CINQUIÈME PARTIE. 4SI
prficis de leurs iiai'ssnnci'S, l'objection se fùl tournée en preuve. Uissons, je vous prii-, Loules ces subliliLi^s, et nous en tenons à J'obEerviition. Ellu nous apprend qu'il y a des carailèiea qui s'annon- ^Jit presque i^ii iiuiâsiinl, et dcsuiirunU qu'on peut Ëludicrsurle sein fde Iput nourrice. Ccii-X-Iù lent une classe a pni't et s'élèvent eu coin- 'ineuçant de vivre ; mais quant aux autres qui se déveloj^pent nioins Inite, vouloir fonner leur esprit avant de le connollre, c'est s'exposer 1^ gâter le bien que la ii^ilure a rdil, et à Faire plus mal à sa pi o. ItIuIod vuli'e miiîlrc ne snulenoil-il |)as que tout le savoir liuinain, TOUte la plulosupliie ne pouvoit tirer d'ujie âme humaine que ce que Pu nalure ^ avoit mis, comme toutes les opèralions cliîmiques n'ont jiimois tiré d'aucuu iiiiile qu'aulaut d'or qu'il en conlenoil déjà? wla n'e^t vrai ni de nos sentiments ni de nos idées ; mais cela est {Uni de nos dispositions ù les acipièi'ir. Pour danger un esprit, il ifaidroit cliauger l'organisation inlérieure ; pour changer un carac- {tére, il faudrait changer le tempérament dont il dépend. Avez-vous .^mais oui dire qu'un emporté soit devenu flegmatique, et qu'an esprit méthodique et froid ait acquis de l'imagination 7 Pour moi, je '^uve qu'il serolt tout aussi aisé de faire un blond d'un brun, et d'un Ùt un homme d'esprit. C'est donc en vain qu'on préiendoil refoudre i^es divers espiils sur un modèle eoinmim. On pjul les tontmindre et l&on les clianger : on peut empêcher les hommes de se montrer tels
S'ils sont, mais non les faire devenir autres ; et, s'ils se déguisent is le cours ordinaire de la vie, vous les verrez dans loules les occat^ons imporlaules reprendre leur caractère originel, et s'y hvrer llvec d'autant moins de règle qu'ils n'en cannoissent plus en s'y liiVrant. Encore une fois, il ne s'agit point de changer le caraclére et l-it plier le naturel, mais au contraire de le pousser aussi loin qu'il i^ut aller, de le cultiver, et d'empéeher qu'il ne dégénère ; car c'est tÛisî qu'un homme devient tout ce qu'il peut Être, et que l'ouvrage lÏB la nalure s'acliévc en lui par l'éducalion. Or avant de cuUivcr le IjMrsclère il faut l'étudier, attendre paisiblement qu'il se montre, lui tlbomir les occasions de se moulrer, et toujours s'abstenir du rien
Ëplutûl que d'agir mal h propos. A Ici génie il faut douner des , il d'autres des entraves-, l'un veut être pressé, l'auli-e retenu; ... veut qu'on le llatle, et l'autre qu'on riiitimide : il faudrait tan- |j[0t éclairer, taiilût ahrutir, Tul homme est fait pour porter la con- Naissance humaine juâiju'à son dernier terme; à tel autre il est Pllme funeste de savoir Ure. Attendons la première étincelle de la 'inîsou ; c'est elle qui fait sortir le caractère et lui donne sa véritable
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forme; c'est par elle aussi qu*on le cultive, et il n'y a point avant la raison de véritable éducation pour Thomme.
Quant aux maximes de Julie que vous mettez en opposition, je ne sais ce que vous y voyez de contradictoire : pour moi je les trouve pai-faitement d'accord ; chaque homme apporte en naissant un caractère un génie et des talents qui lui sont propres. Ceux qui sont destinés à vivre dans la simplicité champêtre n'ont pas besoin, pourèlre heureux, du développement de leurs facultés, et leurs talents enfouis sont comme les mines d'or du Valais que le bien puMic ne permet pas qu'on exploite. Hais dans l'état civil, où Ton a moins besoin de bras que de tètes, et où chacun doit compte à soi-même et aux autres de tout son prix, il importe d'apprendre à tirer des hommes tout ce que la nature leur a donné, à les diriger du côté où ils peuvent aller le plus loin, et surtout à nourrir leurs inclinations de tout ce qui peut les rendre utiles. Dans le premier cas, on n'a d'égard qu'à r espèce, chacun fait ce que font tous les autres ; l'exemple est la seule règle, l'habitude est le seul talent, et nul n exerce de son âme que la partie commune à tous. Dans le second, on s'applique à l'individu, à Ihomme en général ; on ajoute en lui tout ce qu'il peut avoir de plus qu'un autre: on le suit aussi loin que la nature le mène ; et Ton en fera le plus grand des hommes s'il a ce qu'il faut pour le devenir. Ces maximes se contredisent si peu, que la ptatique en est la môme pour le premier âge. N'instruisez point l'enfant du villageois, car il ne lui convient pas d'être instruit. N'instruisez pas l'enfant du citadin, car vous ne savez encore quelle instruction lui convient. En tout état de cause, laissez former le corps jusqu'à ce que la raison commence à poindre ; alors c'est le moment de la cultiver.
Tout cela me paroîtroit fort bien, ai-je dit, si je n'y voyois un inconvénient qui nuit fort aux avantages que vous attendez de cette méthode ; c'est de laisser prendre aux enfants mille mauvaises habitudes qu'on ne prévient que par les bonnes. Voyez ceux qu'on abandonne à eux-mêmes; ils contractent bientôt tous les défauts dont l'exemple frappe leurs yeux, parce que cet exemple est commode à suivre, et n'imitent jamais le bien, qui coûte plus à pratiquer. Accoutumés à tout obtenir, à faire en toute occasion leur indiscrète volonté, ils deviennent mutins, têtus, indomptables... Mais, a repris M. de Wolmar, il me semble que vous avez remarqué le contraire dans les nôtres, et que c'est ce qui a donné lieu à cet entretien. Je l'avoue, ai-je dit, et c'est précisément ce qui m'étonne. Qu'a-t-elle
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lait pour Iw rendre dociles? cominenl s'y est-elle prise? qu'a-t-elle substitué au joug de la discipline ? Un joug bien plus inflexible, a-t-il dit à l'instanl, celui de la néccssilÉ. Miiis, en tous délai!l>nnt lia conduile, elle vous fera oiieuï entendis ses vues. Alors il l'a engagée à m'eïpliquer sa mélhoda ; et, après une courle pause, voici à peu près comme elle m'a parlé.
