‹ JulieChapitre 80 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de cela ils s'aiment et seront unis ; ils sont pauvres et seront aidés; ils sont honnêtes ■ p^ens et pourront <r)atinuer de Fétre ; car mon père a promis de j)ieudre soin de leur établissement. Que de biens in as procurés à eux et à nous par ta complaisance, SUIS parler du compte que je t'en, dois tenir! Tel p^t, mou ami, l'effet assuré des sacrifices qu'eu fait :i la vertu: s'ils coûtent souvent à faire, il est toujours doux de les avoir faits , et Tou u'a jamais vu personne se repentir d'une boune action.

Te me doute bien qu'à l'exemple dt* l'inséparable 1 il m'appelleras aussi la prêcheuse , et il est vrai que j< ne faLs pas mieux ce que je dis que les gens du .•iKtier. Si mes sermons ne valent pas les leurs, au moins je vois avec plaisir qu'ils ne sout pas comme <iix jetés au vent. Je ne m'en défends point, mou iiinable ami; je voudrois ajouter autant de vertus .iiix tiennes qu'un fol amour m'en a faii perdre ; et , îM- pouvant plus ra'estim«r uioi- même , j'aime à tn'cstimer encore en toi. De ta part il ne s'agit que <l aimer parfaitement, et tout viendra comme de lui-même. Avec quel plaisir tu dois voir augmenter sans cesse les dettes que l'amour s'oblige à payer !

Ma cousine a su les entretiens que fu as eus avec son père au sujet de M. d'Orbe; elle y est aussi sensible que si nous pouvions, en of lices de l'amitié , n'être pas toujours en reste avec elle. Mon Dieu! mon ami, que je suis une heureuse fille I que je suis aimée! rt que je trouve charmant de l'être! Prie, nicrc, amie, amant, jai beau rliérir tout ce (jiii m'iiiviroune, jr me trouve luiijuiirs ou prévenue ou surpassée : il semble que tous les plus

jn-i LA NOUVELLE HÉLOISE. doux sentimeuts da monde yieanent sans cesse eherclier mon ame , et j'ai le regret de n'en avoir qu'une pour jouir de tout mon bonheur.

J'oubliois de l'annoncer une visite pour demain matin: c'est niylord Homston qui vient de Genève oh il a passé sept ou huit mois. Il dit l'avoir vu à Sion à son retour d'Italie. Il te trouva fort triste , et parle au surplus de toi comme j'en pense. Il fit hier ton éloge si bien et si à propos devant mon père, qu'il m'a tout-à-fait disposée à faire le sien. En effet j'ai trouvé du sens, du sel, du (ea. ^ dans sa conversation. Sa voix s'élève et son œil s'anime au récit des grandes actions , comme il arrive aux hommes capables d'en faire. Il parle aussi avec intérêt des choses de goût, entre autres de la musique italienne qu'il porte jusqu'au sublime; je croyois entendre encore mon pauvre frère. Au surplus il met plus d'énergie f|ue de grâce lians ses discours, et je lui trouve même l'esprit un peu réche (i). Adieu, mon ami.

J K n'en étois encore qu'à la seconde lecture de ta lettre quand Hivlord Edouard humstuu est entré.

(i) Tenue du pays, pris ici métaphoriquement. Il signifie au propre uuo surface rude ati loucher, et qui' cause un frissonnement désagréable en v passant la main, comme celle d'une brosse fort icrrée, ou du veiours d'Utrecbt.

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