‹ JulieChapitre 84 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

à souper: l'un est mylord Edouard ; l'autre est un sage dont la gravité s'est quelquefois un peu dérangée aux pieds d'une jeune écoliere ; ne le connoîtriez-vous point ? Exliortez-le , je vous prie , à tâcher de '-artler demain le décorurn philosophique un peu mieux qu'à son ordinaire ; j'aurai soin d'avertir aussi la petite personne de baisser les yeux , et d'être aux sieus le moins jolie qu'il se pourra.

• iS li . ^■ii X L V 1 1. A J u T. t K.

JTlh mauvaise! est-ce là la circonspection que lu m'avois promise? est-ce ainsi que tu ménages mou eœur et voiles tes attraits? Que de contraventions à tes engagements ! Premièrement ta parure, car ta n'en avols point,, et tu sais bien que jamais lu n'es si dangereuse ; secondement , ton mainTiien si doux., si modeste , si propre à laisser remarquer à loisir toutes Us grâces. Ton parler plus rare, plus réfléchi , plus spirituel encore qu'à l'ordinaire , qui nous reudoit tous plus attentifs , et làlsoit voler l'oreille et le cœur au-devant de chaque mot. Cet ;iir que tu chantas à demi-voix , pour donner encore plus de douceur. à ton elmat , et. qui, bien que François, f)liit à injlord Eiloii;n-d mém". i On regard timide et tes ycnx bais.<<és , dont lea éclairs inattendus me jet()i«;nt dans nu trouble inévitable. Enfin , ce je ne sais quoi d'iucxprimalde , t:'cnchauteur , que tu •cinblois avoir répandu sur toute ta personne pour faire tourner la lèic à tout le ninnd<-,saus paroîtrc

i8o I.A NOUVELLE HÉLOISE.

même y songer. Je ne sais, pour moi, comment tu t'y prends; mais si telle est ta manière d'être jolie le moins qu'il est possible, je t'avertis que c'est l'être b«aucoup plus qu'il ne faut pour avoir des sages autour de soi.

Je crains fort que le pauvre philosophe anglois n'ait un peu ressenti la même influence : après avoir reconduit ta cousine , comme nous étions tous encore fort éveillés , il nous proposa daller chez lui faire de la musique et boire du punch , Tandis qu'oa rassembloit ses gens, il ne cessa de nous parler de toi avec un feu qui me déplut ; et je n'entendis ]ias ton éloge dans sa bouche avec autint de plaisir q-ue tu avois entendu le mien. En général j'avoue que je n'aime point que personne , excepté ta cousine , me parle de toi ; il me semble que chaque mot m'ôte une partie de mon secret ou de mes plaisirs ; et, quoi que l'on puisse dire , on y met un intérêt si suspect , ou l'on est si loin de ce que je sens , que je n'aime écouter là-dessus que moi-même.

Ce n'est pas que j'aie comme toi du penchant à la jalousie : je connois mieux ton ame ; j'ai des garants qui ne me permettent pas même d'imaginer ton changement possible. Après tes assurances, je ne te dis plus rien des autres prétendants ; mais celui-ci , Julie !... des conditions sortables... le^ préjugés di' ton perc... Tu sais bien qu'il s'agit de ma vie ; daigne donc me dire un mot là -dessus : na mot de Julie, et je suis tranquille à jamais.

.T'ai passé la nuit à entendre ou exécuter de la musique italienne, car il s'est trouvé des duo, et il a fallu hasarder d'y faire ma partie: je n'ose te par-

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