit d'y prétendre, mais jamais je n en eus si grand besoin. Que la pitié supplée à l'estinie. Viens, ma chère, ouvrir ton ame à lues plaintes ; viens recueillir les larmes de toa

lia LA NOUVELLE H ÉLOI SE.

amie ; g^irantis-inoi , s'il se peut, du mépris de moiiiirme; et fais-moi croire que je n'ai pas tout perda puisque ton cœur me reste encore.

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