Heureux les enranlB bien nés, roon aimable ami ! Je ne présume pas autant de nos soins que il. de Wolmar. Malgré ses maximes, je doute qu'on puisse jamais tirer un bon parti d'un mauvais r.ai3clère, et que tout naturel puisse ëlre tourné à bien : mais, au surplus, convaineue de la bonté de sa méthode, je tâche d'y conformer en tout ma conduite dans le guuvernejiient de la famille, tta première cspé' rance est que des méchants ne seront pas sortis de mon sein ; la seconde est d'élever assez bien les enf^ints que Dieu m'a donnés, sous la direction de leur père, pour qu'ils aient un jour le boniicur de lui ressembler. J'ai tâcjjé pour cela de m'approprier le ^ régies qu'il m'a prescrites, en leur donnant au principe moins pliilosophique et plus convenable à l'amour maternel ; c'est de voir mes enfants lieureui. Ce fut le premier vœu de mon cœur en portant le doui nom de mère, et tous les soins de mes jours sont destinés fi l'accomplir. La première fais que je tins mon fils aine dans mes bras, je songeai que l'enfance est presque un quart des plus longues vies, qu'on parvient rarement aux trois autres quarts, et que c'est ime bien cruelle {vudence de rendre cette première portion malheureuse pour assurer le bonheur du reste, qui peut-être ne viendra jamais. le songeai que, durant la foiblesse du premier âge, la nature assujettit les enfanls de tant de manières, qu'il est bari)are d'ajouter è cet assujettissement l'empire de nos caprices en leur Ctaiil une tiberté si bornée et dont ils peuvent si peu abuser. Je résolus d'épargner aunùen toute contrainte autant qu'il seroit possible, de lui laisser tout l'usago de ses petites Torces, et de ne gêner en lui nul des mouvements de la natui'e. J'ai déjà gagné à cela deux grands avantages: l'un, d'écarter de son âme naissante le mensonge, la vanité, la colère, l'envie, en un mot tous les vices qui naissent de l'esclavage, et qu'on est contraint de lomenler dans les enfants pour obtenir d'eux ce qu'on en exige; l'autre, de laisser forti H er librement Eon corps par l'eiiercice continuel que l'instinct lui demande. Accoutumé tout comme les paysans à courir tète nue au soleil, su froid, b, s'essoufller, à se mettre en sueur, il s'endurcit conmie eux aux injures de l'air, et se rend plus robuste en vivant plus conteut. C'e&i.
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le cas de songer à l'âgé dliomme et aux accidents de rhumanilé. Je vous Pai déjà dit, je crains cette pusillanimité meurtrière qui, à force de délicatesse et de soins, arToiblil, crTémine un enfant, le tourmente par une étemelle contrainte, lenchaîne par mille ^"aines précautions, enfm Texpose pour toute sa vie aux périls inévitables dont elle veut le préserver un moment, et, pour lui stiuver quelques rlmmes dans son enfance, lui prépare de loin des (luxions de poitrine, des pleurésies, des coups de soleil, et la mort étant grand.
Ce qui donne aux curants livrés à eux-mêmes la plupart des défauts dont vous parliez, c'est lorsque, non contents de faire leup propre volonté, ils la font encore faire aux autres, et cela par Tinseusée indulgence des mères à qui Ton ne complaît qu'en servant toutes les fautaisies de leurs enfants. Blon ami, je me flatte que vous n'avez rien vu dans les miens qui sentit l'empire et l'autorité, même avec le dernier domestique, et que vous ne m'avex pas vue non plus applaudir en secret aux fausses complaisances qu'on a pour eux. C'est ici que je crois suivre une route nouvelle et sûre pour rendre à la fois un enfant libre, paisible, caressant, docile, et cela par un moyen fort simple, c'est de le convaincre qu^il n'est qu'un enfant.
A considérer l'enfance en elle-même, y a-t-il au monde un être plus foible, plus mibcrable, plus à la merci de tout ce qui l'environne, qui ait si grand besoin de pitié, d'amour, de protection, qu'un enfant? Ne seuible-t-il pas que c'est pour cela que les premières voix qui lui sont suggérées par la nature sont les cris et les plaintes; qu'elle lui a donné une figure si douce et un air si louchant, afin que tout ce qui rapproche s'intéresse à sa foiblesse et s'empresse à le secourir? (ju'y a-t-il donc de plus choquant, de plus contraire à l'ordre, que de voir un enfant, impérieux et mutin, commander à tout ce qui Tentoure, prendre impudemment un ton de maître avec ceux qui n'ont qu'à l'abandonner pour le faire périr, et d'aveugles parents, approuvant cette audace, l'exercer à devenir le tyran de sa nourrice, en attendant qu'il devienne le leur ?
Quant à moi, je n'ai rien épargné pour éloigner de mon fils la dangereuse image de l'empire et de la servitude, et pour ne jamais lui donner lieu de penser qu'il fût plutôt servi par devoir que par pitié. Ce point est pcut-.ôtre le plus difficile et le plus important de toute réduciition; et c'est un détail qui ne finiroit point que celui de toutes les précautions qu'il m'a fallu prendre, pour prévenir en lui cet instinct si prompt à distinguer les services mercenaires des domestiques de la tendresse des soins maternels.
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L'un des principavix moyL'ns que j'ai employés a été, comme je vous l'ai dit, de le bien convaincre de l'impossibilité où le tient son e sans noire assbtance. Après quoi je n'ai pas eu peine h i lui montrer que tous les :ccours qu'on est forcé de recevoir d'aulrui I sont des nctes de dépendance ; que les domestiques nnt une vérilable F supériorité sur lui, en ce qu'il ne yiuroit se passer d'eu», tandis e leur est bon à rieji; de sorte que, bien loin de tirer vanité l^de leurs services, il les reçoit avec une sorte d'Iiumiliulion, comme : émoignage de sa foiblesse, et il aspire ardeimnetit uu temps où ki[ sera assez grand et assez lort pour avoir l'houneur de se servir "lui-même.
Ces idées, ai-je dit, seroienl dilllciles à établir dans des maisons où le père et h mère se font servir comme des enfants ; mais dans ceDe-ci, où diacun, à commencer par vous, a ses fonctions à renK ptir, et où le rapport des valets aux maîtres n'est qu'un édiauge perpétuel de services et de soins, je ne crois pas cet établissement impossible. Cependant il me reste k concevoir comment des enfants accoutumés à voir prévenir leurs besoins n'élendent pas ce droit à leurs funtuisies, ou comment ils ne souffrent pas quelquefois de riiumcur d'un domestique qui traitera de fantaisie un véritable besoin.
