‹ JulieChapitre 82 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

cœur , et qa'il dédaigne les petites bienséances , il ne laisse pas , ce me semble , d'être d'un commerce agréable. S'il n'a pas cette politesse réservée et circonspecte qui se règle uniquement suç- l'extérieur , et que nos jecines ofilciers nous apportent de France , il a celle de rbumanité, qui se pique moins de distinguer au premier coup-d'oeil les états et les rangs, et respecte en générai tous les hommes. Te l'avouerai-j e naïvement ? La privation des grâces est nn défaut que les femmes ne pardonnent point , même au mérite; et j'ai peur que Julie n'ait été femme une fois en sa vie.

Puisque je suis en train de sincérité , je te dirai lîncore , ma jolie prècbeuse, qu'il est inutile de vouloir donner le change à mes droits, et qu'un amour affamé ne se nourrit point de sermons. Songe , songe aux dédommagements promis et dus : car toute la morale que tu m'as débitée est fort bonne ; macs , quoi que tu puisses dire , le chalet valoit encure mieux.

XL V I, D F. j u r. I K.

XXk. bien donc , mou ami , toujours le chalet ; l'histoire de ce chalel te pesé iurieusemcnt sur le coeur ; cl je vois bien qu';"i la mort ou à la vie il faut te faire raisuri du chalel. Mais des lieux où tu ne fus jamais te sont-iU si chers qu'on ne paisse t'en dcd<>iiii)i;«gKr ailleurs.^ el l'Amour, (|ui lit le palais d'Armidc au fond d'un dcsert, uu Muiuil-il nuu*

i-ji) LA NOUVELLE HÉLOISE.

faire un chalet à la ville ? Ecoute : on va marier ma Fanchon; mon pt-re , qui ne hait pas les fîtes et l'appareil , veut lui faire une noce où nous serons tons : cette noce ne manquera pas d'rtre tumultueuse. Quelquefois le mrstere a su tendre son voile au sein de la turbulente joie et du fraras des festins : tu m'entend» , mon ami ; ne stToit-il pas doux de retrouver dans l'effet de nos soins les plaisirs qu'ils nous ont coûtés?

Tu t'animes, ce me semble, d'un zèle assez superflu sur r.'ipologie de mylord Edouard , dout je «ais fort éloignée de mal penser. D'ailleurs , comment jugeroiâ-je un homme que je n'ai vu qu'une après raidi ? et comment en pourrois-tu juger toimême sur une connoissance de quelques jours.** je n'en parle que par conjecture, et tu ne peux guère être plus avance; car les propositions f{u'il t'a f;iites sont de ces offres vagues dont un air de puissance et la facilité de les éluder rendent souvent les étrangers proiliguts. ÎNlais je recounois t( s vivacités ordinaires et combien tu a> de penchant à te prévenir pour ou contre les gens [)resque à la première vue : cependant nous exaniiaerous à loisir les arrangements qu'il t'a pro])osés. Si l'amour favorise le projet fjui m'occupe , il s'en présentera jjeutétre (le meilleurs pour nous; ô mon bon ami ,' hi patience est amere , mais son fruit est doux.

Pour revenir à ton Anglois, je t'ai dit qu'il mé paroissoit avoir l'anie gr.indc et forte , et plus de lumières que d'agréments dans l'esprit. Tu dis »r peu-près la même chose ; et puis , avt-c cet air de supi'riuritc ma'iculiue qui n'ahaudonue point îî<JI

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