‹ JulieChapitre 60 sur 200 · PREMIERE PARTIE. i · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. i

un raot , de tous nos hommages ? L'honneur , l'humanité , l'amitié , le pur amour , en seront-ils moins chers à ton cœur? En aimeras-tu moins les vertu« mêmes que tu n'auras plus? Non, ehere et bonne Julie : ta Claire en te plaignant t'adore ; elle sait , elle sent qu'il n'y a rien de bien qui ne puisse encore sortir de ton ame. Ah ! crois-moi , tu pourrois beaucoup perdre avant qu'aiicune autre plus sage que toi te valût jamais.

Enfin tu me restes ; je puis me consoler de tout , hors de te perdre : ta première lettre m'« fait frémir. Elle m'efct presque fait désirer la seconde , si je ne l'avois reçue en même temps ; vouloir délaisser son amie ! projeter de s'enfuir sans moi ! tu ne parles point de ta plus grande faute ; c'étoit de celle-là qu'il falloit cent fois plus rougir. Mais l'ingrate ne songe qu'à son amour... Tiens , je t'auroi« été tuer au bout du monde.

Jexîompte avec une mortelle impatience les moments que je suis forcée à passer loin de toi ; ils se prolongent cruellement : nous sommes encore pour »ix jours à Lausanne , après quoi je volerai vers mon unique amie ; j'irai la consoler ou m'affliger avec elle , essuyer ou partager ses pleurs. Je ferai parler dans ta douleur moins l'inllexible raison que la tendre amitié. Chero cousine il fa«t gémir, nous aimer, nous taire ; et , s'il se peut , effacer à force de vertus , une faute qu'on no répare point avec de» larmes. Ahl ma pauvre Chaillot !

i3(> LA NOUVELLE HÉLOISE.

XXXL 1 JULIE.

\) u K r. prodige du ciel es-tu donc , inconcevable .lulie! et par quel art , connu de toi seule , peuxta rassembler dans un cœur tant de mouvements incompatibles ? Ivre d'amour et de volapté . le mien nage dans la trislesse ; je soufire et languis de douleur au sein de la félicité suprême , et je me reproche comme un crime l'excès de mon boubenr. Dieu 1 quel tourment atfreux de n'oser se livrer tout entier à nul sentiment , de les combattre incessamment l'un par l'aiitre , et d'allier toujours l'araertiime au plaisir 1 il vaudroit mieux cent lois n'être que mi • t»érable.

Que me sert, bélas ! d'être heureux? ce ne sont plus mes maux mais les tiens que j'éprouve , et ils ne m'en sont que plus sensibles. Tu reux eu vain me cacher tes peines ; je les lis malgré toi dans la langueur et l'abattement de tes veux : ces yeux touchants peuvent-ils dérober quelque secret à l'amour .•* Je vois , je vois, sous une apparente sérénité, les déplaisirs cachés qui t'assiègent ; et ta tristesse , Toiiée d'un doux sourire , n^en est que plus amere à mon cœur.

Il n'est plus temps de me rien dissimuler : j'étois i hier dans la chambre da ta mère, elle me quitte uuij moment ; j'entends des gémissements qui me pcr-i cent l'ame: pouvois-jc à cet effet méconnoître leuri, cjurce.' Je m'appro-^he du lieu d'où ils serablenti*

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