‹ JulieChapitre 85 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

îer encore de l'effet qu'elle a produit sur moi ; j'ai peur, j'ai peur que l'impression du souper d'hier ne se soit prolongée sur ce que j'entendois , et que je n'aie pris reflet de tes séductions pour le charme de la musique. Pourquoi la même cause qui me la pf'ndoit ennuyeuse à Sion ne pourroit-elle pas ici liif la rendre agréable dans une situation contraire ? ^ es-tu pas la première source (ie toutes les affections de mon ame ? et suis-je à l'épreuve des prestiges de ta magie? Si la musique eiit réellemejit proliiit cet enchantement , il eût agi sur tous ceux qui '< iitendoient ; mais tandis que ces chants me teloient en extase , M. d'Orbe dormoit tranquillement dans un fauteuil, et , au milieu de mes trans- )i)rts, il s'est contenté pour tout éloge de demanicr si la cousine savoit l'italien.

Tout ceci sera mieux éclairci demain ; car nous ivons pour ce soir un nouveau rendez-vous de muique : raylord veut la rendre complète , et il a -nandé cie Lausanne un second violon qu'il dit ctre issez entendu. Je porterai de mon côté des «cènes , les cantates françaises, et nous verrons.

En arrivant chez moi j'étois d'un accablement jue m'a donné le peu d'habitude de veiller, et qui .e perd en t' écrivant ; il faut pourtant tâcher d« lormir quelques heures. Yiens avec moi , ma douce imie , ne me quitte-point durant mon sommeil ; nais soit «[ue Ion image le trouble ou le lavorise, w)it(|n'il m'offre ou non les noces de la Kanchon, m instant délicieux qui ne peut ra'échapper et |u'il inc prépare, c'est le sentiment de mon bon» leur nu rcveil.

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i8a LA NOUVELLE HléLOISE.

XL VI IL i jLLiK.

zV-h! ma Julie, qu'ai-je entendu? Quels sons ton chants ! quelle musique ! quelle source délicieuse de sentiments et de plaisirs ! Ne perds pas un nio ment ; rassemble avec soin tes opéra, tes cantates, ta musique française , fais un grand feu bien ardent , jette-s-y tout ce fatras , et l'attise avec soin, alin que tant de glace puisse v brûler et drmiicr de la chaleur au moins une fois. Fais ce sacrifice propitiatoire au dieu du goût, pour expier ion crime et le mien d'avoir" profané ta voix à cette lourde psalmodie , et d'avoir pris si long-temps pour le l.ingage du cœur un bruit qui ne fait qu'étourdir l'oreille. () que ton digne frère avoit raison ! Dans quelle étrange erreur j'ai vécu jusqu'ici snr les productions de cet art charmant ! je sentois" leur peu d'effet, et l'attribnois à sa foiblesse ; je disois: La musique n'est qu'un vain son qui peut l.'atter l'oreille et n'agit (ju'indirectement et légèrement sur l'ame: l'impression des accords est purement mécanique et physique ; qu'a-l-elle à faire au son timent ? d pourquoi devrois-je espérer d'être plus viveiuent touché d'une belle harmonie que d'un bel accord de couleurs? Je nappercevois pas dans les accents de la mélodie appliqués à ceux de la langnr le lien jinissantet secret des passions avec les sons je ne voyoispas qne l'imitation des tons divers dont le:* sentiments animent la voix parlante donne i

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