‹ Julie Ou La Nouvelle HéloïseChapitre 41 sur 126 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

tois combiai les amants sont maladroits en injures! Tu me reproches une &ute que je n^ai pas commise, ou que tu commets aussi bien que moi, et l'attribues à un défaut dont je m'honore* Yeux-tu que, te rendant sincérité pour sincérité, je te dise naïvement ce que je pense de la tienne? Je n'y trouve qu'un raffinement de flatterie, pour te justifier à toi-même, par celte franchise apparente, les éloges enthousiastes dont tu m'accables à tout propos. Mes prétendues perfections t'aveuglent au point que, pour démentir les reproches que tu te fais en secret de ta prévention, tu n'as pas l'esprit d'en trouver un solide à me faire.

Crob-moi. ne te charge point de me dire mes vérités, tu t'en acquitterois ti^)p mal : les yeux de l'amour, tout perçants qu'ils sont, savent-ils voir îes défauts ? C'est à l'intègre amitié que ces soins appartiennent, et Vvdessus ta disciple Claire est cent fois plus savante que toi. Oui, mo/i ami, loue-moi, admire-moi, trouve-moi belle, diarmante, parfaite ; tes éloges me plaisent sans me séduire, parce que je vois qu'ils sont le langage de l'erreur et non de la fausseté, et que tu te trompes toi-même, mais que tu ne veux pas me tromper. Oh ! que les illusions de Pamour sont aimables I ses flatteries sont en un sens des vérités ; le jugement se tait, mais le cœur parle : l'amant qui loue en nous des perfections que nous n'avons pas les voit en effet telles qu'il les représente ; il ne ment point en disant des mensonges ; il flatte sans s'avilir, et Ton peut au moins l'estimer sans le croire.

J'ai entendu, non sans quelque battement de cœur, proposer d'avoir demain deux philosophes à souper : l'un est mylord Edouard ; l'autre est un sage dont la gravité s'est quelquefois un peu dérangée aux pieds d'une jeune écoliére; ne le connoîlriez-vous point? Exhortezle, je vous prie, à tâcher de garder demain le décorum philosophique im peu mieux qu'à son ordinaire. J'aurai soin d'avertir aussi la petite personne de baisser les- yeux, et d'être aux siens le moins jolie qu'il se pourra.

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