Hon ami, a repris madame de Wolmar, une mère peu éclairée se fait des monstres de tout. Les vrais besoins sont très-bornés dans les enfimls comme dans les hommes, et l'en doit plus regarder h la durée du bien-être qu'au bien-être d'un seul moment. Peusuz-vous qu'un enfant qui n'est point gêné puisse assez souffrir de l'humeur de sa gouvernante, sous les yeux d'une mère, pour en être incommodé? Vous supposez des inconvénients qui naissent de vices déjà contractés, sans songer que tcus mes soins ont été d'empédier ces vices de naître. Naturellement les femmes aimenl les enfants. La inésintclligcnce ne s'élève enire cm que quand l'un veut assujettir l'autre à ses caprices. Or cela ne peut arriver ici, ai sur l'enfant dont on n'exige rien, ni sur lu gouvernante à qui Tenfaut n'a rien h eoDunaoder. l'ai suiii en cela tout le contre-pied des autres mères, qui fout semblant de vouloir que l'enfant obéisse au doniealique, et ?Eulenl en effet que le donii^sliquc obéisse à l'enfmit. Personne ici ne •conunaade ni n'obéit ; mais l'enfant n'obtient jamais de ceux qui Ifapproclient qu'autant de complaisance qu'il en a pour eux. Par là, jKittaDt qu'il n'a tur tout i^e qui l'environne d'autre autorité que delà bienveillance, il se rend docile et complaisant; en cher-
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chant à s'attacher les cœurs des autres, le sien s'attache à eux à son tour : car on aime en se faisant aimer, c'est Tinfaillible effet de l'amour-propre ; et de cette affection réciproque, née de Tégalité, résultent sans effort les bonnes qualités qu'on prêche sans cesse à tous les enfants, sans jamais n'en obtenir aucune.
J'ai pensé que la partie la plus essentielle de l'éducation d'un enfant, celle dont il n'est jamais question dans les éducations les plus soignées, c'est de lui bien faire sentir sa misère, sa foiblesse, sa dépendance, et, comme vous a dit mon mari, le pesant joug de la nécessité que la nature impose à l'homme ; et cela, non-seulement afin qu'il soit sensible à ce qu'on fait pour lui alléger ce joug, mais surtout aûn qu'il connoisse de bonne heure en quel rang Ta placé la Providence, qu'il ne s'élève point au-dessus de sa portée, et que rien d'humain ne lui semble étranger à lui.
Induits dés leur naissance par la mollesse dans laquelle ils sont nourris, par les égards que tout le monde a pour eux, par la facilité d'obtenir tout ce qu'ils désirent, à penser que tout doit céder à leurs fantaisies, les jeunes gens entrent dans le monde avec cet impertinent préjugé, et souvent ils ne s'en corrigent qu'à force d'humiliations, d'affronts et de déplaisirs. Or je voudrois bien sauver à mon fils cette seconde et mortifiante éducation, en lui donnant par la première une plus juste opinion des choses. J'avois d'abord résolu de lui accorder tout ce qu'il demanderoit, persuadée que les premiers mouvements de la nature sont toujours bons et salutaires. Mais je n'ai pas tardé de connoilre qu'en se faisant un droit d'être obéis les enfants sortoient de l'état de nature presque en naissant, et contracloient nos vices par notre exemple, les leurs par notre indiscrétion. J'ai vu que si je voulois contenter toutes ses fantaisies, elles croitroient avec ma complaisance ; qu'il y auroit toujours un point où il faudroit s'arrêter, et où le refus lui deviendroit d'autant plus sensible qu'il y seroit moins accoutumé. Ne pouvant donc, en attendant la raison, lui sauver tout chagrin, j'ai préféré le moindre et le plus tôt passé. Pour qu'un refus lui fût moins cruel, je l'ai phé d'abord au refus ; et, pour lui épargner de longs déplaisirs, des lamentations, des mutineries, j'ai rendu tout refus irrévocable. Il est vrai que j'en fais le moins que je puis, et que j'y regarde à deux fois avant que d'en venir là. Tout ce qu'on lui accorde est accordé sans condition dés la première demande, et l'on est très-indulgent là-dessus : mais il n'obtient jamais rien par importunité ; les pleurs et les flatteries sont également inutiles, li en est si convaincu, qu'il a cessé de les em-
CtHQVIÈHE PARTIE, «7
ployer; du premier mot il prend son parti, et ne se tourmente pas plus de voir fermer un cornet de bonbons qu'il voudroil manger, qu'envoler un oiseau qu'il voudroil tenir , car il &ent la mèine im- " ihlé d'aToir l'un el l'autre. Il ne voit rien dans ce qu'on lui ûte, sinon qu'il ne l'a pu g:irder, ni dans ce qu'on lui refuse, sinou qu'il n'a pu l'obtenir; el loin de battre la table coiilre laquelle il se blesse, il ne baltroit pas lii personne qui lui rosisle. Dans lout ce qui le cliii^rlne il si.'n[ l'empire de la iiécessiti;. l'elfel de sa propre fui- . blesse, jamais l'ouvrage du mauvais vouloir d'autrui... tlu moment! r dit-elle un peu vivement, voyant que j'aliois répondre ; je pressens ïotre objection ; j'j vais venir 4 l'instant.
Ce qui ndurrit les cridlleries des enfants, c'est l'attention qu'on ; fait, soit pour leur cédiT, soit pour les contrarier. Il ne leur Hiut quelquefois pour pleurer tout unjour, que s'apercevoir qu'on ne veut p;is qu'ils pleurent. Qu'on les Halle on qu'on les menace, les moyens qu'on prend pour les faire taire sont tous pernicieux et presque toujours sans elTet.. Tant qu'on s'occupe de leurs pleurs, c'est une raison pour eui de les continuer ; mais ils s'en corrigent bientôt qunnd ils voient qu'on n'y prend pas garde ; car, grands et petits, nul n'aime à prendre une peine inutile- Voila précisément ce qui est arrivé à mon aîné. C'éloit d'abord une petit criard qui étourdissoit lout le monde ; et vous êtes témoin -qu'on ne l'entend pas plus à présent dans la maison que s'il n'y avoit point d'enfant. Il pleure quand il suuflre : c'est la voix de la nature qu'il ne faut jamais contraindre ; mais il se tait à l'instant qu'il ne souffre plus. Aussi fais-je une Irès^rande adenlion à spb pleurs, bien siire qu'il n'en verse jamais en vain. Je gagne à cela de savo/r à point nommé quand il sent de la douleur et quand il n'en sent pas, qu.ind il se porte bien et quaml il est malade; avantage qu'on perd avec ceux qui pleurent par fi;iilaisie et seulement pour se faire apaiser. Au reste, j'avoue que ce point n'est pas facile à obtenir des nuujrices et d^s gouvernantes : car, comme rien n'est plus ennuyeux que d'entendre toujours lamenter un en- £int, el que ces lionnes ienimes ne voient jamais que l'inMnnl présent, elles ne songent pas qu'à faire taire l'enfant aiijoiird'liui il en pleurera demain davantage. Le pis est que l'i^slinalion qu'il couù-acle tire à conséquence dans un âge avancé. La même cause qui le rend criard h trois ans le rend niulin à douze, querelleur â vingt, impérieux à Irente, et insupportable toute sa vie.
