‹ JulieChapitre 86 sur 200 · PREMIERE PARTIE. tSS · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. tSS

sou tour à la voix chantante le pouvoir d'agiter les cœurs , et que l'énergique tableau des mouvements (le l'ame de celui qui se fait entendre est ce qui fait le vrai chatme de ceux qui l'écoutent.

C'est ce que me lit remarquer le chanteur de my- \irrd , qui, pour un musicien, ne laisse pas déparier iv>ez]jien de son art. L'harmonie, me disoit-il , I.' est qu'un accessoire éloigné dans la musique iinilaiive; il n'y a dans l'harmonie proprement dite ciucuu principe d'imitation. Elle assure, il est vrai, les intonations; elle porte témoignage de leur justesse, et rendant les modulalions plus sensibles, elle ajoute de l'énergie à l'expression, et de la grâce au chant. Mais c'est de la seule mélodie que sort cette puissance invincible des accents passionnés ; c'est d'elle que dérive tout le pouvoir de la musique sur l'ame. Formez les plus savantes successions d'accords sans mélange d i mélodie , vous serez cnnoyés au bout d'un (piart-d'heure. J3e beaux chants sans aucune harmonie sont loag-temps à l'épreuve de l'ennui. Que l'accent du sentiment anime les chants les plus simples , ils seront intéressants. Au contraire, une mélodie qui ne parle point chante toujours mal, et la seule harmonie n'a jamais rien su dire au cœur.

C'est eu ceci , continuoit-il , que consiste l'erreur des Français sur les forces de la musique. N'ayant et no pouvant avoir nue mélodie à eux dans une Liugue qui n'a ])oiut d'accent , et sur une poésie maniérée (jui ne connut jamais la nalur»;, ils n'imaginent d'«'lfels que ceux d«' riiarmonic et des éclat.s de voijL, qui ne rcuduul pu^ les sous plus luélu-

j84 la nouvelle HÉLOISE.

dleui: mais plus bruyants ; et ils sont si malheureux dans leurs prétentions , que cette harmonie même qu'ils cherchent leur échappe ; à force de la vouloir charger ils n'y mettent plus de choix, ils ne coniioi.ssent plus les choses d'effet, ils ue font plus que du remplissage; ils se gâtent l'oreille, et ne sont plus sensibles qu'au bruit ; en sorte que la plus belle voix pour eux n'ett que celle qui chante le plu» fort. Aussi, fanle d'un genre propre, n'ont-ils ja-, mais fait que suivre pesamment et de loin nos modèles ; et depuis leur célèbre Luiii , ou plutôt le nôtre \ qui ne fit qu'imiter les opéra dont l'Italie çtoit déjà pleine de son temps, on les a toujours vus à la pis!;/; de trente ou quarante ans copier, gâler nos vieux auteurs, et faire à-peu-prés de notre musique comme les autres peuples font de leurs modes. Quand ils se vantent de leurs chansons c'est leur propre coudamnation qu'ils prononcent; s'ils savoient chanter des senlimeuts, ils ne chnnteroiont pas de l'esprit : mais parceque leur musique n'exprime rien , elle est plus propre aux chansons qu'aux opéra ; et jjarceque la nôtre ea« tonte passionnée , elle est plus propre aux opéra qu'aux chansons.

Ensuite m'avant récité sans chant quelques scènes | ' italiennes, il me fit sentir les rapports de la mu- i' siqiîc à la parole dans le récitatif, de la musique au sentiment dans les airs , et par-tout l'énergie que la mesure exacte et le choix des accords ajoutent à l'expression. Enfin après avoir joint à la connoissance que j'ai de la langue la meilleure idée qu'il me fut possible de l'accent oratoire et pathétique,

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