PREMIERE PARTIE. iSf
bontés. Pour moi, je les erubrassois avec un léger serrement de cœur, tandis qu'au dedans de luimême ce cœur inf;;rat et dénaturé pétilloit d'une odieuse joie. Hélas! qu'est devenu ce temps heureux oa je menois incessamment sous leurs yeux une vie innocente et sage, où je n'étois bien que contre leur sein , et ne pouvois les quitter d'un seul pas sans déplaisir? Maintenant, coupable et craintive , je tremble en pensant à eux; je rougis en pensant à moi ; tous mes bons sentiments se dépravent, et je me consume en vains et stériles regrets que n'anime pas même un vrai repentir. Ces ameres réilexions m'ont rendu toute la tristesse que leurs adieux ne m'avoient pas d'abord donnée. Une secrète angoisse étouffoit mon ame après le départ de ces cliers parents. Tandis que Babi faisoit les paquets , je suis entrée macliinalement dans la chambre de ma mère; et voyant quelques unes de ses hardes encore éparses, je les ai toutes baisées l'une après l'autre, en fondant en larmes. Cet état d'attendrissement m'a un peu souLigée, et j'ai trouvé quelque sorte de consolation à sentir que les doux mouvements de la nature ne sont pas toutà-fait éteints dans mon cœur. Ah tyran, tu veux en valu l'assrrvir tout entier, ce tendre et trop foible cœur; malgré foi, malgré tes prestiges, il lui reste au moins des sentiments légitimes , il res-; perte et chérit encore des droits plus sacrés que les tiens.
Pardonne, <> mon doux ami, ces mouvciuents involontaires, et ne crains pas que j'étende ces réflexions aussi loin qi?e je le dcvrois. Le moment de
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t58 la nouvelle HÉLOISE.
nos jonrs peut-être où notre amour est le plus en liberté n'est pas , je le sais bien, celui des regrets; je ne veux ni te cacher mes peines, ni t'en accabler; il faut que tu les connoisses , non pour le» porter, mais pour les adoucir. Dans le sein de qui les «'-panclierois-je , si je n'osois les verser dans le tien ? N'es-tu pas mon tendre consolateur ? N'est-ce pas toi qui soutiens mon courage ébranlé? ]S'est-ce pas toi qui nourris dans mon ame le goût de la Tcrtu, même après que je l'ai perdue? Sans toi, sans celte adorable amie dont la main compatissante essuya si souvent mes pleurs, combien de fois i n'eusse- j e pas déjà succom oé sous le plus mortel abattement! Mais vos tendres soins me soutiennent ; je n'ose m'avilir tant que vous m'estimez encore, et je me dis avec complaisance que vous ne m'aimeriez pas tant l'un et l'autre, si je n'étois digne que de mépris. .Te vole dans les bras de cette chère cousine, ou plutôt de cette tendre sœur, déposer au fond de son cœur une importune tristesse. Toi, viens ce soir achever de rendre au mien la joie et la sérénité «jn'il a perdues.
J iON, Julie, il ne m'est pas possible de ne le voir chaque jour que comme je t'ai vue la veille : il faut que mon amour s'augmente et croisse incessamment ■ avec tes charmes, et tu m'es une source inépuisable I