Je viens maintenant à vous, me dit-elle en souriant. Dans tout ce qu'on acoiide aux enfants ils voient aisément le désir de leur corn-
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plaire ; dans tout ce qu'on en exige ou qu'on leur refuse ils doivent supposer des raisons sans les demander. G^est un autre avantage qu'on gagne à user avec eux d'autorité plutôt que de persuasion dans les occasions nécessaires : car, comme il n'est pas possible qu'ils n'aperçoivent quelquefois la raison qu'on a d'en user ainsi, il est naturel qu'ils la supposent encore quand ils sont hors d'état de la voir. Au conlraire, dès qu'on a soumis quelque chose à leur jugement, ils prétendent juger de tout, ils deviennent sophistes, subtils, de mauvaise foi, féconds en chicanes, cherchant toujours à réduire au sileàce ceux qui ont lu foiUcsse de s'exposer à leurs petites lumières. Quand on est contraint de leur rendre compte des choses qu'ils ne sont point en état d'entendre, ils attribuent au caprice la conduite la plus prudente, sitôt qu'elle est au-dessus de leur portée. En un mot, le seul moyen de les rendre dociles à la raison n'est pas de. raisonner avec eux, mais de les bien convaincre que la raison est au-dessus de leur âge : car alors ils la supposent du côté où elle doit être, à moins qu'on ne leur donne un juste sujet de penser autrement. Us savent bien qu'on ne veut pas les tourmenter quand ils sont sûrs qu'on les aime; et les enfants se trompent rarement là-dessus. Quand donc je refuse quelque chose aux mieux, je n'argumente point avec eux, je ne leur dis point pourquoi je ne veux pas, mais je fais en sorte qu'ils le voient, autant qu'il est possible, et quelquefois après coup. De cette manière ils s'accoutument à comprendre que jamais je ne les refuse sans en avoir une bonne raison, quoiqu'ils ne l'aperçoivent pas toujours.
Fondée sur le même principe, je ne souffrirai pas non plus que mes enfants se mêlent dans la conversation des gens raisonnables, el s'imaginent sottement y tenir leur rang comme les autres, quand on y soulfre leur baijil indiscret. Je veux qu'ils répondent modestement et en peu de mots quand on les interroge, sans jimais parler de leur Chef, et surtout sans qu'ils s'ingèrent à questionner hors de propos les gens plus âgés qu'eux, auxquels il doivent du respect.
En vérité, Julie, dis-je en Tinlerrompant, voilà bien de la rigueur pour une mère aussi tendre ! Pythagore n'étoit pas plus sévère à ses disciples que vous l'êtes aux vôtres. Non-seulement vous ne les traitez pas en hommes, mais on diroit que vous craignez de les voir cesser trop tôt d'être entants. Quel moyen plus agréable et plus sûr peuventils avoir de s'instruire que d'interroger sur les choses qu'ils ignorent les gens plus éclairés qu'eux ? Que penseroient de vos maximes les dames de Paris, qui trouvent que leurs enfants ne jasent jamais asseï tôt ni assez longtemps, et qui jugent de l'esprit qu'ils auront étant
CiBQUIÊJlE PARTIE.
^^gnnaspar les aoltises qu'ils débili?nt 'fiant jeunes? Wuiniar me dira que cela peut être bon dans un pays où le premier méiile est de bien babiller, et où l'on est dispensé de penser pourvu qu'on parle. Dais vous qui ïoulei faire à vos enfnnls un aarl si doux, comment accorderez-ïous tant de bonlieur avec (nnl de conlniînle? d que devient parmi toute celle gi^iie Va Uhcni que vous prélendez leur laisser?
Quoi donc? a-l-tUe repris â riiislant, »t-ce gêner leur liberté que de les emp^cber d'allenter !\ i:\ nùlre?elncsauroienl-ilsâtre heureux à moins que toute une compngniâ en silence n'admire lenrs puérilités? Ëfupèchons leur vanité L'e naiire, ou du moins arrétons-cn les progrés ; c'est là vraiment Irav.iillcr à leur félicité : car la vanité de l'honimL» est la source de ses plus grandes peines, et il n'y a personne de si parfait et de si fêté, à qui elle ne donne encore plus de cliagrins que de plaisirs'.
Que peut penser un enfant de lui-même, quand il voit autour de lui tout un cercle de gens sensés l'écouler, l'agacer, l'admirer, attendre avec un lâche empressement les oracles qui soricnl de sa bouche, et se récrier avec des relentiasements de joie à cliaque impertinence qu'il dit? La tète d'un homme auroil bien de la peine à tenir à loua ces laux applaiulisscmcnls ; jnsez de ce que dcviendrj la sienne! Il en est du babil des cnfanls comme des prédictions des . almanachs. Ce seroit un prodige si, sur tant de vaines paroles, le hasard ne foumissoit jamais une rencontre heureuse. Imaginez ce que (ont alors les exclamations de la flatterie sur une pauvre mère déjà trop abusée par son propre cœur, et surun enfant qui ne sait ce qu'il dit et se voit célébrer ! tic pensez pas que pour démêler l'erreur je m'en garantisse ; non ; je vois la faute, et j'y tombe : mais si i'admtre les reparties de mon Qls, au moins je les admire en secret ; il n'apprend point, en me les voyant applaudir, à devenir babillard et vain; et las llatleurs, en me les faisant répéter, n'ont pas le plaisir de rire de ma foiblesse.
Un jour qu'il noua éloit venu du monde, élanl allée donner quelques ordres, je vis en rentrant quatre ou cinq grands nigauds occupés h jouer avec lui., et s'apprétant à me raconter d'un air d'empliase je ne sais combien de gentillesses qu'ils venoient d'entendre, et dont ils R'mbloient tout émerveillés. Messieurs, leur dis-je assez fioidi'inent, je ne doute pas que vous ne sachiez faire dire à des ma-
* Si inmais la vonili! fil quelqua lieureiu du II terre. I coup sûr cet heureus-1* n'éloil q'i'un ni.
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rionncifes de fort jolies choses; mais j'espère qu'un jour mes enfants seront hommes, qu'ils agiront et parleront d'eux-mêmes, et alors j'apprendrai toujours dans la joie de mon cœur tout ce qu'ils auront dit et fait de bien. Depuis qu'on a tu que celle manière de faire sa cour ne prenoit pas, on joue avec mes enfants conune avec des enfanls, non comme avec l'olichinelle; il ne leur vient plus de compère, et ils en valent sensiblement mieux depuis qu'on ne les admire plus.
A l'égard des questions, on ne les leur défend pas indistinctement : je suis la première à leur dire de demander doucement en particulier à leur père ou à moi tout ce qu'ils ont besoin de savoir ; mais je ne souffre pas qu'ils coupent un entretien sérieux pour occuper tout le monde de la première impertinence qui leur passe par la tète. L'art d'interroger n'est pas si facile qu'on pense : c'est bien plus Fart des mailres que des disciples ; il faut avoir déjà beaucoup appris de choses pour savoir demander ce qu'on ne sait pas. Le savant sait et s'enquiert, dit un proverbe indien ; mais l'ignorant ne sait pas même de quoi s'enquérir*. Faute de cette science préliminaire, les enfants en liberté ne font presque jamais que des questions ineptes qui ne servent à rien, ou profondes et scabreuses, dont la solution passe leur portée ; et puisqu'il ne faut pas qu'ils sachent tout, il importe qu'ils n'aient pas le droit de tout demander. Voilà pourquoi, généralement parlant, ils s'instruisent mieux par les interrogations qu'on leur tait que par celles qu'ils font eux-mêmes.
Quand cette méthode leur seroit aussi utile qu'on croit, la première et la plus importante science qui leur convient n'est-elle pas d être discrets et modestes? cl y en a-t-il quelque autre qu'ils doivent apprendre au préjudice de celle-là? Que produit donc dans les enfants cette émancipation de parole avant l'âge de parler, et ce droit de soumettre effrontément les hommes à leur interrogatoire? De petits questionneurs babillards, qui questionnent moins pour s'instruire que pour importuner, pour occuper d'eux tout le monde, et qui prennent encore plus de goût à ce babil par l'embarras où ils s'aperçoivent que jettent quelquefois leurs questions indiscrètes, en sorte que chacun est inquiet aussitôt qu'ils ouvrent la bouche. Ce n'est pas tant un moyen de les instruire que de les rendre étourdis et vains ; inconvénient plus grand à mon avis que l'avantage qu'ils acquièrent parla n'est utile ; car par degrés l'ignorance diminue, mais la vanité ne fait jamais qu'augmenter.
* Ce proverbe ftsl tiré de Chardir, t. V, p. 170, in- 11.
CIHQtlËHB PARTIE. m
Le pis qui pût anÎTer de celle rfanre Irop prolongée seroit que mon (Ils Kn àse de raison eût la conversation moins lé^'ère, le propos moins vif et moins abondant ; et en considérant combien cette liabiludedepasser saïieidire des riens rétrécit l'esprif, je regarderois plutôt cette heureuse stérilité comme un bien que comme un mal. Les gens oisifs, toujours ennuyés d'eux-mêmes, s'efTorcenl de donner un grand prix à l'art de les amuser ; et l'on diroit que le savoir-TiTre cDiisisIe il ne dire que de vaines paroles, comme h ne Taire que des dons inutiles : mais la société humaine a un objet plus noble, et ses Trais plaisirs ont plus de solidité. L'organe de la vérité, le plus digne organe de l'homme, le seul dont l'usage le distingue des animaux, ne lui a point été donné pour n'en pas tirer un meilleur parti qu'ils ne font de leurs cria. Il se dégrade au-dessous d'eux quand il parle pour ne rien dire ; et l'homme doit être homme jusque dans ses délassements. S'il y a de la politesse ï étourdir tout le monde d'un vain caquet, j'en trouye une bien plus véritable à laisser parler les autres par préférence, i faire plus grand cas de ce qu'ils disent que de ce qu'on diroil soi-même, et à montrer qu'on les estime trop pour croire les amuser par des niaiseries, Le bon usa^e du monde, celui qui nous j fiiil le plus rechercher et chérir, n'est pas tant d'y briller que d'y faire briller les iiutres, et de mettre, à force de modestie, leur orgueil plus en liberté. Ne craignons pas qu'un homme d'esprit, qui nes'ab»lient de parler que par retenue et discrétion, puisse jamais passer poin" un sot. Dans quelque pays que ce puisse être, il n'est pas possible qu'on juge un homme sur ce qu'il n'a pas dit, et qu'on le méprise pour s'être tu. Au contraire, on remarque en général que les gens silencieux en imposent, qu'on s'écoute devant eux, et qu'on leur donne beaucoup d'allenlion quand ils parient ; ce qui. leur lais- Eant le choix des occasions, et faisant qu'on ne perd rien de ce qu'ils disent, met tout l'avantage de leiu- côté. Il est si diffîcile à l'homme le plus sage de garder toute sa présence d'esprit dans un long flux de paroles, il est si rare qu'il ne lui échappe des choses dont il se repent h loisir, qu'il aime mieux retenir Is bon que risquer le mauvab. Euiin, quanJ ce n'est pas faute d'esprit qu'il se tait, s'il ne parie pas, quclquediscret qu'il puisse être, le lorl en est à ceux qui sontaveclui.
Nais il y a l)ien loin de six ans à vingt : mon fils ne sera pas toujours enfant ; et à mesure que sa raison commencera de naître, l'intention de son père est bien de la laisser exercer. Quant â moi, [iia mission ne ta pas jusque-là. Je nourris des enranta et n'ai pas la présomption de vouloir Tonner des hommes, i'espère, dit-elle en r^ar-
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dant son mari, que de plus dignes mains se chargeront de ce noble emploi. Je suis femme et mère, je sais me tenir à mon rang. Encore une fois, la fonction dont je suis chai*gée n est pas d'élever mes ûls> mais de les préparer pour être élevés.
Je ne fais m&ne en cela que suivre de point en point le système de M. de Wolmar ; et plus j'avance, plus j'éprouve combien il est excellent et juste, et combien il s'accorde avec le mien. Considérez mes enfants et surtout Tainé ; en connoissez-vous de plus heureux sur la terre, de plus gais, de moins importuns ? Vous les voyez sauter, rire, courir toute la journée, sans jamais incommoder personne. De quels plaisirs, de quelle indépendance leur âge est-il susceptible» dont ils ne jouissent pas ou dont ils abusent? Ils se contraignent aussi peu devant moi qu'en mon absence. Au contraire, sous les yeux de leur mère ils ont toujours un peu plus de confiance; et quoique je sois Fauteur de toute la sévérité qu ils éprouvent, ils me trouvent toujours la moint sévère, car je ne pourroîi supporter de n'être pas ce qu'ils aimens le plus au monde.
Les seules lois qu'on leur impose auprès de nous sont celles de la liberté mc^me, savoir, de ne pas plus gêner la compagnie qu'elle ne les gêne, de ne pas crier plus haut qu'on ne parle ; et comme on ne les oblige point de s'occuper de nous, je ne veux pas non plus qu'ils prétendent nous occuper d'eux. Quand ils manquent à de si justes lois, toute leur peine est d'être à l'instant renvoyés ; et tout mon art, pour que c'en soit une, de faire qu'ils ne se trouvent nulle part aussi bien qu'ici. A cela près, on ne les assujcUit à rien ; on ne les force jamais de rien apprendre ; on ne les emiuie point de vaines corrections ; jamais on ne les reprend ; les seules leçons qu'ils reçoivent sont des leçons de pratique prises dans la simplicité de la nature. Chacun, bien instruit là dessus, se conforme à mes intentions avec une intelligence et un soin qui ne me laissent rien à désirer; et si quelque faute est à craindre, mon assiduité la prévient ou la répare
aisément.
Hier, par exemple, Talné, ayant été un timbour au cadet, l'a voit lait pleurer. Fanchon ne dit rien ; mais une heure après, au moment que le ravisseur en étoit le plus occupé, elle le lui reprit ; il la suivoit en le lui redemandant, et pleurant à son tour. Elle lui dit : Vous l'avez pris par force à votre frère ; je vous le reprends de même : qu'avez- vous à dire? ne suis-je pas la plus forte? Puis elle se mit à battre la caisse à son imitation, comme si elle y eût pris beaucoup de pïsâsir. Jusque-là tout étoit à merveille ; mais quelque timps après
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elle Toulut rendre le tambour an cadet : alors je l'arrêtiii ; car ce n'éloit plus la leçon de la nalure, et de là pouïoit n.iilre un premier gemi'i d'eniîe entre les deux frires. En perdant le tambour, le tadet supporia la dure loi de la nécessité; l'ainé sentit son injustice; tous deux connurent leur foiiilesse, et furent consolés le moment d'a-
Un plan si nouicau et si contraire auï idées reçues în'aToit d'abord effarouché. A force de me l'expliquer, ils m'en rendirent enfin l'admirnleur; el je sentis que. pour guider l'Iiomoie, ta marche de la naliirc est toujours la mnllcure. Le seul inconTénient que je troih- TOis à celte mithodc, et cet inconvénient me pnrul fort grand, c'étoil de négliger dans les enfants la seule faculté qu'ils nient dans toute sa Tigucur, et qui ne fait que s'nffoiblir en avançant en Sge. Il me seinblolt (|iie. selon leur propre s; sicme, plus les opérations do l'enlondcmenl éloienl foibles, insuffisantes, plus on deïoit exercer et fortifier la mémoire, si propre alors à soutenir le travail. C'est elle, disoi^je, qui doit suppléer à la raison Jusqu'à sa nîûssance, et l'enrichir quand elle est née. Un esprit qu'on n'exerce à rien devient lourd cl pesant dnn^ l'inaction. La semence ne prend point dnns un champ mal préparé, et c'est une étrange préparation pour apprendra à devenir raisonnable que de commencer par être stu{>idc. Comment stupide ! s'est écriée Bussitût madame de Wolmar. Confond riez- vous deux qualités aussi différenles el pres']ue aussi contraires que la mémoire et le jugement'? comme si la quantité des choses nwl digérées et sans liaison dont m remplit une tète encore foible n'y faisoit pas plus de tort que de profit à la raison ! J'avoue que de tontes les facutlés de l'Iiomme la mémoire est la première qui se déTeioppc !l la plus commode à cultiver dans les enfants : mais, à -votre avis, jiiqiiel est à préférer de ce qu'il leur est le plus aisé d'apprenilre, ou h ce qu'il leur importe le plus de savoir?
Regardei à l'usage qu'on fait en eux de cette facilité, à la violence M'U faut leur faire, a l'éternelle contrainte où il les faut assujettir ■pur mettre en étalage leur mémoire, et comparw l'utilité qu'ils en Bijront au mal qu'un leur fait souffrir pour cela. Quoi? forcer un briui' d'étudier des langues qu'il ne parlera jamais, mime avant ^'il Bit bien appris la sienne; lui faire incessamment rcpéler el Mistruire des vers qu'il n'entend point, et dont toute l'harmonie
Wmi
Cei) ne me parolt pai bim vu. Bien a'eit a otceMaim au ]ug vrai que ce n'eil pas la mémoire dei molt.
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n'est pour lui qu'au bout de ses doigts; embrouiller son esprit de cercles et de sphères dont il n'a pas la moindre idée, Taccabler de mille noms de villes et de rivières qu'il confond sans cesse et qa*il rapprend tous les jours ; est>ce cultiver sa mémoire au profit de son jugoment? et tout ce frivole acquis vaut-il une seule des larmes qu'il lui coûte ?
Si tout cela n'étoit qu'inutile, je m'en plaindrois moins; mai» D'est-ce rien que d'instruire un enfant à se payer de mots, et à croire savoir ce qu'il ne peut comprendre? Se pourroit-il qu'un tel amas ne nuisit point aux premières idées dont on doit meubler une tète humaine ? et ne vaudroit-il pas mieux n'avoir point de mémoire que de la remplir de tout ce fatras au préjudice des connoissances nécessaires dont il tient la place?
Non, si la nature a donné au cerveau des enfants cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d'impressions, ce n'est pas pour qu'on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géographie, et tous ces mots sans aucun sens pour leur âge, et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit, dont on accable leur triste et stérile enfance ; mais c'est pour que toutes les idées relatives à l'état de l'homme, toutes celles qui se rapportent à son bonheur et Téclairent sur ses devoirs, s'y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire, pendant sa vie, d une manière convenable à son être et à ses facultés.
Sans étudier dans les livres, la mémoire d'un enfant ne reste pas pour cela oisive: tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend le frappe, et il s'en souvient ; il tient registre en lui-même des actions, des discours des hommes ; et tout ce qui l'environne est le livre dans lequel, sans y songer, il enrichit continuellement sa mémoire; en attendant que son jugement puisse en profiter. C'est dans le choix de ces objets, c'est dans le soin de lui présenter sans cesse ceux qu'il doit connoitre, et de lui cacher ceux qu'il doit ignorer, que consiste le véritable art de cultiver la première de ses facultés ; et c'est par là qu il faut tâcher de lui former un magasin de connoissances qui serve à son éducation durant la jeunesse, et à sa conduite dans tous les temps. Cette méthode, il est vrai, ne forme point de petits prodiges, et ne fuit pas briller les gouvernantes et les précepteurs ; mais elle forme des hommes judicieux, robustes, sains de corps et d'entendement, qui, sans s'être fait admirer étant jeunes, se font honorer étant grands.
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Se pensez paspourtani, contioua Julie, qu'on néglige ici lout a îail s soins dont vous failes uo si grund ais. Dne mère un peu vi;;!hatie tient dans ses moins les pa-âions de ses enlaiils. Il y » des noyens pour exciter et nouiTir en eux le désir d'apprendre ou de Il telle chose ; et autant que ces moyens peuvent se concilier avec la plus entière liberté de l'enfanl, et n'engendrent en lui nulle semence de vice, je lescmploic assez voIoti tiers, sans m'opiniâ- •Irer quand le succès n'y répond pas ; car il aura toujours le temps d'apprendre, mais il n'y a pas un moment a perdre pour lui Tonner ni) bon naturel; et M.i de Wolmar a une telle iilée du premier déve bppement de la raison, qu'il soutieul que quand son Gis ne sauroil à douze ans, il n'en seroit pas moins instruit à quinze, sans Eompler que rien n'est moins nécessaire que d'être savant, et rien s que d'être sage et bon.
Vous savez que notre ainâ lit àv]ii passablement. Voici comment u le goût d'apprendre ^ lire, J'avols dessein de lui dire de emps en temps quelque Table de la Fontaine pour l'amuser, et 'avois déjà commencé, quand il me demanda si les corbeaux par- Ment. A Tinslant je vis ta dilliculté de lui Taire sentir bien nettefieai la diTlerence de l'apologue au mensonge: je me tirai d'affaire me je pus; et convaincue que les labiés sont faites pour les tommes, mais qu'il faut toujours dire la vérité nue auT enlanls, je iipprtmai la Fontaine. Je lui substituai un recueil de petites histoires iltéressantes et instructives, la plupart tirées de la Bible, puis voyant |Ue l'enrant prenoit goût à mes contes, j'imaginai de les lui rendre ncore plus utiles, en essayant d'en composer moi-m&me d'aussi musants qu'il me fut possible, et les appropriant toujours au besoin U moment, le les ècrivois à mesure dans uu beau livre orné d'imaes, que je tenois bien enfermé, et dont je lui lisois de temps en emps quelques contes, rarement, peu longtemps, et répétant souvent ta mêmes avec des commentaires, avant de passer k de nouveaux. tn enfant oisif est sujet âTinnui; les petits coules ser voient de res- Burce : mais quand je le voyois le plus avidement allenlil, je me )uveiiois quelquefois d'un ordre à donner, et je le qnittoîs i l'ennjit le plus intéressant, en laissant négligemment le l'uTe. Aussitôt alloit prier sa bonne, ou Paiiclion, ou quelqu'un, d'achever la lecle il n'a rien a commander à personne, et qu'on toit prévenu, l'un n'obéissoit pas toujours. L'un reTusoit, l'autre re, l'autre bHlbulioit lentement et mal, l'autre laissoit, à pon exemple, un conte à moitié. Ouand on le vit bien ennuvé da
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tant de dépendance, quelqu'un lui suggéra secrètement d^apprendi'c à lire, pour s'en délivrer et feuilleter le livre à son aise. U goûta ce projet. Il fallut trouver des gens assez complaisants pour vouloir lui donner leçon : nouvelle diflicuKé qu*on n'a poussée qu*aussi loin qu*il i'aiioit. Ualgré toutes ces précautions, il s'«st lassé trois ou quatre fois: on Ta laissé faire. Seulement je me suis efforcée de rendre les contes encore plus amusants ; et il est revenu à la charge avec tanl d'ardeur, que, quoiqu'il n'y ait pas six mois qu*il a tout de bon commencé d'apprendre, il sera bientôt en état de lire seul le recueil.
C'est à peu près ainsi que je tâcherai d'exciter son zèle et sa bonne volonté pour acquérir les connoissances qui demandent de la suite et de l'application, et qui peuvent convenir à son âge : mais quoiqu'il apprenne à lire, ce n'est point des livres qu'il tirera ces connoissances ; car elles ne s'y trouvent point, et la lecture ne convient 69 aucune manière au^ enfants. Je veux aussi l'habituer de bonne heure à nourrir sa tète dTidées et non de mots : c'est pourquoi je ne lui fais jamais rien apprendre par cœur.
Jamais ! interrompis-je : c'est beaucoup dire ; car encore faut-il bien qu'il sache son catéchisme et ses prières. C'est ce qui vous trompe, reprit-elle. Â l'égard de la prière, tous les matins et tous les soirs je fais la mienne à haute voix dans la chambre de mes enfants, et c'est assez pour qu'jls l'apprennent sans qu'on les y oblige : quant au catéchisme, ils ne savent ce que c'est. Quoi ! Julie, vos enfants n'apprennent pas leur catéchisme? Non, mon ami, mes enfants n'apprennent pas leur catéchisme. Comment? ai-je dit tout étonné, une mère si pieuse !... Je ne vous comprends point. Et pourquoi vos enfants n'apprennent-ils pas leur catéchisme ? Afin qu'ils le croient un jour, dit-elle : j'en veux faire un jour des chrétiens. Ah ! j'y suis, m'écriai-je ; vous ne voulez pas que leur foi ne soit qu'en paroles, ni qu'ils sachent seulement leur religion, mais qu'ils la croient ; et vous pensez avec raison qu^il est impossible à l'homme de croire ce qu'il n'entend point. Vous êtes bien difficile, me dit en souriant M. de ^Volmar : seriez-vous chrétien, par hasard? Je m'efforce de l'être, lui dis-je avec fermeté. Je crois de la religion tout ce que j'en puis comprendre, et respecte le reste sans le rejeter. Julie me lit un signe d'approbation, et nous reprimes le sujet de notre entretien.
Après être entrée dans d'autres détails qui m'ont fait concevoir combien le zèle maternel est actif, infatigable et prévoyant, elle a conclu en observant que sa méthode se rapporloit exactement auï
lieui objets qu'elle s'êloit proposés, savoir, de laisser développer U naturel des enranis, et de TéLudier. Les mîens ne sont g^nés en rien, £t-e11e. et ne saurolent abuser de leur liberté ; leur caiaclére ne ^eut ni se dépraver ni se contraindre : on laisse en paix renforcer leur corps et germer leur jugemenl ; l'esclavage n'avilit point leur ^e ; les regards d'autnii ne font point fermenter leur amoiir-probre 1 ils ne se croient ni des liommes pu'ssants ni des animaux cu~ aiainés, mais des enfants heureux et libres. Pour les garantir des IKces qui ne sont pas en eux, ils ont, ce me semble, un préservatif Élus fort que des discours qu'ils n'enlendroieut point, ou dont ils «raient bienlùl eiiniiyés ; c'est t'exeinple des mœurs de tout ce qui lés environne ; ce sont les enireliens qu'ils enlendent, qui sont ici Btalurels à tout le monde, et qu'on n'a pas besoin de composer ex- ^Ks pour eux; c'est la paix et l'union dont ils sont témoins ; c'est ^Kccord qu'ils toieiit régner sans cesse et dans la conduite respective Sb tous, et dans la conduite et les discours de chacun, ( Nourris encore dans leur première simplicité, d'où leur viendroient (es vices dont ils n'ont point vu d'exeiiiplc, des passions qu'ils n'ont 'asion de sentir, des préjugés que rien ne leur inspire? Vous nyiz qu'aucune erreur ne les gagne, qu'aucun mauvais pencliant ne I montre en eux. Leur ignorante n'est point en lÈlée, leurs désirs ne at point obstinés ; les inclinations au mal sont prévenues; la nare est justifiée ; et tout me prouve que les défauts dont nous l'acison-i ne sont point son ouvrage, mais le nôtre. C'est ainsi que, livrés au penchant de leur cœur sans que rien le ^'se ou l'Eltére, nos enl'anls ne reçoivent point une forme extè- 0^ire et artiGcielle, mais conservent eaaclemeni celle de leur caracireor^el; c'est ainsi que ce caractère se développe journellanent los jeux sans réserve, et que nous pouvons éludiei' les mouvetnts de la nature jusque dans leurs principes les plus secrets. Sûrs n'Être jamais ni grondés ni punis, ils ne saveut ni mentir ni se tscher ; et dans tout ce qu'ils disent, soit entre eux, soit à nous, ils it voir sans contrainte tout ce qu'ils ont au Tond de l'âme. Lires de babiller entre eux toute la journée, ils ne songent pas même ^se gêner un moment devant moi. Je ne les reprends jamais, ni ne 1rs fais taire, ni ne feins de les écouter, et ils diroieni les choses du ■londe les plus blâmables que je ne ferais pas semblant d'en rien sanir : mais, en effet, je les écoute avec la plus grande attention sans Ip'ils s'en doutent ; je tiens un legistre exact de ce qu'ils font el de qu'ils disent; ce sont les productions naturelles dw fouis, tçi'^WMV
4M LA NOUVELLE HÈLOlSE.
culliver. Un propos yicieux dans leur bouche est une herbe étrangère dont le vent apporta la graine : si je la coupe par une réprimande, bientôt elle repoussera ; au lieu de cela, j'en cherclie en secret la racine, et j'ai soin de Tarracher. Je ne suis, mVt-elie dit en riant, que la servante du jardinier ; je sarcle le jardin, j'en ôte la mauvaise herbe ; c'est à lui de cultiver la bonne.
Convenons aussi qu'avec toute la peine que j'aurois pu prendre il falloit être aussi bien secondée pour espérer de réussir, et que le succès de mes soins dépendoit d'un concours de circonstances qui ne sVst peut-éUTe jamais trouvé qu ici ; il falloit les lumières d'un père éclairé pour démêler, à travers les préjugés établis, le véritable art de gouverner les enfants dès leur naissance ; il ialloit toute sa patience pour se prêter à l'exécution sans jamais démentir ses leçons par sa conduite ; il falloit des enfants biens nés, en qui la nature eût assez fait pour qu'on pût aimer son seul ouvrage ; il falloit n'avoir autour de soi que des domestiques intelligents et bien iiitentionnés, qui ne se lassassent point d'entrer dans les vues des maîtres : un seul valet brutal ou flatteur eût suffi pour tout gâter. En vérité, quand on songe combien de causes étrangères peuvent nuire aux meilleurs desseins, et renverser les projets les mieux concertés, on doit remercier la fortune de tout ce qu'on fait de bien dans la vie, et dire que la sagesse dépend beaucoup du bonheur.
Dites, me suis-je écrié, que le bonheur dépend encore plus de la sagesse. Ne voyez-vous pas que ce concours dont vous vous félicitez est votre ouvrage, et que tout ce qui vous approche est contraint de vous ressembler? Bières de famille, quand vous vous plaignez de n'être pas secondées, que vous connoissez mal votre pouvoir ! Soyex tout ce que vous devez être, vous surmonterez tous les obstacles ; vous forcerez diacun de remplir ses devoirs, si vous remplissez bien tous les vôtres. Vos droits ne sont-ils pas ceux de la nature? Malgré les maximes du vice, ils seront toujours chers au cœur humain. .Mil veuillez être femmes et mères, et le plus doux empire qui soit sur la terre sera aussi le plus respecté.
En achevant cette conversation, Julie a remarqué que tout prenoit une nouvelle facilité depuis l'arrivée d'Henriette. Il est certain, ditelle, que j'aurois besoin de beaucoup moins de soins et d'adresse, si je voulois introduire l'émulai ion entre les deux frères ; mais ce moyen me paroit trop dtingereux ; j'aime mieux avoir plus de peine et oe rien risquer. Henriette supplée à cela : comme elle est d'un autre sexe, leur aînée, qu'ils Ydiime;ii\.V^w:& dexix i la folie, et qu'elle a du
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sens au-dessus de son âge, j'en fais en quelque sorte leur première gouvernimle, et avec d'autant plus de succès que ses leçons leur sont moins suspectes.
Ouant à elle, son éducation me regarde; mais les principes en i'oiU ti diirérents qu'ils mènleiit un entrelien a part. Au moins piiisje bien dire d'avnnce qu'il sera difficile d'ajouter en elle au\ dons de la nature, et qu'elle vaudra sa mère elle-même, si quelqu'un au monde peut la vnloir.
Mylord, on vous attend de jour en jour, et ce devrait être ici ma dernière lettre. Mais je comprends ce qui prolonge votre séjour à l'armée, et j'en frémis. Julie n'en est pas moins inquiète : elle vous prie de nous donner plus souvent de vos nouvelles, et vous conjure de songer, en eiposant voli'e personn», corallien vous prodiguez la repos de vos amis. Pour mol, je n'ai rien à vous dire. Faites votre devoir; un conseil timide ne peut non plus sortir de mon cœur qu'approcher du vûlre. Cher Bomston, je le sais trop, la seule mort digne de la vie seroit de verser ton sanj: pour la gloire de Ion pays ; mais ne dois-tu nul compte de les jours à celui ([ui n'a siens que pour toi?
Je vois pnr vos deux dernières lettres qu'il m'en manque une an.tèrieure à ces deux-là, apparemment la première que vous m'ayei écrite à l'armée, et dans laquelle èloit l'explication des cliaa'ins sede madame de Wolmai'. Je n'ai point reçu celte lettre, et je «oqjecture qu'elle pouvoit èlre dans la malle d'un courrier qui nous ^a^éenlevé; répé lez-moi donc, mon ami, ce qu'elle contenait : ma raison s'y perd et mon ccuur s'en inquiète ; car, encore une fois, si le Ijonlieur el la paix ne sont pas dans l'àine de Julie, oii sera leur asile ici-bas?
Bassureî-la sur les risques auxquels elle me croit exposé. Hous avons affaire h un enni'mi trop habile pour nous en laisser courir; avec une poignée de monde il rend toutes nos forces inutiles, et nous *te partout les moyens de l'attaquer. Cependant, comme nous sommes conllanls, nous puurrions bien lever îles diHicullPs insurioon.- L labiés pour de meiUeursgénéiaux, et forger ii\a ûaVftï'îïïWVÎv.^
500 LA KODTELLB HËLOlSE.
Dous battre. J'augure que nous payerons cher nos premiers succès, el que la bataille gagnée à Deltiiiguc nous en fera perdre une en PTandre. Nous avons eu tète un grand capitaine : ce n'e^t pas tout^ il a la confiance de ses troupes; et le soldat Irançois qui compte sur son général est invincible; au contraire, on en a si bon mardié quand il est commandé par des courtisans qail méprise, et cela arrive si souvent, qu'il ne faut qu'attendre les intrigues de cour et Foccasion pour vaincre à coup sûr la plus brave nation du continent. Ils le savent fort bien eux-mêmes. Myiord Marlboroug, voyant la bonue mine et Tair guerrier d'un soldat pris à Bleinheim*, lui dit : S il y eût eu cinquante mille hommes comme toi à l'armée françoise, elle ne se fût pas ainsi laissé battre. Eh morbleu ! repartit le grenadier, nous avions assez d'hommes comme moi ; il ne nous en manquoit qu'un comme vous. Or cet homme comme lui commande à prient l'armée de France, et manque à la nôtre ; mais nous ne songeons guère à cela.
Quoi qu'il en soit, je veux voir les manœuvres du resté de cette campagne, et j'ai résolu de rester à Tarmée jusqu'à ce qu'elle enire en quartiers. Nous gagnerons tous à ce délai. La saison étant trop avancée pour tiaverser les monts, nous passerons l'hiver où vous êtes, et n'irons en Italie qu'au commencement du printemps. Dites à M. et madame de Wolmar que je fais ce nouvel arrangement pour jouir à mon aise du touchant spectacle que vous décrivez si bien, et pour voir madame dOrbé établie avec eux. Continuez, mon cher, à m'écrire avec le même soin, et vous me ferez plus de plaisir que jamais. Mon équipage a été pris, et je suis sans livres ; mais je lis vos lettres.
LETTRE V